Pour réfléchir, le week-end approche: l’irrationalisme, l’idéologie du progrès, le chemin du fascisme.

« Les démocraties actuelles pourraient, en substance, réaliser tout ce que voulait Hitler sans qu’il soit nécessaire de rompre formellement avec la démocratie »

« Le fascisme n’est pas seulement derrière, mais devant nous.« 

Notre époque est caractérisée par la destruction de la Rationalité, de la Vérité, le rejet du principe de non contradiction, et la montée irrésistible de l’irrationalité et du cynisme qui va avec.

Le fil conducteur qui permet de comprendre la filiation entre les périodes de crises du passé et la période actuelle c’est la montée de l’irrationalité.

En 1953, Georg Lukács a publié  La Destruction de la raison , sur la relation étroite entre l’irrationalisme philosophique et le capitalisme,

Le capitalisme ne produit pas seulement des biens, des services, du profit, de la domination, du gout pour la servitude, il produit une philosophie qui lui permet de s’avancer masqué, non-su et de se perpétuer. Cette philosophie c’est l’irrationalisme; rationalité des processus de production et irrationalité des processus sociaux. Peu à peu ils vous font vivre dans un monde magique dont ils ordonnancent les mystères.

Pour Lukács, l’irrationalisme, y compris sa fusion ultime avec le nazisme, n’était pas un développement fortuit, mais plutôt un produit du capitalisme lui-même. Le capitalisme produit son besoin de mystification des masses car sans elle il ne durerait pas. L’ennemi du capitalisme sénile et financiarisé c’est donc de plus en plus la Raison.

Les classes hégémoniques déconstruisent, détruisent la raison, le bon sens , ils vous font douter de ce que vous voyez, vous pensez, vous savez.

Ce n’est pas un hasard si très souvent nous entendons utiliser le qualificatif Orwellien ou le fameux « en même temps » qui unit les contraires ou les absurdités dans le langage des puissants.

Cette destruction de la raison permet de mystifier, de faire passer n’importe quoi sous l’étiquette de démocratie, de valeur de l’Occident y compris les négations suprêmes de la raison comme celle du wokisme ou wokenisme .

L’irrationalité permet de faire passer le génocide actuel des Palestiniens de Gaza pour une cause juste et justifiée par un genocide perpétré par les Allemands qui a eu lieu il y a plus de 80 ans. Elle permet d’assimiler la critique de la politique sioniste génocidaire à de l’anti sémitisme!

Lukács avait tracé la relation entre l’irrationalisme philosophique et la phase impérialiste du capitalisme.

Pour Lukács, l’irrationalisme, y compris sa fusion ultime avec le nazisme, n’était pas un développement fortuit, mais plutôt un produit du capitalisme lui-même.

Il établit un lien entre l’irrationalisme philosophique (associé à des penseurs tels qu’Arthur Schopenhauer, Friedrich Nietzsche, Henri Bergson, Georges Sorel, Oswald Spengler, Martin Heidegger et Carl Schmitt) et la montée d’Adolf Hitler. 

Schopenhauer est à l’origine de « la version purement bourgeoise de l’irrationalisme ». On peut presque dire que c’est lui qui a inspiré Karl Rove . -celui qui pense que comme les Etats Unis sont un empire, ils peuvent créer un imaginaire et que vous ne pouvez que vous y adapter- L’ouvrage de Schopenhauer  Le Monde comme volonté et idée , publié en 1819, était dirigé contre la philosophie hégélienne. Schopenhauer a tenté d’opposer son idéalisme subjectif de la volonté à l’idéalisme objectiviste de la raison de Hegel. La bourgeoisie allemande a abandonné Hegel pour Schopenhauer, avec les conséquences historiques que l’on a vu, elle a suivi Hitler.

Seule l’utilisation de ce lien avec l’irrationalisme mis à pour; analysé et exemplifié par Lukacs permet de comprendre en quoi l’Occident est fasciste, pourquoi il s’allie avec les fascistes, pourquoi il utilise les fascistes déclarés comme fers de lance dans son combat pour la domination et l’unilatéralité. Seule une analyse de ce type permet de comprendre la situation présente de la guerre en Ukraine ou à Gaza ou encore l’instrumentalisation par les anglosaxons d’ISIS .

 La division du monde entier entre les grandes puissances et les luttes géopolitiques pour l’hégémonie et les sphères d’influence produit -quasi comme dans un engrenage dont personne n’a conscience- un monde qui a ses raisons, ses vérités partisanes qui supplantent la Raison, la Logique, et finalement le Réel. La rivalité économique et coloniale entre les blocs , devient envahissante il n’y a plus que de la propagande, de l’utile, du pragmatique; c’est ainsi que l’on peut comprendre le jeu actuel des médias et des journalistes; ils s’alignent sur la division du monde. Ils choisissent leur camp.

Il y a l’ennemi et puis il y a nous!

Dans ses conférences  l’Être et la Vérité , données à l’Université de Fribourg au cours de l’hiver 1933-1934, peu après son adhésion au parti nazi, Heidegger écrit :

Un ennemi est toute personne qui représente une menace essentielle pour le Dasein [existence] du peuple et de ses membres individuels. L’ennemi n’est pas nécessairement extérieur, et l’ennemi extérieur n’est même pas toujours le plus dangereux. Et il peut sembler qu’il n’y avait pas d’ennemi. Il est alors fondamental de trouver l’ennemi, de l’exposer à la lumière, ou même de créer d’abord l’ennemi , pour que cette confrontation avec l’ennemi puisse avoir lieu et pour que le Dasein ne perde pas son avantage.… [Le défi est] d’amener l’ennemi à découvert, de ne se faire aucune illusion sur l’ennemi, de se tenir prêt à attaquer, de cultiver et d’intensifier une préparation constante et de préparer l’attaque en regardant loin dans le but de l’anéantissement total . 

Cela fait froid dans le dos , mais c’est le mode de fonctionnement actuel du capitalisme dans sa phase aigue de belliquosité: il fabrique ses ennemis pour affirmer son Dasein.

Le problème de la destruction de la raison n’a pas disparu avec la défaite historique du fascisme, il continue à nourrir des tendances réactionnaires qui se font passer pour progressistes , quoique plus secrètement, dans la nouvelle ère de la guerre froide dominée par l’imperium américain. 

Lukács a commencé son livre de manière provocante en disant que « le sujet qui se présente à nous est le chemin de l’Allemagne vers Hitler dans le domaine de la philosophie ». Mais sa critique était en réalité beaucoup plus large, considérant l’irrationalisme comme étant lié plus généralement à la phase impérialiste du capitalisme.

Dans ces circonstances, l’irrationalisme et l’accumulation du capital vont de pair avec « l’accumulation de mépris cynique pour l’humanité », comme on le voit à Gaza et en Ukraine . Les morts et blessés sont des « investissements » du système! Ils sont « la conséquence idéologique nécessaire de la structure et de l’influence potentielle de l’impérialisme américain » et de son besoin de profitabilité. Il en veut pour son argent.

Lukács écrit dans des termes encore plus significatifs aujourd’hui que dans les années 50 :

Contrairement à l’Allemagne, les États-Unis avaient dès le départ une constitution démocratique. Et sa classe dirigeante a réussi, en particulier à l’époque impérialiste, à préserver si efficacement les formes démocratiques que, par des moyens démocratiquement légaux, elle a réussi à instaurer une dictature du capitalisme monopolistique au moins aussi ferme que celle qu’Hitler a instaurée avec des procédures tyranniques.

Cette soi-disant démocratie qui fonctionne bien a été créée par la prérogative présidentielle, l’autorité de la Cour suprême dans les questions constitutionnelles, le monopole financier de la presse, de la radio, etc., les coûts de la campagne électorale, qui ont réussi à empêcher l’apparition de partis véritablement démocratiques à côté du deux partis du capitalisme monopolistique et enfin le recours à des dispositifs terroristes .

Et cette démocratie pourrait, en substance, réaliser tout ce que voulait Hitler sans qu’il soit nécessaire de rompre formellement avec la démocratie. À cela s’ajoute la base économique incomparablement plus large et plus solide du capitalisme monopolistique.

Plus d’un siècle après le début de la Grande Crise de 1914-1945, représentée par la Première Guerre mondiale, la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale, nous assistons à une soudaine résurgence de la guerre et du fascisme à travers le monde.

L’économie capitaliste mondiale dans son ensemble est désormais caractérisée par une stagnation croissante, une financiarisation, un envahissement par le capital fictif, et une montée des inégalités et une multiplication des guerres locales qui sont la forme moderne de la WW3.

Tout cela s’accompagne de la perspective plus ou moins instrumentalisée de catastrophe planétaire sous la double forme d’holocauste nucléaire et de déstabilisation climatique.

La post modernité est essentiellement fasciste. Les nouveaux philosophes sont des fascistes.

Dans ce contexte dangereux, la notion même de raison humaine est remise en question. La domination des perceptions sur la vie réelle objective est organisée, encouragée y compris par les drogues et les vices transgressifs les plus vils. Il faut s’envoyer en l’air c’est un impératif du capitalisme dans sa phase sénile monopolistique, impérialiste . Vive les Trans, les LGBTQ, le Cannabis, la Coke l’anti-oedipe, etc Tout cela est magnifié, sacralisé, pas touche , pas critiqué surtout.

Il est donc nécessaire d’aborder la question de la relation entre l’impérialisme ou le capitalisme monopolistique et la destruction de la raison, du langage, de la logique et la création d’un imaginaire fondé sur les croyances irrationnelles ou les pseudo évidences et ce que l’on appelle la Modernité. Modernité si chère nos nouveaux fascistes comme Macron et sa clique.

Dans la situation de crise du capitalisme et d’impérialisme tardif, l’irrationalisme joue un rôle croissant dans la constellation de la pensée. Cela a d’abord pris la forme relativement modérée d’un postmodernisme et d’un poststructuralisme déconstructif.

Des penseurs comme Jean-François Lyotard et Jacques Derrida, ont mis de côté tous les grands récits historiques pour adopter un antihumanisme philosophique hérité de Heidegger qui je le rappelle était clairement fasciste. Des figures présumées de gauche comme Habermas dont Macron s’est un jour réclamé, Adorno, Gilles Deleuze, Félix Guattari et autres sont venues leur prêter renfort en détruisant nos invariants civilisationnels et en préparant le terrain à la production de cet homme nouveau, vierge, sans determination qui est le rêve humide secret des ingénieurs du grand capital . Ces penseurs qui se font passer pour modernistes s’appuient directement sur les lignée intellectuelles les plus irrationalistes et antimodernistes réactionnaires de Bergson à Heidegger. 

Écrivant sur « Le système irrationnel » dans le dernier chapitre de Monopoly Capital (1966), Paul A. Baran et Paul M. Sweezy ont exploré la destruction de la raison qui en était venue à imprégner tous les aspects du capitalisme monopolistique, depuis l’irrationalité du système économique. à son caractère destructeur élémentaire de la vie sociale.

Ils ont ainsi souligné « le conflit toujours plus aigu entre la rationalisation rapide des processus de production réels et l’irrationalité du système dans son ensemble ». 

Je vous en conseille la lecture.

H/t John Bellamy Foster

Une réflexion sur “Pour réfléchir, le week-end approche: l’irrationalisme, l’idéologie du progrès, le chemin du fascisme.

  1. Superbe texte Mr Bertez, merci

    Wokisme et « en même temps » remettent en cause un héritage intellectuel vieux de plus de 2300 ans ! En posant les bases de la logique, Aristote affirma en son temps qu’on ne peut être « A » et « non-A » en même temps. Aujourd’hui la post-modernité explique qu’on peut changer de sexe (*), sans aucun problème. En oubliant que l’ADN de vos cellules ne ment pas : vous êtes XX ou XY, point barre.

    (*) Tonton Olaf a fait passer une loi permettant à chaque Allemand de changer de sexe par une simple déclaration d’état civil ??!! Pendant ce temps, Michelin ferme ses usines de Karlsruhe. ZF-Saarbrücken pourrait réduire la voilure des 2/3 d’ici 2030 (soit presque 7000 employés sur 10000), quant à Ford -Saarlouis… fermeture. Un suicide. La réconciliation avec le monde réel ferra passer l’entrevue de Canossa pour une péripétie mineure.

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