je vous ai, il y a quelques jours offert une analyse fondamentale de la modernités financière.
La modernité financière est issue de l’opération de disjonction opérée en 1971 -et accessoirement en 1973 à la Jamaïque- par les Etats-Unis entre la monnaie mondiale, le dollar et son référent, l’or.
Je vous ai expliqué que le prix d’un actif financier est exprimé en monnaie et que ce prix ne pouvait être indifférent à ce qui se passait du côté de la monnaie.
Le fait de pouvoir créer de la monnaie librement impliquait un changement de la nature même des actifs financiers puisque leur sous jacent était double, d’une part le réel et d’autre part la monnaie.
Le marché financier ne peut être indifférent au fait que face à un GDP mondial de 96 trillions il y ait une masse de signes faisant office de monnaie de 100, 170 ou 300 ou 450 trillions! Un actif financier c’est de la monnaie qui rapporte et si il y en a beaucoup, beaucoup, si il y a beaucoup de monnaie alors, elle est en concurrence pour s’attribuer le peu de rendement qui subsiste dans le système et donc elle fait encore baisser ce rendement ce qui fait symétriquement monter le prix des actifs financiers.
Je vous ai introduit au concept d’actif financier à deux visages, aux actifs financiers issus de la Révolution de 1971 , devenus Janus; à deux faces, une face fondamentale ancrée dans les richesses réelles, les biens, les services, les cash flow, le profit et une face imaginaire, monétaire ancrée dans le désir , la spéculation, les promesses.
La face fondamentale vous donne un rendement interne produit par l’activité économique; la face monétaire vous introduit au monde du Ponzi car plus on crée de monnaie plus il y en a qui recherche du rendement et plus on fait monter le prix des actifs financiers, ce qui produit un rendement externe, une plus value Ponzi. C’est ce qui domine depuis 1982 et s’est accéléré a chaque fois qu’il y a eu une crise traitée par la baisse des taux.
Je vous incite à bien assimiler ce texte , vous ne trouverez cette analyse nulle part ailleurs. C’est une analyse qui va bien au delà de la finance ou de la monnaie, je touche là une structure de la Modernité.
Regardez bien l’image ci dessous;

Sur le portrait de Warren, Warren qui vous savez qui reconnait que la lutte des classes existe que sa classe, celle des riches l’a gagnée, sur ce portait se trouve une affirmation :
le prix c’est ce que vous payez et la valeur c’est ce que vous avez pour ce prix.
La réflexion de Warren est d ‘une profondeur que vous ne soupçonnez pas.
Si vous la creusez vous mettez à jour le grand secret de la société moderne et le grand secret de Warren ;
Ce que nous dit Warren c’est ceci:
Il faut continuer de croire au concept de valeur et à la différence qu’il y a entre le prix que vous payez et la valeur que vous obtenez et c’est en maintenant cette position de disjonction entre l’objectivité de la valeur et la subjectivité du prix que vous vous enrichissez, que vous gagnez la lutte des classes.
La valeur est une propriété des choses, le prix c’est ce que vous sacrifiez pour les avoir car vous les désirez. L’une est objective, l’autre est subjectif. L’un est un en-soi, l’autre est un pour-soi , ou plus exactement dans un régimes d’exploitation ou vous êtes aliénées par la pub par exemple, et ou vos désirs ne sont pas les vôtres mais ceux que le système veut que vous ayez, ce pour-soi est en réalité un pour-eux! Vos désirs par exemple sont ceux que Bernard Arnault veut que vous ayez en ce moment pour s’enrichir encore plus.
Warren et sa distinction entre valeur et prix, affirme une dichotomie, un clivage: d’un côté le prix que l’on paie et de l’autre côté la valeur que l’on obtient.
Cette dualité est le fondement des temps anciens des temps d’avant la modernité, d’avant le marginalisme, d’avant que l’économie ne s’envoie en l’air dans la subjectivité de l’offre et de la demande.
Au début des années 1860 il y a eu une Revolution dans la pensée, il est apparu à certains penseurs que la valeur en tant que donnée objective, caractéristique en-soi des choses , c’était gênant , c’était un empêcheur de développer le capitalisme, c’était un empêcheur de baiser les gens en rond; pour mieux les baiser il fallait détruire cette notion de valeur en-soi et imposer la confusion entre la valeur et le prix, il fallait imposer la notion de valeur subjective, valeur subjective qui résidait non dans le monde mais dans la tête des gens uniquement. Surtout pas dans les choses elles mêmes.
Il fallait se libérer de la valeur et ne laisser que le jeu des prix. Il fallait se libérer du réel pour entrer dans l’imaginaire des prix, il fallait pouvoir s’envoyer en l’air, …pouvoir buller si vous voyez le rapprochement que je vous suggère . La valeur est un en-soi déterminé par la production tandis que le prix est un pour-soi déterminé par son désir de l’acquérir et d-en jouir, déterminé par sa consommation. Avec le développement de la Com, de la publicité, de la persuasion clandestine, des sciences sociales, de la télé, de l’école et du virtuel , rendez vos compte des possibilités qui s’ouvrent …
« Value is in the eye of the beholder » – Peter Ackroyd:
La valeur est dans l’œil de celui qui la contemple .
Le summun de la valeur qui ne se trouve que dans l’œil de ses acquéreurs, c’est bien sur le Bitcoin, attrape nigaud de grand luxe qui exprime la quintessence de nos « monnaies modernes »: le rien rendu désirable par l’espoir de plus value. Par le consensus des désirs.
La modernité, c’est une révolution qui permet d’escamoter la valeur des choses, en particulier leur valeur travail, et d’imposer la valeur du plus fort, c’est dire la valeur de celui qui a les moyens de créer une demande et d’imposer son prix de marché. Le plus fort maintient le prix du travail en dessous de sa valeur mais il vous revend ce que vous produisez en tant que classe salariée à un prix supérieur à sa valeur!
Cette opération est fondamentale. La destruction des valeurs en-soi et leur remplacement par les prix est d’importance historique: plus de référent extérieur, plus d’ancrage, plus de vérité objective, rien que des opinions subjectives , des opinions que l’on peut, si on est le plus fort, produire, manipuler, trafiquer;
Le grand secret

Excellent résumer.
La valeur est objective,fixe, déterminé,réel,consciente tandis que le prix qui est subjective est fluctuant,variable,inconscient. On peut comprendre se qui fait la valeur par contre il est difficile de comprendre se qui fait le prix. ;))
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Un petit exemple concret me vient à l’esprit en ce soir de Nöel, nous avons voulu acheter une bûche dans une patisserie, au final elle était chère et pas bonne. Dans la soirée d’hier pour ce midi, j’ai fait vite fait une génoise sans rien peser tout au pif, une crème aux oeuf et mascarpone, mis du rhum de l’ananas des kiwis, du combaya de mon jardin, et j’ai laissé le tout au froid. Eh bien cette création maison pas belle, sans présentation et pas chère était mille fois meilleure que la bûche chère du patissier un peu mieux finie et décorée. L’une avait de la valeur par sa saveur, et ce n’était pas le prix payée qui faisait la saveur loin de là..Et c’est vrai qu’ils ont fini par nous faire croire que le valeur c’est le prix mais non la valeur c’est comme dans le Petit Prince de Saint Exupéry, c’est le temps que l’on passe comme le talent qu’on y ajoute pour régaler ou comme vous pour instruire, c’est ça qui fait la valeur. Joyeux NOEL Monsieur Bertez, et tous les gens qui passent sur ce blog…
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Bonsoir mr Bertez.
Encore un texte incroyable de clarté que vous nous livrez ici.
Je tiens à vous adresser en ce jour de Noël toute ma gratitude pour ce travail de décryptage que vous nous offrez.
Cela fait bientôt 10 ans que je vous lis, que je bois et rebois vos articles. Je suis musicien, avec un cursus à milles lieux de l’économie, la finance et tous les sujets que vous pouvez traiter ici.
C’est ma soif de connaissance, de comprendre ce monde et ce système dans lequel nous évoluons qui m’a mené jusqu’à vous…et qui m’a donné de nombreux mal de tête je dois le dire, mais il n’y a pas de repas gratuit sur cette terre, n’est ce pas ?
Je considère votre blog comme une véritable mine d’or, au delà de l’économie on touche même ici la philosophie. Il n’y a de vérité que du tout, comme vous le dites si bien.
Encore merci, infiniment merci, et passez de bonnes fêtes.
Richard de Marseille.
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Je vous remercie, c’est pour des gens comme vous que je travaille.
Bonnes fêtes!
BB
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