La modernité repose sur quelques principes, quelques structures de base qui permettent aux hommes et singulièrement aux élites dominantes de vous asservir.
Parmi ces structures répétitives, maintes et maintes fois utilisées il y a le jeu sur les perceptions et la disjonction. Le public n’ a pas conscience de ce jeu mais de temps à autre il relève des anomalies qui lui mettent la puce à l’oreille.
Ainsi par exemple les peuples ont bien compris le phénomène du « en même temps« .
Ils ont compris que les dominants étaient capables « en même temps » de faire une chose et son contraire. Comme par exemple alimenter l’inflation et « en même temps » prétendre lutter contre la hausse des prix. Comme en même temps prétendre resserrer la politique monétaire mais « en même temps » fournir toute quantité nécessaire si des fois l’argent ou le crédit viennent à manquer comme en 2022 et 2023!
Les autorités sont capables de faire des choses antagoniques, de marcher sur l’eau, de raser gratis, d’accomplir des miracles. Par exemple elles peuvent pallier à la rareté des ressources actuelles en dissociant les dépenses des paiements correspondants, ce qui est le fondement même du recours à la dette comme moyen de gestion sociale et politique . On dissocie la dépense de son cout, elle devient indolore. Tout tombe du ciel.
Dans le monde moderne les dirigeants sont capables « en même temps » d’appuyer sur le frein et sur l’accélérateur économique.
Macron promeut l’homosexualité mais en même temps il annonce un plan pour stimuler la natalité.
.Cette gestion par disjonction est peu analysée alors qu’elle devrait faire l’objet d’un travail de recherche approfondi par les sociologues, anthropologues et autres savants des sciences sociales.
L’APPARENCE C’EST LA SUBJECTIVITE, LA REALITE C’EST L’OBJECTIVITE
A la racine de ces pratiques il y a une réalité : la plupart des phénomènes humains, tout en étant objectifs se transmettent, passent par les comportements des hommes; ainsi la hausse des prix que l’on appelle l’inflation est produite par la création de monnaie en quantité excessive, mais pour se manifester il faut le jeu des forces des agents économiques lesquels produisent les surenchères de demande qui font monter les prix.
La réalité est faite de forces objectives mais qui, pour se concrétiser passent par la subjectivité humaine , de là à croire que l’on peut s’opposer aux Nécessités objectives en jouant sur ce que pensent les hommes il n’y a qu’un pas que la pensée moderne a franchi; en particulier les occidentaux et surtout les américains qui vont jusqu’à dire « perception is all ». « Tout est de la perception » comme si en manipulant les perceptions on pouvait s’exonérer des lois qui gouvernent le monde réel!
Cette imbécilité américaine trouve en ce moment sa sanction dans la sanglante défaite que les USA subissent en Ukraine. Ils ont inventé un monde dans lequel ils minoraient les atouts de la Russie et se surestimaient eux même, et ils se prennent une claque colossale! « Perception is not all », c’est le réel qui est tout. et le réel à long terme revient toujours en force! Comme je le dis régulièrement le seul vrai pouvoir des élites modernes et post modernes c’est de repousser les échéances dans le temps, mais au fond elles ne peuvent résoudre aucun problème!
Le dollar est une perception, une croyance il donne aux USA le contrôle de 40% des richesses financières mondiales, mais ce contrôle se situe dans l’imaginaire, , ce n’est pas un vrai contrôle, il ne donne pas les obus nécessaires pour transformer la déroute de l’Ukraine en victoire.
LE GRAND BOND EN ARRIERE
Nous sommes au cœur, à la racine de la modernité: l’illusion que l’esprit gouverne la matière. Nous avons dérivé à la faveur des sciences sociales idiotes, vers le spiritualisme le plus rétrograde , celui du Cargo Cult, celui de l’Evèque Berkeley qui en arrivait croire que le monde n’existe pas! ; eh si le monde existe et il fait toujours retour sur ceux qui le nient. N’est ce pas les américains? Un homme est une femme n’est ce-pas? Il suffit de le proclamer et de sanctionner ceux qui ne le reconnaissent pas!
Le jeu sur les perceptions passe bien souvent par l’utilisation du fameux langage de l’inversion, le langage Orwellien.
La disjonction c’est la séparation de ce qui ne devrait pas être séparé.
C’est une opération magique, on sépare les ombres de corps, les signes des représentations qu’ils sont censés refléter, les choses de leur utilité, les valeurs de leurs prix, les causes de leurs conséquences, cela permet aux Maitres de vous en mettre plein la vue/les yeux, de jouer les illusionnistes et de gérer , de vous gérer, grâce à de multiples simulacres ou mises en scène comme celle du discours d’Attal qui vous fait prendre le vide du trou du cul pour de la profondeur de pensée.
L’une des idées centrale de la modernité c’est la dissociation des causes et des effets, le miracle de la séparation des causes et de leurs conséquences, vous accomplissez l’acte de reproduction , mais vous le dissociez de la procréation, et vous sacralisez cette opération en l’inscrivant .. dans la Constitution!
Vous volez, si vous êtes un politicien, mais vous êtes exonéré de sanction, vous mentez mais faites en sorte par la répétition et la connivence de rester crédible; vous créez de la monnaie pour solvabiliser les banques mais vous ne les désolvabilisez pas quand vous restreignez cette création de monnaie; vous baissez les taux pour créer des fausses valeurs financières mais vous empêchez ces fausses valeurs de s’effondrer quand vous remontez les taux etc
NOUS NOUS DESADAPTONS EN TRUQUANT LES SIGNAUX
Cette disjonction des causes et des effets ne change rien -sur le long terme- au cours des évènements. Au contraire; les effets indésirables sont ce qui régule le système, le freine dans ses délires, ces effets sont une information qui nous dit que ce que nous faisons est dangereux. La douleur nous renseigne sur ce qu’il faut éviter car dangereux, si vous supprimez la douleur vous supprimez un signal vital dans le processus d’adaptation.
Vous avez compris: les effets sont une sorte de régulation qui nous permet de nous adapter plus efficacement aux évolutions du monde et de corriger nos erreurs, il y a grâce à eux, un élément de modération, une information, un apprentissage donc tout cela est positif. Les effets négatifs de nos comportements sont ce qui nous empêche de dévaler la pente …
Ici je vous livre ce texte qui exemplifie ce que j’ai développé ci dessus.
Les régulateurs fédéraux américains veulent effacer les stigmates attachés à l’insolvabilité et au manque de liquidité du système bancaire . Elle veulent désamorcer les sanctions, elles veulent valider les comportements qui déséquilibrent le système!
Elles veulent supprimer le négatif d’une situation qui pourtant est profondément régulatrice en ce sens qu’elle comporte une menace et des informations qui peuvent certes faire mal , mais aussi limiter les dégâts. C’est un encouragement objectif aux déviances, au cynisme, au moral hazard!
Les autorités vont vous faire croire que c’est gratuit qu’il n-y a que du positif, c’est faux!
Le négatif vous ne le voyez pas c’est le fait qu’il n’y a plus de frein à la mauvaise gestion, plus de punition mais au contraire incitation à faire ce qui est mauvais ; étant entendu que le négatif bien sur va se loger ailleurs soit dans le bilan de la Fed qui est de plus en plus pourri soit dans l’inefficacité de l’allocation des ressources .
Rédigé par Tho Bishop via The Mises Institute,
Jeudi dernier, Bloomberg a rapporté que les régulateurs fédéraux préparaient une proposition visant à forcer les banques américaines à utiliser la fenêtre d’escompte de la Réserve fédérale en prévision de futures crises bancaires.
L’objectif, note Katanga Johnson, est d’éliminer la stigmatisation entourant l’exploitation de cette bouée de sauvetage financière.
Cette mesure fait partie des retombées de la faillite de plusieurs banques régionales importantes l’année dernière.

Cette nouvelle politique rappelle les actions de la Fed lors de la crise financière de 2007, où les autorités financières ont encouragé les grandes banques à utiliser le guichet d’escompte, en contractant des prêts directement auprès de la Réserve fédérale, afin de permettre aux banques en difficulté de faire de même.
L’hésitation des institutions financières à exploiter cette source de liquidités est justifiée.
Si le public estime qu’une banque a besoin du soutien de la Fed, il est logique que les déposants fuient la banque. L’objectif explicite de la Fed est de fournir une couverture contre les banques à risque, en essayant d’empêcher les paniques bancaires qui constituent un risque inhérent à notre système bancaire moderne à réserves fractionnaires.
En obligeant les banques saines à se conformer, la Fed accroît le risque moral et rend les clients plus vulnérables. Ils tentent délibérément de supprimer un signal de risque institutionnel.
Les inquiétudes du régulateur concernant la fragilité des banques sont justifiées. Le contexte de taux d’intérêt bas de la Fed a amené les institutions financières à la recherche d’actifs à faible risque à acheter des bons du Trésor américain à très faibles rendements. Alors que les pressions inflationnistes ont poussé les taux à la hausse, la valeur marchande de ces obligations a diminué au profit de nouvelles obligations à rendement plus élevé. C’est cette pression qui a déclenché la faillite de la Silicon Valley Bank l’année dernière.
En outre, la situation de l’immobilier commercial constitue un stress supplémentaire pour les banques régionales, qui sont responsables de 80 pour cent de ces prêts hypothécaires. Dans le contexte précédent de faibles taux d’intérêt, les investisseurs considéraient l’immobilier commercial comme « un refuge pour les investisseurs ayant besoin de rendements fiables ». Malheureusement, cette même période connaît des changements majeurs dans le comportement des consommateurs. Les achats en ligne, le travail à distance et les bureaux partagés ont augmenté au détriment des emplacements physiques traditionnels. Les confinements liés au Covid n’ont fait qu’amplifier encore davantage ces tendances.
En conséquence, la dette immobilière commerciale est aujourd’hui considérée comme l’un des actifs financiers les plus dangereux, figurant directement dans les bilans des banques régionales à travers le pays.
Ces tensions ont eu un impact majeur non seulement sur la dernière politique des régulateurs fédéraux, mais aussi sur la profondeur de leur réponse aux échecs de l’année dernière. Suite à l’échec de la SVB, la Fed a créé le Bank Term Funding Program, qui permettait aux banques et aux coopératives de crédit d’emprunter en utilisant des bons du Trésor américain et d’autres actifs comme garantie. Cette mesure d’urgence reflétait les craintes que d’autres banques soient en danger. La Fed a signalé sa volonté de laisser ce programme expirer en mars , dans le but d’amener les banques à accroître leur recours au guichet d’escompte.

Alors que les actions de la Fed et des régulateurs financiers illustrent de réelles inquiétudes quant à la santé des banques américaines, ces mêmes institutions ont projeté en public un optimisme haussier quant à l’état de l’économie.
Le président de la Fed, Jerome Powell, et la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, ont constamment qualifié l’économie américaine de « robuste » au cours des derniers mois, un avis qui n’est pas partagé par la majorité des Américains . De plus, Powell a proclamé sa victoire sur l’inflation en décembre dernier , même si les mesures préférées de la Fed restent bien au-dessus de leur objectif de 2 %, ce qui contraste fortement avec ses déclarations précédentes sur la nécessité de s’attaquer de manière agressive à l’inflation au risque de la normaliser.
L’ombre de la politique ne peut évidemment pas être dissociée des déclarations optimistes des responsables gouvernementaux sur l’économie, en particulier à l’approche d’une année d’élection présidentielle. Toutefois, une autre motivation pour projeter la force économique est de réarmer l’arsenal politique de la Réserve fédérale. Même si les prévisions des responsables de la Fed concernant les baisses de taux en 2024 ont été présentées comme reflétant la force croissante de l’économie américaine, la réalité est que la Fed souhaite avoir la possibilité de baisser les taux en réponse aux difficultés financières. La Fed a prouvé à maintes reprises que si elle avait le choix entre forcer les Américains à subir les conséquences de l’inflation ou renflouer le système financier, elle choisirait cette dernière option.
Les communicants sont des bonimenteurs. Attal semble un bon communicant, et n’est peut-être que ça : on verra. Macron croit que pour gouverner il suffit d’avoir un précis de Machiavel dans une poche et un précis de Bateson dans l’autre : on a vu.
Ceci dit le viol du sacro-saint principe aristotélicien de non-contradiction est dans l’air du temps. Ainsi l’assertion de nature translogique « Le prédateur affamé est en même temps sa propre proie » est, selon mon gourou René Thom, à la base de l’embryologie animale. Ce qui est logiquement incompréhensible devient topologiquement compréhensible, tout son « Esquisse d’une Sémiophysique » tourne autour de ça.
Ce viol est dans l’air indépendamment des idées de Thom. En s’opposant à celles de Grothendieck, les philosophes belges Dominique Lambert et Bertrand Hespel ont écrit un court article au titre suggestif : « De la topologie de la conciliation à la logique de la contradiction » (« De la logique de la contradiction à la topologie de la conciliation » aurait pour moi été encore plus suggestif). La partie philosophique de cet article (introduction et surtout conclusion) a eu un grand impact sur moi.
Pour finir Thom encore, cette fois en ce qui concerne les perceptions (« Nous sommes au cœur, à la racine de la modernité : l’illusion que l’esprit gouverne la matière ») :
« Il me semble qu’il y a au cœur de l’aristotélisme un conflit latent (et permanent) entre un Aristote logicien, rhéteur (voire même sophiste, quand il critique Platon et les Anciens) et un Aristote intuitif, phénoménologue, et topologue quasiment malgré lui. C’est avec ce second Aristote (passablement méconnu) que je travaille, et j’ai tendance à oublier le premier. Il a espéré faire la jonction avec le concept de séparation [bel oxymore!], fondamental dans sa métaphysique.
Dans l’article περας (bord ; limite chez Tricot) il est dit que « la limite est la substance formelle de la chose et sa quiddité, car c’est la limite de la connaissance, et comme limite de la connaissance c’est la limite de la chose ». (C’est presque « esse est percipi !)
La séparation est-elle purement métaphorique ? Si elle a une portée ontologique, alors il faut un substrat étendu -continu- où les choses se découpent. Sinon, la séparation n’est qu’un Gedankenexperiment, sur lequel on ne saurait fonder l’objectivité. » (ES, p.245-246)
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Cher Bruno Bertez, vous réclamez une (des) étude(s) scientifique(s) de la disjonction ? Et bien elle a déjà eu lieu : il s’agit ni plus ni moins de l’injonction paradoxale qui a été étudié par les chercheurs du groupe de l’École de Palo Alto dans les années 50. Dire une chose et son contraire est de nature à sidérer, c’est-à-dire à paralyser l’action de celui à qui elle s’adresse ; rendre fou comme programme politique. Il est vrai que, dans leur esprit, cela ne concernait que les familles dysfonctionnelles… Mais cela est valable aussi dans la société (voir « La société n’est pas une famille » de Gérard Mendel). Les chercheurs réunis autour de G. Bateson avaient aussi remarqué l’émergence brutale de réactions violentes de la part des martyrisés ; comme aujourd’hui lorsque les Gilets Jaunes affrontent l’État avec leurs tripes. Mais il n’ai dit qu’une prise conscience ne puisse avoir lieu ; au contraire, à chacune des étapes manipulatrices, une minorité émerge à la compréhension des ressorts cachés en découvrant le réel, non pas intellectuellement, mais dans une lutte concrète. Mais cette compréhension ne peut rester individuel sinon elle s’étiole ; elle devient pleine et entière lorsque elle s’organise pour anticiper ses résistances. « Lorsque en haut on ne peut plus diriger comme avant et qu’en bas on n’accepte plus d’être dirigé, alors s’ouvre le moment révolutionnaire » Lénine
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J’apprécie vos interventions et je vous invite à les renouveler.
Je suis bien sur familier avec les études sur la disjonction et la preuve en est que j’utilise beaucoup cet outil intellectuel.
Ce que je déplore ici dans le cadre de cet article c’est le fait que des intellectuels qui pourtant connaissent le concept ne l’utilisent pas plus pour analyser et critiquer les récits , l’actualité, les discours, les décisions etc
J’apprécie également que vous mettiez l’accent sur la pratique sociale et bien sur Lénine.
Les prises de conscience doivent s’incarner dans des groupes sociaux non pour l’esthétique et la jouissance narcissique mais pour une praxis de révolte socialement utile .
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