Editorial: Les Bourses ont échappé à leurs maîtres. On peut maintenir les surévaluations éternellement si ….

Dans le passé les mérites d’un investissement se jugeaient en regard de ses caractéristiques intrinsèques.

La question du prix, la question de la mise de départ étaient l’une de ces caractéristiques.

La question de la mise de départi, c’est à dire de l’acquisition, c’est celle de la valorisation initiale.

Cette caractéristique est la valorisation .

Ecoutons Hussman sur cette question.

Un titre représentatif d’investissement n’est rien d’autre qu’un droit à recevoir un flux de trésorerie futurs qui sera transmis aux investisseurs au fil du temps. 

Les changements de valorisation ne modifient pas les flux de trésorerie futurs. 

Au lieu de cela, les changements de valorisation sont une sorte de « transformation » entre les rendements futurs attendus et les rendements passés réalisés . 

Quand une valorisation augmente cela signifie que vous incorporez dans le prix actuel une partie des flux futurs; comme ils sont incorporés dans le prix d’achat , ils font chuter le rendement futur attendu. Ce qui est pris n’est plus à prendre.

Ce qui aurait du être votre revenu futur est « embedded » , inclus dans votre prix d’achat.

La hausse des valorisations transforme les rendements futurs attendus en rendements passés déja réalisés. 

Celui qui vous vend un actif surévalué a en quelque sorte « bouffé » votre rentabilité future, il se l’est attribuée à la faveur de votre naïveté.

Symétriquement , la baisse des valorisations transforme les rendements passés réalisés en rendements futurs attendus. 

Les flux de trésorerie sont les mêmes, mais le niveau de valorisation à un moment donné détermine si les rendements se situent dans le futur ou dans le passé.

L’investissement passif gagne en popularité lors des hausses « séculaires » des valorisations – à partir de valorisations historiquement déprimées qui évoluent progressivement vers des niveaux historiquement extrêmes. 

Une période prolongée de hausse des valorisations signifie, par définition, que les prix croissent plus rapidement que les fondamentaux. 

Les investisseurs en viennent à croire à tort qu’il suffit d’acheter des actions, quel que soit leur prix, « et ensuite de laisser la nature suivre son cours ascendant ». 

Ils imaginent peu à peu que les cycles de marché n’existent plus et que de nouveaux sommets sont toujours rapidement rétablis. La réalité est que ces valorisations de plus en plus riches ont discrètement transformé les rendements futurs en rendements passés. Le moment où les rendements passés du marché semblent les plus glorieux est le même moment où les rendements futurs probables sont les plus lamentables.

C’est ici que se situe le tournant du raisonnement: « les investisseurs imaginent peu à peu que les cycles de marché n’existent plus et que de nouveaux sommets sont toujours rapidement établis« .

Les analystes et investisseurs fondamentalistes partent du principe que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, qu’à force de s’écarter des valorisations normales, il y a un rappel, une tendances au retour aux normes.

Et c’est là ou je diverge car je soutiens que dans le cadre de la Modernité, dans le cadre de la Grande Expérience, toute l’action des autorités vise précisément à supprimer ces cycles.

A faire en sorte que plus jamais il n’y a de retour aux normes anciennes et que ces autorités ont un moyen de repousser sans cesse le retour aux normes; ce moyen c’est la politique monétaire.

Les multiples cours bénéfices exorbitants, peuvent être maintenus rationnellement, si dans l’équation ou plutot si dans la fausse équivalence S&P= 5000$ en fait les 5000 sont élastiques.

Les multiples cours bénéfices exorbitants, peuvent être maintenus rationnellement, si sans cesse on ajoute de la monnaie, du pouvoir d’achat financier dans le système. Si on entretient la disproportion entre d’un coté le réel économique et de l’autre les signes qui le valorisent.

Si on augmente sans cesse la masse de dollars à la recherche d’un emploi. et si en même temps on fait chuter régulièrement l’attrait de de tous les autres emplois de ces dollars.

Au passage vous pouvez enfin comprendre comment les autorités vous mentent et vous mystifient; elles utilisent le déflateur des prix a la consommation pour déflater les actifs financiers! Elles mettent en face à face deux mondes distincts, celui de la finance et celui de la consommation. Elles ne disent pas que votre pouvoir d’achat en tant qu’investisseur et épargnant baisse sans arrêt car les titres deviennent de plus en plus inabordables, non elles mettent en regard d’un coté les actifs financiers qui ont leur inflation propre et les biens de consommation qui eux sont très très a la traine. L’inflation financière est une réalité et c’est elle qui absorbe et détruit tout le pouvoir d’achat de votre épargne. Les prix de ce que vous achetez pour préparer votre retraite deviennent de plus en plus fous et en plus risqués! Le cout pour se constituer une retraite décente est devenu prohibitif, voila ce qu’il faut savoir et cela invalide toutes les imbécillités sur la retraite par capitalisation.

Revenons à notre sujet.

On peut maintenir les surévaluations éternellement si :

-on peut créer de la monnaie en continu

-baisser en continu toutes les rémunérations concurrentes de la bourse

-maintenir l’attrait spéculatif constant afin que l’argent ne sorte pas des marchés vers les emplois dans l’économie réelle

-on peut promettre que ce sera toujours ainsi

L’action des autorités s’analyse comme une action de dépréciations continue de la monnaie financière Ceci implique que la monnaie financière reste financière et qu’il y ait un cloisonnement entre cette monnaie et la monnaie marchandise.

Personne ne proteste contre l’inflation financière car tout le monde croit que sa dépréciation l’enrichit! Mais cette monnaie financière ne vaut que … parce que l’on ne s’en sert pas ou très peu,

Le système fonctionne comme un colossal entonnoir, une sorte de monnaie spécifique est canalisée, dirigée vers cette fonction de maintien de la surévaluations des actifs financiers, actions, créances, fonds d’état, immobilier locatif, etc

Si vous regardez de près l’histoire depuis la Grande Crise Financière vous constatez que c’est ce qui se passe , avec des tentatives ratées de temps à autre de changer de cap et de faire croire que la politique monétaire va changer.

La tentative « dite faucon » récente a duré plus longtemps en apparence mais elle était tronquée car la soi disant rigueur était compensée par des vannes ouvertes par ailleurs et hors de la vue du public et par des stocks de monnaie à bas prix constitués au préalable.

Si vous avez la possibilité d’inflater les signes monétaires financiers en continu et de baisser sans arrêt le cout de l’argent alors les multiples cours bénéfices, les valorisations doivent toujours monter.

Et c’est ce qui se produit , c’est ce qui s’est produit, qui a été brièvement interrompu et c’est ce qui reprend maintenant.

Toute la politique monétaire est financièrement dépendante c’est à dire qu’elle a pour priorité de maintenir les valorisations financières au niveau le plus élevé car en cas de chute de ses valorisations ou même de simple volatilité forte, le système complet s ‘effondre. Les valeurs boursières inflatées sont les piliers sur lesquels repose le système. Le système ne tient qu’en dynamique boursière.

Le système ne peut même plus supporter le risque ou la volatilité!

Pourquoi? Parce que les institutions ont trop peu de vrais fonds propres, leurs capacités bilantielles sont trop faibles et, en cas de volatilité , en cas d’explosion de la volatilité, les capacités bilantielles étant insuffisantes, il faut se désendetter!

Les politique traditionnelles d’investissement boursier qui consistent à « acheter bas, vendre haut » sont prises en défaut car jamais on ne peut acheter bas! Toujours on reste surévalué selon les bons vieux critères traditionnels . La progression continue du marché est motivée par la peur collective de le « manquer », on a appris par l’expérience qu’il n’y a pas de vrai retro et on achète sur le moindre creux.

Les attentes d’opportunités d’investissement constructives, voire agressives, en actions, ces opportunités ne se présentent plus et ce sont les plus joueurs, les plus imprudents qui raflent les mises! Il n’y a plus de mauvais moment pour « investir », les mauvaises nouvelles sont toujours de bonnes nouvelles car elles garantissent que l’argent va nouveau couler à flots et que les valorisations vont repartir de l’avant. le seul problème est de trouver les bons chevaux, ceux qui vont galoper soit à cause des modes soit à cause des particularités conjoncturelles ou techniques..

En avant les histoires! Ici on est déjà dans l’anticipation de 5 baisses de taux pour 2024 et on a lancé l’espoir de la fin de la réduction de la taille du bilan de la banque centrale.

Les espoirs monétaires sont revenus fin Octobre, début Novembre 2023. Le marché s’est disloqué … à la hausse. au quatrième trimestre. 

L’effet de levier spéculatif a atteint des extrêmes, comme en témoigne les opérations de base des hedge fund . L’effet de levier lié aux produits dérivés a également joué un rôle déterminant dans l’exacerbation des excès de liquidité. Les échanges sur les options ont explosé, tandis que la couverture des options d’achat dans le cours du trimestre a constitué une source clé de génération de liquidités sur le marché. La prolifération des stratégies dérivées, couplée au phénomène des « sept magnifiques », est devenue une puissante source d’effet de levier spéculatif et l’excès de liquidité du marché s’auto-alimente.

L’évolution spéculative est déchainée avec les dérivés, les options; dans le marché actuel vous n’avez plus besoin d ‘acheter « le corps » d’une action , il vous suffit d’acheter son ombre, vous achetez des bons de droit à écarts de cours, même sur une journée, sur une nuit!

En bonne logique traditionnelle, il y aurait de fortes chances qu’une dynamique de réduction des risques et de désendettement s’installe en 2024. c’est ce qu’espèrent les autorités-apprenties sorciers, mais le marché leur échappe; les gnomes veulent une relative modération car elles prefèrent soutenir les prix des actifs a des prix encore à peu près raisonnables, mais ce n’est plus possible, le marché avec ses animal spirits a échappé à ses maitres Les foules FOMO prêtes à « acheter à chaque baisse » sont désormais bien conditionnées pour ignorer le risque tout en guettant toute opportunité d’achat.

Les excès des marchés accélèrent leur propre disparition. Mais cela c’était avant.

La communauté des spéculateurs à effet de levier, qui a grandement profité des gains paraboliques de l’année dernière sur les grandes actions et indices technologiques a un pouvoir d’achat considérable. L’acceptation du risque est d’autant profondément enracinée que chacun a pu constater que de risque il n’y a pas, il reste hypothétique. Il suffit de regarder les prix du risque, les spreads , le VIX et autres ombres chinoises de la réalité. .

Les marchés mondiaux restent étroitement corrélés. La première semaine de négociation avait mis en lumière de nouveaux problèmes avec des déclarations modératrices des autorités . Les rendements ont bondi, les prix des CDS ont augmenté, les spreads se sont élargis et les primes de risque ont généralement augmenté. Cette semaine écoulée a fourni exactement le contraire.

Les CDS de première qualité ont baissé de cinq points de base, annulant ainsi la hausse de trois points de base de la semaine précédente. Les CDS à haut rendement ont chuté de 18 points de base, après avoir bondi de 15 points de base. Les CDS bancaires américains ont inversé une grande partie de la hausse de la semaine précédente. 

Les bons du Trésor US se sont redressés cette semaine.

Tout le monde sait que le refinancement colossal du Trésor garantit une action du Trésor et de la Fed pour peser sur les rémunérations et placer le papier. Le marché est « deficit dependant », cela veut dire qu’il a compris que le refinancement du stock d’un tiers de la dette du gouvernement imposait à la Fed une action de baisse sur les taux.

Les rendements à dix ans ont inversé 11 des hausses de 17 points de base de la semaine précédente, tandis que les rendements des MBS ont inversé la totalité de la hausse de 24 points de base. Pendant ce temps, les rendements du Trésor à deux ans ont chuté de 24 points de base cette semaine, avec des rendements de 11 points de base sur deux semaines. 

Les attentes du marché impliquent 168 points de base de réductions de taux d’ici le 18 décembre prochain .

Les raisons qui ont conduit le marché à anticiper une nouvelle baisse des taux cette semaine méritent d’être étudiées. Tout le monde sait que le refinancement colossal du Trésor garantit une action du Trésor et de la Fed pour peser sur les rémunérations et placer le papier. Le marché est « deficit dependant », cela veut dire qu’il a compris que le refinancement du stock d’un tiers de la dette du gouvernement imposait à la Fed une action de baisse sur les taux.

Les données économiques ne justifient pas les anticipations forcenées de baisse des taux .

Le CPI de décembre s’est révélé plus fort que prévu. L’e Cpi global a augmenté de 0,3% (0,2% attendu) et de 3,4% en glissement annuel (3,2%), le « noyau » en hausse de 0,3% (0,3%) et de 3,9% en glissement annuel (3,8%). 

L’enquête sur le moral des petites entreprises du mois dernier n’a pas été aussi forte depuis septembre 2022.

Le crédit à la consommation de novembre a fait exploser les estimations (23,8 milliards de dollars contre 8,6 milliards de dollars). 

Les inscriptions hebdomadaires au chômage (202 000) étaient les plus faibles depuis octobre. 

Les demandes de prêts hypothécaires ont bondi, tandis que le déficit fédéral de décembre s’est élevé à 129 milliards de dollars, bien plus que prévu.

Risiblement, les irresponsables de la Fed essaient de faire croire qu’une hausse des taux n’est pas exclue!

Ah les braves gens!.

La présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, ne veut pas exclure une nouvelle hausse des taux. Le président de la Fed de New York, John Williams, a réitéré son avis d’« une hausse plus longue ». La présidente de la Fed de Cleveland, Loretta Mester, s’est opposée aux attentes du marché d’une réduction d’ici mars. Et même le président colombe de la Fed de Chicago, Austan Goolsbee, s’est fortement opposé aux perspectives agressives de réduction des taux du marché.

2 réflexions sur “Editorial: Les Bourses ont échappé à leurs maîtres. On peut maintenir les surévaluations éternellement si ….

  1. Est ce qu’une chute de la bourse US ne pourrait pas permettre un renouvellement plus facile des treasuries en 2024 en faisant baiser naturellement les taux? Le marché des obligations n’est il pas plus important pour le système que le marché des actions? merci pour votre opinion sur ceci.

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