Editorial. Le Système américain est il résilient?

Nous entendons beaucoup parler de « l’exceptionnalisme américain ».

Il existe une autre formulation de la même question, c’est la question de la « résilience » du système américain. Le système américain est il résilient, solide, repose-t-il sur des bases solides?

Ma réponse à ces questions est non.

Mais comme une bicyclette, il peut tenir en équilibre tant qu’il « roule », et l’équivalent de « rouler » pour le système américain c’est : produire un taux de profit apparent supérieur à celui qui est offert dans le Reste du Monde. Le système américain est dominé par l’importance des flux financiers, ils sont absolument nécessaires, ils constituent l’énergie qui permet de lutter contre la tendance à l’entropisation. Pour rouler le système américain a besoin de produire et d’attirer des flux financiers et il le fait mieux que quiconque. C’est un Ogre!

Comme l’a expliqué Bernanke en 2010 alors qu’il était interrogé sur les sorties de dollars, nous avons la plus forte capacité bénéficiaire du monde et sitôt que la crise sera passée, ils reviendront, les capitaux reviendront attirés par cette rentabilité. Le secret de la bicyclette américaine c’est cela , un taux de profit supérieur, ce qui donne la capacité à drainer les flux mondiaux, flux qui financent les déficits, les investissements, les Ponzi boursiers qui produisent des effets de richesse.

Le système américain tient par son taux de profit exceptionnel, un taux bonifié au niveau du capital financier par le PONZI.

C’est une sorte de « cercle vertueux plus ou moins vicieux ».

Un système plombé par de multiples déséquilibres

Si le système américain était solide, pourquoi enregistre-t-il des déficits fédéraux sans précédent en temps de paix.

Si le système américain était solide pourquoi a- t-il autant besoin de l’épargne étrangère pour financer ses déficits.

Si le système américain était solide, pourquoi a t-il un déficit commercial abyssal? Pourquoi est il désindustrialisé?

Si le système américain était solide pourquoi le bilan de la Fed est-il astronomique, à 7 000 milliards de dollars ?

Si le système américain était solide, pour quoi a t-il un besoin impérieux de produire autant de dettes?

Si le système américain était solide, pourquoi y a-t-il tant de stress au sein de la société américaine?

Si le système américain était solide pourquoi a t-il autant peur de la concurrence avec le reste du monde?

Un système solide encourage-t-il une spéculation à effet de levier sans précédent ?

Un système solide encourage-t-il la spéculation à outrance, les rachats d’action qui réduisent les capitaux propres, des emprunts massifs de type « repo », des « carry trades », des « basic trades », des dettes sur marge et des centaines de milliers de milliards de produits dérivés qui sont autant d’armes de destruction massives?

Un système solide a-t-il des consommateurs aussi endettés même sur des cartes de crédit à plus de 20%?

Un système solide a -t-il besoin de vivre avec des béquilles monétaires et budgétaires qui atteignent des hauteurs astronomiques et qui ne sont connus dans l’histoire que lors des grandes périodes de guerre?

Les réponses à ces questions sont plutôt évidentes.

Un Système sain n’est pas censé fonctionner de cette façon; il est censé être sur de bonnes bases, en équilibre, il n’a pas besoin de toujours injecter des dopages, il n’a pas besoin de masquer ses déséquilibres et sa fragilité par des artifices comptables ou de la fausse monnaie. Ou maintenant par les armes.

Un système solide n’a pas besoin d’accepter de vivre sous un régime absurde de désordre monétaire aigu et prolongé qui détériore les relations sociales domestiques et les relations géopolitiques.

Un système économique sain n’a pas besoin de l’expansion accélérée des bilans des banques et de créer des dizaines de trillions de « monnaie », de liquidités qui alimentent les bulles d’actifs, les inégalités, le « moral hazard », l’inflation et toutes sortes de dysfonctionnements .

Il n’y a rien eu de semblable depuis près d’un siècle et encore , il y a un siècle les déséquilibres étaient moins généralisés et clairement moins profonds.

Mais le révisionnisme des historiens sur les causes de la crise de 1929 a fait des dégâts considérables, ils ont osé dire que la crise, c’était parce que la Reserve Fédérale n’avait pas créé assez de monnaie, avait laissé le poids des dettes devenir déflationniste!

Au lieu d ‘incriminer les erreurs laxistes du passé, les révisionnistes du style Bernanke et Summers ont proclamé que c’était parce qu’ on n’en avait pas fait assez, -qu’il eut fallu ouvrir plus fort les robinets, produire encore plus de crédit et de dettes-, que la crise est survenue. .

Ces diagnostics criminels ne sont pas tombés dans les oreilles de sourds!

Les interventions, les plans de sauvetage récurrents des Banques Centrales et des gouvernements ont enhardi les spéculateurs, les banquiers, les dirigeants d’entreprises, les consommateurs et la communauté spéculative mondiale.

Des dynamiques similaires ont été déclenchées à nouveau par les mesures de soutien puis de relance liées à la pandémie du Covid, on a balancé des trillions et des trillions!

Une dose supplémentaire de dopage a été administrée lors de la crise bancaire régionale de mars 2023, avec 700 milliards de dollars d’injections de liquidités par la Fed et les Agences .

Un système solide a t-il besoin de sauvetages à répétition? Non ce qui a besoin de bouées sauvetages à répétition c’est un système qui se noie.

Si on avait besoin d’un révélateur de la fragilité du système américain , il suffirait de se tourner vers la situation actuelle marquée par le dilemme existentiel de la Fed. Elle devrait maintenir des taux élevés mais elle ne le peut pas , car elle opère sous double contrainte d’une part de refinancement du Trésor et d’autre part de maintien de la stabilité financière.

Si la Fed poursuivait son action contre l’inflation elle ferait s ‘effondrer tout l’échafaudage, toutes les béquilles monétaires, financières et budgétaires.

Le système américain est il stable? Non bien sur, il vit sous perfusion, il est sous anesthésie face au risque parce que le risque remonte au niveau de l’ensemble du pays, au niveau des contribuables, de la banque centrale , du gouvernement et bien sur au niveau des vassaux étrangers.

Voici le problème.

Les taux d’inflation commencent à remonter, notamment aux États-Unis. L’inflation sous-jacente aux États-Unis (qui exclut en fait les prix des produits alimentaires et de l’énergie) augmente désormais de plus de 4 % par an sur une moyenne mobile de 3 mois.

La Fed est face à un dilemme.

D’après les données de la Réserve fédérale, nous savons que la dette non financière – ou NFD – a augmenté à un taux annualisé de 3,5 trillions de dollars au cours du quatrième trimestre. Cela place la croissance de la NFD en 2023 à 3,63 trillions. Pour mettre en perspective cette énorme expansion du crédit, la croissance de la NFD en 2023 était de près de 50 % supérieure aux 2,47 trillions d’avant la pandémie en 2019 – l’expansion de 2019 étant la plus forte depuis le record de 2007, alors de 2,53 trillions..

L’année dernière, les emprunts fédéraux ont augmenté de 2,62 trillions de dollars. Le « crédit privé » qui consiste essentiellement en des prêts à risque aux entreprises poursuit son essor phénoménal. Les prêts à risque sont incontournable dans le crédit à la consommation, sous l’impulsion du gadget « acheter maintenant, payer plus tard », de l’envolée des soldes de cartes de crédit et d’une myriade de plateformes de prêt non orthodoxes.

On baigne partout dans l’authentique subprime.

2 réflexions sur “Editorial. Le Système américain est il résilient?

  1. Bonjour M. Bertez

    Qu’en est il du facteur peur dans la prééminence du taux de profit supérieur, apparemment, offert au reste du monde par les US ?

    L’instabilité politique, un certain degré de chaos, la peur de la guerre alimentent le réflexe de trouver un havre pour les capitaux.

    Et la puissance militaire comme le relatif isolement géographique – les USA sont bordés par les deux grands océans, ce qui rend une invasion plus problématique qu’ailleurs -viennent conforter le sentiment de meilleur refuge en cas de troubles.

    Les bases US réparties dans le monde sont aussi là pour ancrer le sentiment de puissance et donc de protection.

    Quand les US parlent de leurs intérêts stratégiques pour installer des bases, même petites et peu utiles militairement , c’est aussi pour installer dans les esprits cette notion de refuge , de protection pour les puissances financières locales.

    La peur d’une invasion russe en europe est militairement inepte mais financièrement utile pour drainer les capitaux des possédants ….

    Cordialement

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  2. Bonsoir Monsieur Bertez,

    Nous entendons beaucoup parler de « l’exceptionnalisme américain » :-))

    Voilà un grand moment de ce fameux « exceptionnalisme » américain, exposé dans l’embarras, par Jared Bernstein, rien de moins que conseiller économique de Joe Biden !

    Hallucinant et/ou pathétique, voir les deux…

    Enjoy 😉

    https://www.youtube.com/watch?v=1tMaaq1Ywuc

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