Editorial. «La France est devenue ingouvernable, bientôt une crise incontrôlable ?» Non, mais il faudra faire progresser encore plus la socialisation mortifère; les Français boiront la coupe jusqu’à la célèbre lie.

Sur beaucoup de points je ne partage pas l’analyse de Touati . C’est normal puisque je ne parle pas de la même chose et que je n’utilise pas les mêmes outils intellectuels. En fait je ne parle pas la même langue si on peut dire!

Mais je pense que vous pouvez quand même tirer quelque chose de la lecture de ce texte; il est tout à fait conforme à la pensée dominante; je dirai la pensée gestionnaire. Celle qui est à l’intérieur du cadre, avec les concepts du cadre et les articulations causales du cadre et normalement cela suffit pour gérer ou plutôt pour administrer.

Le système français ne peut plus se reproduire et encore moins progresser , il est victime de ses antagonismes internes tels que ses couts excessifs, l’insuffisance des profits et des investissements , et il est soumis à ses antagonismes externes tels que concurrence mondiale, liberté de circulation des capitaux, fixation de la valeur de tout , travail, biens , services, monnaie par l’étranger.

Nous ne contrôlons plus aucune variable clef.

Ce système, donc miné et de plus en plus non gérable, ne peut se prolonger que par le pillage du capital passé, par la dette c’est à dire par les promesses non tenues et non tenables.

Le graphique fourni par Touati ci dessous et qui retrace les pourcentages de prélèvements obligatoires est un graphique clef. mais je préfère son symétrique le graphique qui retrace le pourcentage de dépenses publiques dans le PIB Français, car il est encore plus expressif .

La France a une dépense publique qui représente plus de 57% de son PIB ce qui signifie que les choix de dépenses privées , les marges d’ajustement ne portent que sur moins de la moitié du PIB,.

Si les marges de manœuvre ne portent que sur une fraction aussi faible des choix de dépenses ; cela signifie que le poids social des efforts pour changer est colossal , un ajustement qui ne porte que sur la moitié d’une variable doit être le double celui qui porterait sur la variable entière.

Le système Français est dans un étau; entre le marteau et l’enclume; marteau socialisant à l’intérieur et enclume capitaliste à l’extérieur.

Il est semi socialiste et en tout cas largement socialisé mais inséré dans une système mondial capitaliste et même hyper capitaliste dans certains secteurs, il est dans un carcan non seulement extérieur mais aussi un carcan qui impose ses normes intérieures! Un carcan qui traverse tout le système français …. alors que ce système est largement rigidifié! Il y a transmission des impulsions extérieures dans un système déjà très rigide et dont les possibilités d’ajustement sont minorées par le poids de tout ce qui est étatique, public, symboliquement protégé, et administré de façon connivente. Car la connivence est, elle aussi une rigidité.

Cela signifie que le système Français est inadapté pour faire face aux choix passés de ses dirigeants, choix d’insertion dans le global. Choix du Grand Large comme disait Giscard!

C’est la « partie socialiste » ou précapitaliste qui empêche l’adaptation à plus ou moins juste titre car l’adaptation est cruelle pour les petites gens et les petits rentiers comme les fonctionnaires par exemple.

C’est la partie capitaliste qui veut l’adaptation car elle bénéficie aux riches, aux privilégiés, aux planqués de l’arrière comme disait Stoleru,

Dans la guerre de l’adaptation il y a ceux qui vont au casse-pipe, les troupes qui sont paupérisées ou éliminées et il y a les planqués de l’arrière, les élites, les stratèges qui au contraire prospèrent et engrangent.

Mais cette classe de riches se réduit de plus en plus en nombre. elle perd ses alliés , ses boucliers sociaux, il lui faut donc pour garder le pouvoir devenir de plus en plus cynique et sans pitié.

Ce sont les riches qui tiennent le pouvoir mais de moins en moins légitimement . De moins en moins démocratiquement.

Depuis longtemps les riches, la bourgeoisie ont capturé le pouvoir en France avec l’aide des classes moyennes mystifiées ou boboisées , avec l’aide de la finance, avec l’appui des institutions européennes, et surtout grâce à la dette . La dette permet d’acheter les votes, la paix sociale, elle sert de voile.

Est ce que cela peut encore durer alors que le pouvoir politique des riches vient d’être considérablement réduit ? Ma réponse est oui . En tant que classe elle a encore plus d’un tour dans son sac et elle est loin d’avoir perdu ses atouts en particulier culturels et institutionnels et puis elle a un atout majeur; elle a la complicité des Allemands: ils veulent que l’UE dure encore et pour cela ils accepteront de payer tout en poussant les cris d’orfraie chers à Flaubert.

Mais il faudra faire des sacrifices, sacrifier de nouveaux alliés, réduire le camp des profiteurs, des ayant-droits, il faudra se couper un bras. Mais Il faudra s’enfoncer encore plus dans l’autoritarisme, le mensonge, la censure, rogner encore les libertés et les niveaux de vie.

Bref renier les soi disant valeurs que l’on prétend incarner!

Il faudra faire progresser plus la socialisation mortifère.

Les Français boiront la coupe jusqu’à la célèbre lie.

Par Marc Touati

Economiste et président du cabinet ACDEFI.

Publié le 13/07/2024

Nous y voilà : comme nous le craignions au lendemain de la dissolution de l’Assemblée Nationale par Emmanuel Macron, la France est bien devenue ingouvernable. Le seul moyen de trouver une majorité absolue serait effectivement de réaliser une union «extra-large» depuis le PS et les écologistes qui demandent notamment le blocage des prix, la retraite à 60 ans ou encore la fin du nucléaire, le parti Ensemble et ses alliés, qui le sont a priori de moins en moins, et la Droite Républicaine (ex-Les Républicains hors dissidents) qui demandent exactement l’inverse des premiers. Autrement dit, même s’il est toujours plaisant de croire aux miracles, il faut tout de même rester réaliste.

D’ailleurs, face à cette crise politique sans précédent qui menace les grands équilibres économiques, financiers et sociaux de notre «douce France», les agences de notations ont déjà prévenu qu’elles n’hésiteraient pas à fortement dégrader la note souveraine de la France en cas de non-respect des engagements de cette dernière en termes de réduction des déficits publics et de réforme des retraites. Si, pour le moment, les marchés financiers veulent encore croire qu’une solution raisonnable sera trouvée par miracle, il ne faut pas se voiler la face : la probabilité que le prochain gouvernement français engage une baisse notable et crédible du déficit public reste proche de zéro. Que dire alors si le Président Macron nomme un Premier ministre et un gouvernement issus des rangs du Nouveau Front Populaire…

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Alourdir le poids des impôts en France n’arrangerait rien, bien au contraire

Et que l’on arrête de laisser croire que le programme économique proposé par ce dernier sera financé par l’augmentation des impôts. Il n’en sera évidemment rien ! Comme je le dis souvent : l’économie n’est pas une science exacte mais une science humaine, sur laquelle les hommes et les femmes ont donc un véritable pouvoir et pour laquelle il n’y a pas de fatalité. Pour autant, il y a tout de même quelques règles économiques fondamentales qui ne changent pas et permettent justement de garder un certain cap. Parmi elles, citons par exemple le couple rendement-risque : plus le rendement augmente, plus le risque augmente, ou encore lorsque la demande est supérieure à l’offre, les prix grimpent.

Il y en a également une autre que l’on apprend en première année d’économie et qui concerne la fiscalité. Elle est à la fois simple et imparable : à partir d’un certain niveau, augmenter les impôts revient à casser l’activité économique et par là même à réduire l’assiette fiscale. Autrement dit, on prélève plus, mais sur un gâteau plus petit, ce qui revient à encaisser moins de recettes fiscales qu’avant l’augmentation des impôts. C’est ce qu’on appelle la courbe de Laffer, synthétisé par le fameux «Trop d’impôts tue l’impôt».

Malheureusement, en dépit de ces évidences, de trop nombreux économistes et dirigeants politiques français n’ont cessé de prôner et de mettre en place une augmentation massive des impôts en France. A tel point que cette dernière est devenue numéro un mondial en matière de poids des prélèvements obligatoires rapportés au PIB. De 30 % dans les années 1960, ce ratio est passé à 42 % sous le premier mandat de François Mitterrand, puis à 46 % sous son second mandat et à 48 % sous l’ère Macron. A titre de comparaison, le numéro deux, la Belgique, est à 45,6 %. Dans le même temps, la croissance structurelle de l’économie française (hors inflation) est passée de 5 % à 2,5 % puis 1,5 % et enfin 0,9 % depuis une dizaine d’années. Parallèlement, en dépit de cette explosion fiscale, jumelée à une flambée des dépenses et de la dette publiques, la pauvreté et les inégalités ont continué d’augmenter.

Pourtant, en dépit de ces erreurs stratégiques récurrentes, certains économistes et politiciens français, certes dogmatiques et déconnectés de la réalité économique, continuent de prôner la même mesure : augmenter les impôts pour, soi-disant, relancer la croissance et lutter contre les inégalités.

Quel manque de discernement !

Comme le disaient les philosophes Ménandre et Sénèque : «Errare humanum est, perseverare diabolicum» : L’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique. Plus proche de nous, Albert Einstein enfonçait le clou, en soulignant que «La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent». Et c’est bien de folie dont il s’agit. Car, ne nous leurrons pas : l’augmentation d’une pression fiscale qui est déjà la plus élevée du monde va mécaniquement casser la croissance.

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La crise traversée par la Grèce devrait faire réfléchir la France

N’oublions pas que la crise grecque de 2010-2015 a exactement commencé ainsi, c’est-à-dire lorsque le Premier Ministre Papandreou a déclaré que les caisses de l’Etat n’étaient pas vides et qu’il fallait donc encore augmenter les dépenses publiques et creuser les déficits. En quelques semaines, les taux d’intérêt des obligations de l’Etat grec ont alors explosé, dépassant au plus haut les 35 % début 2012 pour le taux à dix et les 200 % pour le taux à deux ans. Entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2013, le PIB grec réel (donc hors inflation) a alors chuté de 30,4 %. Puis, après de nombreuses tergiversations, les pays de la Zone Euro ont finalement décidé de « sauver » l’Etat grec, annulant une grande partie de sa dette et lui accordant de nouveaux crédits sur une durée allant jusqu’à 60 ans.

ACDEFI

La Grèce a alors pu reprendre ses esprits pendant quelques trimestres. Cependant, lorsqu’Alexis Tsipras, une sorte de Mélenchon grec mais bien plus jeune et moins hargneux, a pris le pouvoir début 2015, le taux d’intérêt à dix ans des obligations de l’Etat grec est remonté à 20%. Il aura ensuite fallu attendre que Tsipras redescende sur terre et demande le soutien de la BCE pour que la crise s’apaise. Mais, malheureusement, encore aujourd’hui, le PIB grec réel est encore inférieur de 22 % à son niveau de 2008.

Gare à la France si elle s’engage dans une nouvelle phase d’explosion de la dette

De quoi rappeler que si la France s’engage par malheur dans une nouvelle phase d’augmentation des dépenses publiques, des déficits et de la dette de l’Etat, la sanction sera catastrophique pour la France et pour tous ses acteurs économiques : administrations publiques, entreprises et particuliers. Et, parmi ces derniers, ce seront une fois encore les plus fragiles qui paieront le plus lourd tribut, au travers notamment de l’augmentation du chômage, des taux d’intérêt et des impôts. Est-ce vraiment cela que nous voulons pour l’avenir de notre beau pays ? Certainement pas ! Le seul problème est qu’au moment où j’écris ces lignes, l’horizon français demeure complètement bouché. Quelle tristesse et quel gâchis !

Marc Touati, économiste, président du cabinet ACDEFI, auteur de 8 best sellers économiques, dont RESET II – Bienvenue dans le monde d’après, sorti en septembre 2022.

© CAPITAL

2 réflexions sur “Editorial. «La France est devenue ingouvernable, bientôt une crise incontrôlable ?» Non, mais il faudra faire progresser encore plus la socialisation mortifère; les Français boiront la coupe jusqu’à la célèbre lie.

  1. Prendre l’exemple de la Grèce est une bonne et une mauvaise idée : bonne, car en effet car c’est ce qui nous attend. Mauvaise car il s’agit d’une agression délibérée des marchés internationaux pour la faire tomber et manger les morceaux. Peut-être que le morceau France sera plus dur à avaler et se révéler coriace ? Si les taux se sont envolés à l’arrivée de Tsipras, c’est plus une sanction qu’une erreur de gouvernement. La Grèce avait un excédent primaire de 10% qui lui aurait permis de se désendetter en 15 ans … mais voila, il suffisait que les taux (fixés par les agences de qui vous savez) soient exorbitants pour que la dette explose. Pour comparaison, à l’époque , France, Allemagne, G Bretagne avaient un déficit primaire de 10% qui logiquement promettait une dette à croissance infinie … ce qui advint. Le seul objectif des systèmes économiques anglo saxons est là : faire tomber des pays et les dépouiller, avec diverses méthodes : 1 colonisation (Afrique). 2 guerre d’anéantissement (Vietnam, Lybie, Irak, Syrie, Serbie). 3 Ruine (Liban, Russie d’Eltsine, Argentine, Venezuela, Allemagne de l’Est, Grèce). 4 Bienveillance démocratique (Amérique centrale, Ukraine, Syrie, Iran). 5 Règles de commerce international (Europe) 6 Aide au développement agricole (Inde, Afrique, Amérique du sud) 7 Sanctions (Cuba, Russie, Chine, Iran). 8 Et pour permettre toutes ces nobles actions, une mainmise totale sur l’information. Et j’en oublie. Toute la politique internationale peut s’éclairer sous cet angle.

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  2. «Errare humanum est, perseverare diabolicum» : L’erreur est humaine, mais persévérer est diabolique. Plus proche de nous, Albert Einstein enfonçait le clou, en soulignant que «La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent»

    Je prends Touati au mot: toutes les exonérations d’impôts, et autres aides aux entreprises n’ont servis à rien

    On supprime tout ça et on redistribue différement

    Chiche

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