Editorial: la dynamique des marchés est fascinante, caressez un cercle et il devient vicieux.

Je m’abstiens depuis de nombreuses années de donner des conseils sur le marché financier ; pourquoi?

Parce que nous sommes entrés dans un monde irrationnel et que tout peut arriver.

Dans ce monde irrationnel , ceux qui réussissent sont les plus inconscients ou les plus audacieux, pas ceux qui raisonnent le mieux.

Le raisonnement est un handicap.

Je me souviens d’une conversation avec Claude Bebear qui tournait autour de ces questions des prises de décisions . Il avait une formation scientifique. Il me dit: « nous les intellectuels nous avons un gros handicap, nous savons que d’un côté il peut se passer ceci et de l’autre il peut se passer cela, c’est un handicap quand on doit prendre une décision, surtout au niveau politique. Dans certaines situations celui qui réussit le mieux c’est celui qui a une mentalité de représentant de commerce ».

Je ne donne plus de conseils , je me borne à rappeler sans cesse que nous sommes toujours dans la même situation depuis des décennies, cette situation se définissant par la domination de l’idéologie de l’inflationnisme monétaire; laquelle signifie la prédominance de la croyance que tous les problèmes peuvent être résolus par la production de crédit, la promotion de l’argent facile et du printing monétaire pour boucher les trous quand il se présentent.

L’un de mes meilleurs articles , il y a des décennies était intitulé:

Vive les crises car elles nous enrichissent.

Cette conviction m’a conduit à redevenir haussier sur les bourses en mars 2009 lorsque les USA ont choisi le mensonge et la fuite en avant c’est à dire lorsqu’ils ont -sous la pression des élus- accepté d’entrer dans le monde des fausses comptabilités, -le monde du mark to fantasy,- en changeant les règles d’évaluation des actifs financiers par la FASB 157.

Depuis je n’ai jamais changé de position sauf à expliquer un jour il y a quelques années que nous étions sortis de l’épure de l’investissement et que nous étions de plein pied dans le jeu, le pur jeu spéculatif;
depuis je m’abstiens.

J’essaie de ne pas décourager les spéculateurs en expliquant que contrairement à ce que disent les Cassandre, les autorités ont encore beaucoup de possibilités de prolonger la situation et qu’il ne faut pas se hâter de vendre la peau de l’ours. Ils ont de la ressources les bougres, ils sont malins les gnomes!

Si vous pensez que le monde est fou, posez vous la question.  Pourquoi les responsables de la Fed persistent-ils à parler de réduction des taux face à une inflation persistante, à une résilience économique évidente et face à des excès spéculatifs manifestement débridés ? Ils savent que leur « pivot accommodant » était une erreur majeure. Pourtant, ils continuent de jeter de l’huile sur le feu.

Pourquoi? Parce que si ils ne le faisaient pas ils risqueraient de briser le charme, de déclencher la catastrophe qu’ils cherchent à éviter depuis 2009, la rechute dans la révulsion financière, le colmatage des canalisations souterraines. Ils ne peuvent prendre le risque contre lequel ils luttent depuis 2009!

Et c’est ce que les Smart Money a compris, il a compris que « les autorités sont obligées d’y passer », de continuer de faire jouer l’orchestre monétaire, les autorités savent qu’il n’y a pas assez de chaises pour tout le monde et qu’il faut coute que coute empêcher les danseurs d’aller se rasseoir.

La dynamique du marché est fascinante.. 

La dynamique de « réflexivité » de George Soros est à l’œuvre. L’erreur de pilotage de la Fed quand elle a pivoté trop tôt a produit une flambée spéculative. La flambée des cours boursiers engendre invariablement des récits haussiers à Wall Street , récits haussiers qui attirent des flux spéculatifs, qui déclenchent des conditions financières encore plus souples, une croissance de l’activité plus rapide et des prévisions solides de bénéfices des entreprises. Les paniques des vendeurs a découvert servent souvent de déclencheurs. Ce sont de puissants catalyseurs de perceptions haussières qui créent ensuite leurs propres réalités haussières. Tout cela a été constaté l’an dernier et encore en Novembre dernier. Nous sommes dans des systèmes de boucles, de cercles vicieux. de diallèles.

A force de les caresser…

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