Chute Boursière.
Plusieurs entreprises valant plus de 100 milliards de dollars et plus de 1 000 milliards de dollars ont perdu plus de 30 % de leur valeur en quelques jours.
Intel, $INTC , vient d’effacer un tiers de sa capitalisation boursière totale en un jour.
Nvidia, $NVDA , perd 500 milliards de dollars de capitalisation boursière toutes les 24 heures comme une action mème.
The Magnificent 7 a vu sa capitalisation boursière fluctuer de plus de 3 000 milliards de dollars au cours des trois dernières semaines.
Et maintenant, le marché s’appuie sur les actions à petite capitalisation pour se maintenir, alors que beaucoup ont des bilans médiocres et que 40% d’entre elles ne gagnent pas d’argent.
La Lettre de Kobeissi
Lorsque les plus grandes entreprises du monde peuvent perdre un tiers de leur valeur en un jour ou une semaine, il faut se demander : est-ce vraiment un marché sain ?
« Lorsque les plus grandes entreprises du monde peuvent perdre un tiers de leur valeur en un jour ou une semaine, il faut se demander : est-ce vraiment un marché sain ? » se demande l’auteur de La Lettre de Kobeissi .
Je pense que la question est mal posée; la question n’est plus de savoir si nous nous trouvons en présence d’un marché sain, mais plutôt de s’interroger sur la question de savoir si nous sommes encore dans une situation de marché!
Je laisse de coté la tarte à la crème que j’ai souvent tartiné sur la dérive spéculative des Bourses lesquelles ont cessé d’etre des institutions au service de l’investissement et ne sont plus maintenant que des casinos.
L’aspect jeu et passion du jeu y a pris définitivement le dessus sur l’investissement et l’utilité économique, celle ci n’est plus qu’un sous produit rationalisé de l’activité spéculative . Non je vais au delà de cet aspect pervers de jeu et je creuse radicalement , je vais à la racine de ce que sont devenus « les marchés » dans le monde moderne.
Je le fais parce que ceci détermine et explique ma position face au risque boursier et aux attitudes qu’il convient d’avoir en terme de gestion.
Ma position est la suivante: les marchés resteront haussiers tant que nous resterons dans le régime dit de l’inflationnisme; ce qui signifie qu’ils resteront haussiers tant que le système et ses élites croiront que tous les problèmes peuvent être sinon résolus mais traités par le crédit et l’inflation monétaire.
Autrement dit tant que l’on pourra taper dans la boite le long du caniveau en émettent des promesses.
Certes il y aura des hauts et des bas , même très couteux, mais fondamentalement la doctrine moderne de l’inflationnisme garantit la hausse des indices boursiers et la croissance infinie de la masse des capitalisations des actifs financiers..
La question des valorisations n’a aucune importance, on n’a jamais vu un marché baisser parce qu’il est devenu trop cher, un marché baisse quand les causes qui l’ont fait monter disparaissent et ici la cause qui le fait monter c’est cette croyance en l’efficacité de la doctrine inflationniste.
Et cette doctrine inflationniste n’est pas prête à disparaitre, elle est ancrée dans nos sociétés, elle fait partie de notre culture, elle s’inscrit dans un cycle long à l’intérieur duquel les valeurs et celles par exemple de la monnaie , sont transmutées.
Dans notre culture post moderne les signes ont pris le dessus sur la réalité.
La preuve en est qu’en ce moment même alors qu’il n’y a ni chômage ni récession on parle déjà, c’est acquis, de baisser les taux et d’assouplir les conditions financières dans le monde et singulièrement dès le mois de septembre aux Etats Unis! ; on ne tourne pas le dos à l’inflationnisme on s’y enfonce, on l’ancre encore plus, on le ratifie, on le crédibilise comme une évidence non contestable. L’inflationnisme est l’invariant de notre système post moderne.
Un marché c’est quelque chose de bien défini, c’est un espace de confrontation d’offres et de demandes d’agents économiques nombreux, indépendants les uns des autres, décentralisés. C’est une résultante , c’est un espace de liberté, ce n’est pas un espace de domination ou de transmission d’une volonté centrale. Sur un marché, la Main Invisible n’est pas celle de la Fed ou du Trésor, non elle est abstraite ; c’est une image qui désigne la rationalité qui se dégage inconsciemment du jeu des forces en présence.
Nous sommes dans des marchés dirigés, instrumentalisés, c’est à dire que nous ne sommes absolument plus dans ce que recouvre le concept de marché.
Une économie de marché est un système économique fondé sur des échanges effectués directement par les individus de manière décentralisée dans un contexte où l’État intervient peu ou pas du tout.
L’espace financier a cessé d’être un élément de l’économie de marché, les décisions y sont prises sous la direction et le pilotage, et les guidances des autorités monétaires telles que la Banque Centrale. Et la variable fondamentale de la sphère financière qui est le taux de l’argent, le taux d’intérêt, la pénalité imposée au futur, cette variable est administrée. Et c’est vrai aussi bien pour les taux courts que les taux longs. Tout comme sont administrées les autres variables que sont les masses monétaires et le crédit et le soi disant prix du risque.
Il y a fort longtemps que le marché financier a cessé d’être un reflet , d’être déterminé, produit, par la libre confrontation des offres d’épargne et d’investissement. Les liens ont été coupés.
Le marché financier a changé de nature, il est un outil de régulation administré par des maîtres, des gnomes qui se croient tout puissants; des gnomes qui se croient tout puissants mais qui ne sont pas omniscients, j’y reviendrais!
Donc il n’y a plus de marchés financiers qui seraient des moteurs actifs authentiques, il n’y a plus que des dispositifs alchimiques passifs, dévorés par la passion du Pognon, il n’y a plus que des courroies de transmission colossales qui ont, en pratique, remplacé le système bancaire des temps anciens à la faveur de la titrisation ; de la désintermédiation du crédit. Et les activités financières qui étaient dans le passé exercées par les banques comme la collecte, la transformation, l’allocation, la mutualisation etc ont été délocalisées. Les banques ont été transformées en opérateurs financiers plus ou moins parasites , en intervenants qui démultiplient l’action de la Banque Centrale par le biais de leurs opérations de marché complexes mais en dernière analyse, opérations de type spéculatif…. à la faveur d’un statut d’initiés structurels.
Dans cet espace , peu à peu la Tendance devient reine , elle remplace le jugement. La magie du Momentum est toute puissante. C’est le règne du panurgisme et des manipulations algorithmiques ou technologiques . On crée, on fabrique de fausses corrélations, de fausses logiques , de fausses rationalités. Tous les yeux sont fixés non sur le monde réel mais sur le monde des ombres, le monde de la finance: le principal objet d’étude c’est .. le marché, les opinions, les martingales à la mode et bien sur la Banque Centrale.
Les opérateurs n’ont d’yeux que pour les signaux de fumée envoyés par les Grands Prêtres de la religion monétaire. Les Grands Prêtres gèrent les Mystères monétaires et financiers comme ils géraient les mystères d’Eleusis. Et le Clergé puis les Fidèles suivent.
Greenspan pensait que les grands prêtres étaient au dessus de la foule des fidèles, normal, puisqu’on l’appelait le Maestro; il pensait qu’ils pouvaient tout contrôler et c’est ce qu’il a expliqué dans un ouvrage publié en 2013, « La carte et le territoire » après sa prise de retraite.
Greenspan y expose son expérience et en particulier il suggère fortement que si il y a eu une Grande Crise Financière, une GFC, c’est parce que les oracles comme lui ont un problème avec les Animal Spirits; la foule a des réactions, des humeurs que l’on appelle « animal spirits » et ces réactions sont difficiles à prévoir, elles sont mal connues et à ce titre elles gênent les gnomes dans leurs œuvres.
Bernanke a mis l’accent sur cette connaissance des animal spirits, les comportements des foules, les effets de la Com, des nouvelles etc et il a réduit dans une certaine mesure la volatilité, ce que les banques centrales considèrent come étant le risque.
Powell a pris la succession , il a continué dans la même voie, il a collé en quelle sorte à tout cela et piloté de façon étroite les marchés leur laissant peu de bride sur le coup, n’autorisant que très peu de corrections de peur qu’elles ne s’emballent. L’emballement, la boule de neige des liquidations en chaine, voila l’obsession qui hante les gnomes la nuit.
je pense que ,et je l’ai souvent écrit, que les gnomes sont habiles, ils maitrisent admirablement les mécanismes complexes des marchés et ils contrôlent les comportement des participants aux marchés, ils ont des informations quasi exhaustives ce qui leur permet d’anticiper et d’escamoter les accidents. En un sens je ne suis pas loin de penser que le souhait de Greenspan d’approfondir la connaissance des animal spirits a été réalisé. L’essor des modèles, y compris comportementaux a été considérable.
Est ce à dire qu’il n’y a plus aucune faille dans le système ainsi perfectionné?
Non il y en a deux et elles sont à deux niveaux différents.
La première est endogène, à l’intérieur du système financier et de son imaginaire; l’observateur, celui qui se croit maitre du système en fait partie, il est fait partie du problème futur. Certes on connait mieux les animal spirits et la foule mais ce qui reste opaque c’est ce qui se passe dans la tête des oracles, des grands prêtres. La nouvelle ignorance fondamentale se situe là, dans le savoir, la connaissance, le désir des grands prêtres , ce ne sont pas des Dieux , des purs esprits ils sont faillibles, leur tache est Prométhéenne et on a vu ce qui est arrivé a prométhée .
La seconde est exogène, à l’extérieur du système que constitue l’imaginaire financier; c’est le Réel et la Réconciliation. Le Réel constitue la limite ultime incontournable , c’est le mur sur lequel un jour la bulle financière viendra se fracasser.
La cuiller pour manger avec le diable doit être longue , et nous avons une très très grande cuiller c’est vrai, mais elle n’est pas infinie. Elle reste de taille humaine.
enfin pour pouvoir kick the box, la limite c’est que la dette émise par le souverain soit acceptable sans renacler. d’ou a mon avis, le mentra la russie ne peut pas gagner car sinon nos émissions de dettes seraient moins sexy
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Bonjour,
J ai une question à vous poser Mr Bertez.
Si les milliards de valorisation (ou même une partie) qui se sont évaporés appartenaient à la Fed alors cela est une sorte de resserrement monétaire ?
Comme vous le dites : les marchés boursiers sont une sorte de monnaie, les faire chuter si une partie de ces valorisation sont au bilan de la Fed alors de la monnaie est supprimée/retirée au système économique ?
Merci à vous.
Cordialement,
Jules
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Non car la Fed présente des faux bilans elle ne comptabilise pas ses pertes par un artifice imaginé par Bernanke
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