Editorial. Un gigantesque système de Tiers Payant. Le pognon tombe du ciel. Le crime paie.

https://brunobertez.com/2023/12/15/editorial-les-gnomes-ont-ils-reussi-le-triple-saut-perilleux-arriere-non-bien-sur-on-sest-donne-les-moyens-de-refaire-un-tour-voila-la-realite-objective/(ouvre un nouvel onglet)

Le marché boursier excerce les fonctions d’une banque géante; il accomplit toutes les fonctions bancaires: collecte, mobilisation, allocation, transformation du court en long, transmutation du risqué en non risqué etc . Et je peux vous assurer que cela a été voulu puisqu’il s ‘agissait dans les objectifs de dérégulateurs des années 80 de dépasser les limites bancaires traditionnelles, de dépasser les limites des fonds propres, les limites de credit-men chargés d’apprécier la qualité des débiteurs, dépasser les limites de l’épargne.

On a mis en place une colossale banque et au lieu de soumettre son fonctionnement à la sagacité et à la rationalité des spécialistes, on a livré son fonctionnement à la masse, à la foule, à l’irrationnel, c’est à dire qu’on en a fait un sous-produit des animal spirits. Donc de la passion du jeu, de l’esprit de spéculation. Cela été voulu et c’était su. C’était et c’est encore criminel.

L’histoire sera juge.

Cette période sera examinée, analysée, discutée et débattue un jour, lorsque les conséquences de ces décisions auront produit leurs effets, lorsqu’ à la lueur du chaos qu’elles auront produit , les critiques oseront enfin parler et lorsqu’ils verront l’Expérience de ces temps présents avec les yeux et l’objectivité du futur.

Ils verront alors qu’il s’est agi, depuis le début de la période, d’une Great Experiment , inspirée par les idées de John Law et par ses mêmes techniques mais les similitudes en étant voilées par les apparences de la modernité. John Law a voulu dépasser les limites de la solvabilité du Régent, la dérégulation a voulu dépasser les limites endogènes du capitalisme productif occidental post Seconde Guerre Mondiale.

Maintenant avec le déclin américain, c’est encore plus caricatural et il suffit de remplacer les limites de solvabilité du Régent du 18e siècle par les limites de solvabilité du régime américain du 21e siècle.

C’est le chaos futur qui décillera les yeux et libérera les intelligences, il éclairera le présent.

La tâche du commentateur au jour le jour est de fournir les faits et les analyses contemporaines qui aideront plus tard les historiens à voir comment on en est arrivé là.

Tout a commencé par le révisionnisme historique qui a suivi la crise de 1929. L’intelligence de cette crise a été détournée à des fin politiques, on a réécrit l’histoire de la grande crise spéculative des années 20.

Le capitalisme est sujet aux crises de surproduction, de déflation et de chute du taux de profit; pour y pallier, pour masquer cette évidence, les autorités et les élites sont tentées de dépasser les limites internes du capitalisme, de jeter aux ordures les règles de bonne gestion et de s’enfoncer dans la jungle de la dette. Ils franchissent le Rubicon des limites du crédit, ils multiplient les promesses intenables, ils s’envoient en l’air, ils forcent la croissance, ils dopent, ils stimulent et ce faisant ils lâchent les chiens/loups de la spéculation.

Tout cela devint pervers, irrationnel, ou comme on dit maintenant « bullaire ». Tout devient faux, détaché des réalités, on rase gratis, on marche sur l’eau, on multiplie les pains, on promet n’importe quoi , on lévite. Toutes les valeurs sont faussées, déconnectées des utilités, gonflées, inflatées, distordues par les désirs d’enrichissement, par le crédit, par la monnaie surabondante; il y a de l’argent pour tout, le beurre , les canons et même les folies de destruction.

Cette phase n’a qu’un temps car un jour vient l’ombre de la finitude, de la rareté, de la statue du Commandeur, cette ombre c’est la menace de l’effondrement des fausses valeurs et singulièrement de ces valeurs frivoles, volatiles qui constituent le symbole de nos sociétés ; les valeurs boursières.

Et là les élites, les autorités se trouvent face à un choix: accepter le retour à la réalité, la réconciliation, revenir sur terre ou bien tenter la transgression, le rêve prométhéen de voler le feu aux dieux, tenter un nouveau round coûte que coûte. Essayer de s’envoyer en l’air, de nier une fois encore la gravitation, jouir encore et et refaire un tour de manège enchanté .

Refaire un tour de manège dans le monde moderne c’est produire, reproduire, faire avaler encore et toujours de la dette, surtout essayer de ne pas subir ses rigueurs et son austérité induite.

Et pour ce faire il faut tromper, tordre l’Histoire, la réécrire dans le sens qui justifie ce nouveau tour de manège.

Les parallèles avec la fin des années vingt sont troublants. Milton Friedman, Ben Bernanke et d’autres révisionnistes de l’histoire citent le resserrement monétaire de la Fed en 1929 comme explication principale du krach boursier et de la Grande Dépression qui a suivi. Leur intention en imposant ces vues imbéciles révisionnistes étaient de justifier la fuite en avant et bien sur de protéger la finance de la ruine qu’elle même avait précipitée par son avidité .

Au lieu de dire la vérité à savoir que c’est l’excès de crédit et de spéculation qui provoque le chaos, nos apprentis sorciers ont préféré mentir et utiliser leur statut d’expert pour oser dire le contraire : non ce ne sont pas les excès qui ont produit la crise, c’est l’arrêt de ces excès!

Depuis nous vivons dans ce monde. Les acteurs exubérants du marché sont tout à fait assurés : jamais les autorités monétaires ne retireront le proverbial bol de punch, toujours elles le rempliront, jamais il n’y aura de véritable resserrement des conditions monétaires, et comme les conditions monétaires, ce sont les conditions boursières, alors il en découle que plus jamais il n’y aura de vraie retour en arrière, jamais le marché ne nous décevra. La liquidité est garantie et la liquidité qu’est-ce que c’est? C’est la certitude de pouvoir vendre plus haut ce que l’on a acheté plus bas; c’est la garantie du Ponzi perpétuel, c’est l’incroyable certitude que jamais il n’y aura de sanction aux erreurs, aux vols et aux crimes.

Le ralentissement économiques semble menacer, peu importe! Peu importe car en face il y a la promesse de l’inévitabilité d’une nouvelle intervention de la Fed pour la défense du marché. La dynamique des marchés ne se comprend que si on admet qu’ils sont devenus désespérément inconscients du risque. parce que de risque il n’y en a plus pour eux. Il est payé, assumé par l’Institut d’Emission, par la collectivité, par les contribuables, bref par les autres!

La Bourse moderne est devenue un colossal système de Tiers Payant : les uns gagnent, les autres garantissent les pertes éventuelles, et paient quand cela menace d’aller mal. Milton soi disant homme de liberté, de moralité et de responsabilité individuelle doit se retourner dans sa tombe.

Bloomberg : « Powell pivote sur les taux vers une bonne année ».

Le pivot de Powell a aspergé de combustible toute la Bourse alors qu’elle était deja en flammes .

Le Grand Squeeze, le Everything Rally et le Everything « Melt-Up » titrent les notes de brokers. Et tout le monde est absolument ravi : un coffret cadeau de fin d’année au-delà de toute imagination. Champagne caviar et foie gras pour tout le monde , vive la fête, vive les crises , c’est le pognon qui tombe du ciel de la future printing press.

Quel changement en 12 jours !

Président Powell le 1er décembre : « Il est prématuré de spéculer sur le moment où la politique pourrait être assouplie » et « La Fed est prête à resserrer davantage si cela devient approprié ».

FT : « Le pivot de la Fed exerce une pression sur les banques centrales européennes pour qu’elles changent »

Axios : « Ce que le pivot de la politique de taux de la Fed signifie pour l’économie. »

Reuters : « La fusion alors que la Fed accélère son pivot. »

CNN : « Le Dow atteint un niveau record alors que la Fed pivote vers des baisses de taux.

« Bloomberg : « La semaine charnière du Nasdaq 100 à un niveau record.

« WSJ : « La Fed entame le pivot vers une baisse des taux. »

WSJ : « Les traders de Wall Street font tapis sur le grand pivot monétaire de 2024. »

Les marchés étaient deja sur une vague spéculative majeure: le gain de 3,2 % de cette semaine a poussé la performance du Nasdaq100 à 52 %. *

Les semi-conducteurs se sont goinfrés en 2023 de 62,6%.

Le S&P500 a terminé la semaine avec une plus value de 24,9 %.

L’indice des valeurs les plus vendues a découvert de Goldman Sachs a bondi de près de 40 % par rapport aux plus bas du 13 novembre.

L’indice des banques régionales plus ou moins en faillite réelle mais masquée a enregistré une envolée de 10 % sur deux jours, propulsant la hausse depuis le plus bas du 25 octobre à 40 %.

14 décembre – Bloomberg  :

« La forte reprise des actifs financiers de mercredi était quelque chose d’inédit depuis près de 15 ans pour un jour de décision politique de la Réserve fédérale. Des actions aux bons du Trésor, du crédit aux matières premières, tout s’est amélioré après que la Fed a projeté de nouvelles baisses de taux d’intérêt en 2024. L’ampleur et l’intensité peuvent être illustrées par une mesure qui suit le rendement le plus faible des cinq principaux fonds négociés en bourse suivant ces actifs. . Avec des gains d’au moins 1%, la progression de l’ensemble des actifs a battu tous les autres jours de la Fed depuis mars 2009. »

L’assouplissement des conditions financières provoque une véritable explosion, un feu d’artifice !

La communauté spéculative mondiale salive: plus elle s’enrichit et moins elle risque de perdre puisque les autorités ont de moins en moins de possibilité de la discipliner sauf à courir le risque qu’elle veulent à tout prix éviter, celui de la révulsion.

Le crime paie .

3 réflexions sur “Editorial. Un gigantesque système de Tiers Payant. Le pognon tombe du ciel. Le crime paie.

  1. Et si cette possible baisse des taux n’était pas un moyen de faire acheter les émissions du trésor a des taux haut avant la baisse, pour ensuite changer d’avis pour une raison ou une autre.
    Dans le système financier qu’ils rêvent, il faudrait qu’une seul banque par pays, plus de repo, plus de pertes puisqu’elle seront comblé par les gains. Le monde magique de la banque et de la finance.
    Le système peut ensuite continuer a vivre sur le principe suivant :
    Émission monétaires => inflation => Émission monétaires => inflation => exct ..
    C’est d’ailleurs se qu’il se passe déjà. Le taux n’étant que la variable de contrôle.
    La baisse des taux a pour rôle de spolier l’épargnant, de bloquer ces dépenses et de pousser l’inflation (je parle pas des assurance vie au capital garanti). Cela oblige a prendre des assurances.

    L’exemple de la Russie est révélateur, la monnaie baisse,l’inflation monte mais eux garantissent un rendement supérieur a l’épargne. Le capitalisme fait tout l’inverse, il exacerbe l’inflation et la spoliation de l’épargne sauf sur le secteur de la bourse. Le capitalisme a remplacé l’épargne par la création monétaire. D’ailleurs l’épargne sert au hedge found a dépecé ceux même qui leur confit leur argent.

    L’avidité et la cupidité mènera toujours au même résultats. La révolte. C’est d’ailleurs se qui motive beaucoup de pays a se joindre aux BRICS.

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  2. 1) Le but de l inflation (baisse de la valeur de la monnaie, demain sera plus cher que aujourd’hui) permet donc de créer de la liquidité dans un système qui se grippe ?

    Votre phrase en explique beaucoup : »La liquidité qu’est-ce que c’est ? C’est la certitude de pouvoir vendre plus haut ce que l’on a acheté plus bas ».

    Le système continue sur les mêmes règles, il privatise les gains et socialise les pertes par la destruction de la monnaie ?

    A nous les peuples de payer l addition.

    2) Concernant le pivot de la Fed, j attends de voir, si c est comme l inflation temporaire il y a 18 mois… et finalement il n y aura peut être pas de pivot, mince les banquiers centraux se sont encore trompés.
    Dommage pour les derniers arrivés sur les marchés.

    Cela revient à jouer dans un casino avec des règles truquées : pile, le casino gagne et face vous perdez.

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