La marche vers l’insolvabilité. La Banque centrale américaine a dans ses livres une perte non reconnue d’environ 540 milliards de dollars sur son portefeuille de 8 800 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres hypothécaires- écrit en 2022! Et cela s’accumule!

Les politiques monétaires modernes dites non conventionnelles n’ont rien de moderne, elles consistent toujours à avilir la monnaie en trompant les peuples.

Les formes, les complexités, et les récits peuvent changer, mais fondamentalement les politiques monétaires sont toujours du même genre que celles de John Law et elles ont toujours les mêmes structures cachées.

Toujours également, elles ont une même origine: il s’agit d’élaborer des trucs, des dispositifs, des subterfuges pour faire face à des crises d’insolvabilité et de dépasser les limites des endettements remboursables.

Avant avec John Law c’était l’ insolvabilité du Regent qu’il fallait masquer, maintenant avec l’hegemon américain c’est l’insolvabilité globale du système américain tout entier qu’il s’agit de prolonger.

Le secret pour lutter contre les insolvabilités est toujours le même , on n’invente rien ; il faut créer des liquidités, transformer la solvabilité en une question de liquidité et baisser le coût des dettes pour les rouler.

Cela équivaut toujours à un transfert de la pourriture du système dans le bilan de la Banque Centrale et du Tresor Public, Ce que je désigne comme le Centre du Système. On transmute la pourriture des eaux sales et des égouts financiers en les faisant remonter à travers le bilan du couple maudit , le couple Banque Centrale/Tresor Public.

Pour ce faire on pille le bilan de la banque centrale et en même temps on déclenche des mouvements colossaux de spéculation. Ceci permet d’introduire le Ponzi, c’est à dire la surévaluation généralisée en chaine du bonheur dans le système; tout cela étant fondé sur des croyances.

Et ainsi le système tourne? jusqu’à ce que les contradictions de ce système éclatent avec la hausse de prix des biens et des services , avec la formation de bulles, la perte de confiance, la fuite devant la monnaie. Un jour les Princes, les proches du Regent ou de l’élite ultra riche , retirent leurs billes et tout s’effondre; ici les Princes ce sont les gros porteurs de dette du Trésor Américain et ces gros porteurs savent qu’ils ne seront jamais remboursés , que leurs dettes ne seront jamais honorées. Ils observent avec inquiétude, les doigts sur les touches du clavier, la marche de la Fed vers l’insolvabilité. C’est comme dans la Fureur de Vivre, il faut savoir tenir le plus longtemps possible car ce système a des avantages puisqu’il permet de vendre aux Americains. .

Le fameux mot de Keynes « a long terme nous serons tous morts » est ridiculisé avec le temps car finalement le temps passe vite et le long terme arrive toujours plus tot que prévu.

Ainsi les précurseurs en matière de politiques monétaires non conventionnelles , les Japonais se débattent dans une impasse. Ils ont pratiqué l’inflationnisme depuis plus de 30 ans et maintenant alors que la valeur de leur monnaie, le Yen, s’est effondrée, ils ne peuvent même plus enrayer la chute par la hausse des taux et le retour à l’orthodoxie, s’ils le faisaient ils feraient s’effondrer le marché de leurs dettes à long terme , les JGB, et en même temps celui de toutes les autres dettes souveraines mondiales.

La situation prend une autre forme pour la Fed américaine mais malgré ces formes différentes, le fond du problème américain est le même que celui des japonais: la Fed aurait besoin de régulariser, de normaliser sa politique monétaire pour aborder une nouvelle ère économique qui s ‘annonce délicate, mais elle ,ne le peut pas. Elle ne le peut pas parce la colossale banque que constitue le marché financier s’effondrerait.

Le marché financier ai je expliqué accomplit toutes les fonctions bancaires; collecte, allocation transformation, il transforme le court en long et le risqué en non-risqué, le non rentable en rentable, Le marche financier est l’espace du mismatch, du désajustement financier et monétaire mondial.

Pour faire face à l’instabilité qui découle de ce mismatch il y a une promesse: c’est la promesse; la promesse d’intervention de la Fed, la promesse que toujours elle rendra les actifs financiers échangeables contre de la monnaie de base. C’est une promesse terrible qui inclut nécessairement la forte probabilité que dans un avenir pas très éloigné, la Fed sera à nouveau obligée de rebaisser ses taux- même si c’est inopportun pour la hausse des prix – et surtout qu’elle sera à nouveau obligée de pratiquer de nouveaux QE, de nouveaux achats de titres de long terme, assouplissements quantitatifs.

La situation de ce marché financier qui n’est je le répète qu’une banque colossale, inclut en germe le besoin de détruire encore plus le bilan de la banque centrale américaine.

Les Japonais ont été les premiers à pratiquer la politique monétaire non conventionnelle. Lors de leur crise de bulle et de surendettement ils ont refusé de nettoyer la pourriture et sont ainsi entrés dans un long cycle de mensonge comptable, un cycle de « extend and prétend ». le tout « solvabilisé » par le bilan de la Bank of Japan et l’accumulation de dettes du Gouvernement.

Le système américain en 2008 s’est lancé dans la même politique, il a pris le même bateau , il s’est élancé sur un océan dont on ne revient jamais. Quand on coupe les amarres , c’est fini, car tout est cumulatif, tous les cercles deviennent vicieux et tout s’oriente dans la même direction. La politique monétaire non conventionnelle est un engrenage, c’est une pente qu’à long terme on dévale.

Le système américain peut tenir longtemps car il peut piller sinon le monde entier mais au moins les pays vassaux et les colonisés qui y consentent. Mais l’espace se rétrécit avec la montée des Bric’s et surtout avec la marche vers la guerre. Le système américain pour tenir a besoin de l’extension impérialiste, il n’a pas le choix. c’est marche ou crève. Et cela a un coût énorme, l’extension impérialiste entretient le cercle vicieux, il coute de plus en plus cher ce qui renforce les besoins financiers, les déficits, les besoins de dette alors que le cercle des créanciers volontaires se rétrécit; et ceci accroit encore le besoin d’inflationnisme monétaire .

Je me suis fait l’écho il y a quelques semaines des travaux d’un économiste allemand qui démontre que la crise de l’hyperinflation allemande des années 20 avait pour véritable origine causale l’insolvabilité des banques centrales allemandes et autrichiennes. Je livre ceci à votre sagacité.

Who owns the Fed’s massive losses?

BY PAUL H. KUPIEC AND ALEX J. POLLOCK, OPINION CONTRIBUTORS – 06/23/22 9:00 AM ET

Nous  estimons  qu’à la fin du mois de mai, la Réserve fédérale a enregistré une perte non reconnue à la valeur de marché d’environ 540 milliards de dollars sur son portefeuille de 8 800 milliards de dollars de bons du Trésor et de titres hypothécaires.

Cette perte, qui ne fera qu’augmenter à mesure que les taux d’intérêt augmentent, représente plus de 13 fois le capital consolidé de la Réserve fédérale, soit 41 milliards de dollars.

Contrairement aux institutions financières réglementées, quelle que soit l’ampleur des pertes auxquelles elle pourrait être confrontée, la Réserve fédérale ne fera pas faillite. Elle peut continuer à imprimer de la monnaie même si elle est profondément insolvable.

Mais, selon la  loi sur la Réserve fédérale , les pertes de la Fed devraient avoir un impact sur ses actionnaires, qui sont les banques commerciales membres des 12 banques de district de la Réserve fédérale.

Parmi les responsables de la Réserve fédérale et de nombreux économistes, il est  de bon ton  d’affirmer que toute perte que la Réserve fédérale devrait subir, aussi importante soit-elle, n’aura aucune conséquence opérationnelle. Maintenant que la Fed a déjà subi des pertes de valeur de marché aux proportions épiques et qu’elle sera bientôt confrontée à d’importantes pertes d’exploitation, ce qu’elle n’a jamais vu au cours de ses 108 ans d’histoire, nous sommes sur le point de voir si cela est vrai.

Les banques membres doivent acheter des actions émises par leur banque de district de la Réserve fédérale. Les banques membres ne paient que la moitié de la valeur nominale de leurs achats d’actions requis « tandis que la moitié restante de la souscription est soumise à l’appel du Conseil ».

En plus des appels potentiels à acheter davantage d’actions bancaires de la Réserve fédérale, en vertu de la  Loi sur la Réserve fédérale,  les banques membres sont également tenues de contribuer aux fonds pour couvrir les pertes d’exploitation annuelles de toute banque de réserve de district, pour un montant ne dépassant pas le double de la valeur nominale de leurs actions bancaires de district. abonnement. Notez en particulier l’utilisation du terme « doit » et non « peut » dans la loi sur la Réserve fédérale :

« Les actionnaires de chaque banque de réserve fédérale  seront   tenus individuellement responsables, de manière égale et proportionnelle, et non les uns envers les autres, de tous les contrats, dettes et engagements de cette banque dans la mesure du montant des souscriptions à ces actions à la valeur nominale de celles-ci. en plus du montant souscrit. (italiques gras ajoutés).

Malgré les révisions apportées par le Congrès à la loi sur la Réserve fédérale depuis plus d’un siècle, la  loi actuelle  contient toujours exactement ce passage.

Selon les propres estimations du Federal Open Market Committee  , les taux directeurs à court terme approcheront 3,5 % d’ici la fin de l’année 2022. Beaucoup pensent que les taux directeurs augmenteront, peut-être beaucoup plus, avant que la Fed ne parvienne à contenir la flambée de l’inflation. Nos estimations suggèrent que la Réserve fédérale commencera à déclarer des pertes d’exploitation nettes une fois que les taux d’intérêt à court terme atteindront 2,7 %. Cette estimation suppose que la Fed n’a réalisé aucune perte résultant de la vente de titres. Si les taux à court terme atteignent 4 %, nous estimons une perte d’exploitation annualisée de 62 milliards de dollars, soit une perte de 150 % du capital total de la Fed.

Cette situation financière peu enviable – d’énormes pertes d’investissements évaluées à la valeur de marché et un résultat d’exploitation négatif imminent – ​​est la conséquence prévisible du bilan créé par la Fed. La Fed paie des taux d’intérêt croissants sur les réserves bancaires et les opérations de prise en pension tandis que son bilan est rempli de titres à taux fixe à long terme et à faible rendement. En bref, la dynamique des revenus de la Fed ressemble à celle d’un système d’épargne et de crédit typique des années 1980.

En 2011, la Réserve fédérale a annoncé sa  position officielle  concernant les pertes réalisées sur son portefeuille d’investissement et les pertes d’exploitation du système :

« Dans le scénario improbable dans lequel les pertes réalisées seraient suffisamment importantes pour entraîner une perte de revenu net globale pour les banques de réserve, la Réserve fédérale remplirait toujours ses obligations financières pour couvrir les dépenses d’exploitation. Dans ce cas, les transferts de fonds au Trésor seraient suspendus et un actif différé serait inscrit au bilan de la Réserve fédérale.»

Dans le cadre de cette politique comptable unique, les pertes d’exploitation ne réduisent pas le capital et l’excédent déclarés de la Réserve fédérale. Un compte excédentaire positif des banques de réserve est assuré en augmentant un compte imaginaire  « d’actifs différés » que  les banques de réserve de district enregistreront pour compenser une perte d’exploitation, quelle que soit son ampleur. Entre autres choses, cette « innovation » comptable garantit que la Fed peut continuer à verser des dividendes sur ses actions. Une « comptabilité réglementaire » aussi créative n’a pas été utilisée depuis les années 1980, lorsqu’elle était utilisée pour soutenir les institutions d’épargne en faillite.

L’intention déclarée de la Fed est de monétiser les pertes d’exploitation et de soutenir toute monnaie nouvellement créée par un « actif différé » imaginaire. Il est impossible d’imaginer que les auteurs de la loi sur la Réserve fédérale auraient approuvé l’autorisation de la Fed de créer un « actif différé » imaginaire comme mécanisme pour cacher le fait que la Fed épuise son coussin d’actifs absorbant les pertes tout en payant les banques. dividendes et intérêts sur leurs soldes de réserve, alors que la loi elle-même rend les banques membres, en tant qu’actionnaires, responsables des pertes d’exploitation des banques de district de la Réserve fédérale.

De toute évidence, si la Fed est tenue de se conformer aux dispositions de la loi sur la Réserve fédérale et d’évaluer les pertes d’exploitation des banques membres, cela pourrait avoir un impact sur la politique monétaire. La perspective de répercuter les pertes d’exploitation de la Fed sur les banques membres pourrait créer une pression pour éviter les pertes en limitant les taux d’intérêt payés aux banques membres ou en décourageant les ventes d’actifs nécessaires pour réduire le bilan gonflé de la Fed. De plus, si les pertes de la Fed étaient répercutées, certaines banques membres pourraient elles-mêmes être confrontées à d’éventuels problèmes de capitaux.  

La Fed va-t-elle ignorer la loi, monétiser ses pertes et créer une nouvelle source de pression inflationniste ? Ou va-t-elle répercuter ses pertes sur ses actionnaires ? Restez à l’écoute.

Paul H. Kupiec  est chercheur principal à l’American Enterprise Institute.  Alex J. Pollock  est chercheur principal à l’Institut Mises.TAGS RÉSERVE FÉDÉRALE LOI SUR LA RÉSERVE FÉDÉRALE RÉSERVE FÉDÉRALE BANQUE INFLATION JEROME POWELL POLITIQUE MONÉTAIRE LA RÉSERVE FÉDÉRALE POLITIQUE DES ÉTATS-UNIS

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  1. Bonjour Monsieur Bertez et merci pour ce très bon papier.Les Mages de la Finance ne savent plus quoi faire, sauf recourir à la Guerre qui représente le grand système de lustration absolue. Encore faut-il avoir les moyens de la faire. « C’est comme dans la Fureur de Vivre, écrivez-vous, il faut savoir tenir le plus longtemps possible car ce système a des avantages puisqu’il permet de vendre aux Américains. »J’ajouterais une référence cinématographique complémentaire avec Le Salaire de la Peur où il arrive que l’un des camions rempli de nitroglycérine rencontre un nid-de-poule sur la route et se transforme en chaleur et lumière.

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