Editorial. Le ratio dit de Warren Buffett. Si il l’avait appliqué il y a longtemps qu’il n’aurait plus que des valeurs alternatives.

Warren Buffet n’investit plus, il fait la grève du capital et accumule les fonds d’état, les Treasuries.

Comme c’est un capitaliste hors pair qui a gagné la lutte des classes il est intéressant de reflêchir un peu à cette occasion.

Est ce que Buffet d’une certaine façon a considéré que le capital ne va plus pouvoir pousser plus loin sa victoire sur le travail?

Est ce que la part du capital dans la richesse et les revenus ne peut plus progresser ? A-t- elle a touché ses limites historiques: on ne peut monter encore plus haut le taux d’exploitation du facteur travail? Est-ce que la part des rentiers va re-augmenter?

Vous voyez cette réflexion peut mener loin!

En accumulant des Treasuries Buffet implicitement pense que le pouvoir du capital propre va s’éroder, il considère que l’on défendra mieux son capital en étant protégé par le pouvoir d’état c’est à dire par le socialisme qui le sous tend.

Les très grands du capital ont des visions d’ensemble systémiques ils voient de très haut croyez-moi j’en ai beaucoup rencontré et ils survolent, ne prêtent guère attention aux petits calculs des analystes financiers ou des gérants de fortune, ils ont de grandes intuitions, de grandes idées et voient loin, de façon historique et synthétique.

Warren Buffett considère que le marché boursier est trop cher et trop risqué et qu’il n’y a pas beaucoup d’opportunités d’emploi de son capital-argent, de son cash.

Il a entre 250 et 300 milliards de cash si je ne me trompe pas! Et ses avoirs sont concentrés sur quelques titres dont beaucoup sont pétroliers . Il a vendu récemment beaucoup d ‘Apple au beau milieu de la folie spéculative des 7 Magnifiques! .

Warren Buffett est célèbre pour son critère simple et synthétique, il apprécie la chèreté globale, c’est à dire l’attractivité du marché à parti du ratio de la masse des actifs financiers divisée par la masse du GDP.

La masse des actifs financier constitue une créance, une promesse sur les flux financiers à venir que va produire le système économique.

La déconnexion croissante entre la valeur des actifs financiers américains et le PIB soulève des inquiétudes quant à l’élargissement de l’écart de richesse, quant aux risques systémiques potentiels, quant à l’instabilité économique et aux défis politiques.

C’est un constat peu contestable, le marché boursier est de plus en plus cher en terme de ratio par rapport au PIB. Regardez le travail ci dessous, le graphique fourni une bonne visualisation du renchérissement.

Ce ratio est plus ou celui qui est utilisé par Warren Buffett et sous une forme améliorée par d’autres fondamentalistes de renom comme Hussman ou Grantham.

Ceci cependant est plus complexe qu’il n’y parait.

Je ne fais qu’aborder cette question car elle mériterait un ouvrage de 300 pages.

Les actifs financiers étant une créance sur le GDP futur, plus le ratio monte plus cette créance semble chère. Si vous payez trop cher les revenus futurs alors vous réduisez votre rentabilité, en quelque sorte vous « mangez » les profits futurs, ils sont « déja inclus dans votre prix d’achat ». Vous mangez votre pain blanc alors que vous l’espérez! .

Le ratio exprime le fait que pour un dollar de GDP futur on accepte de payer de plus en plus cher. On réduit sa récompense à venir.

Mais ce ratio est un peu simpliste car le capitalisme ce n’est pas le socialisme.

Ce qui est capitaliste c’est le rapport social qui donne droit au profit , ce qui est socialiste c’est le produit total , la production totale de l’activité économique. Le GDP est un concept socialiste, tandis que le profit qui n’en est qu’une fraction est un concept capitaliste.

Par exemple on peut imaginer que la part du GDP qui revient au capital croît sans cesse parce que les salariés sont de plus en plus exploités, parce que l’activité économique fait disparaitre les formes précapitalistes ou nationalisées ( les privatisations) et que donc tout progressivement devient capitaliste. En quelque sorte le capital augmente ses droits dans la production du pays. Dans un dollar de GDP il y a de plus en plus de cents qui sont du ressort du capitalisme et qui reviennent au capital.

Et si dans ce GDP la part qui revient au capital grossit sans cesse alors il est justifié de payer le dollar de GDP de plus en plus cher : il rapporte de plus en plus au capital n’est ce pas?

C’est ce qui s’est passé ces dernières décennies, la part du capital propre n’a cessé d’augmenter, il s’est attribué une part croissante dans les valeurs ajoutées au détriment des salariés et des rentiers.

Mais attention ce n’est pas si simple car en bonne logique il faut tenir du phénomène fondamental qui est à la base du capitalisme: l’accumulation, la modernisation, la substitution du capital au travail, la hausse de la composition organique du capital, le remplacement du travail par l’équipement. Et il faut aussi tenir compte du fait que pour un capital productif donné, dans le système de la financiarisation il y a une masse considérable de capital fictif au dessus qui vient le parasiter: pour un dollar de capital productif vous avez une dizaine de dollars de capital fictif!

Il faut de plus en plus de capital pour produire un dollar de GDP! C’est la Loi du capital il en faut toujours plus, sa profitabilité s’érode car la masse de capital ayant droit au profit galope, elle s’accumule surtout à l’ère de la financiarisation.

J’insiste car nous sommes au cœur du paradoxe de la période historique présente , jamais la part du capital dans son ensemble n’a été aussi grande, aussi haute dans les valeurs ajoutées et pourtant en même temps la profitabilité de ce capital n’a cessé de s’éroder!

Quand on vous dit que jamais la Bourse n’a été aussi chère, que jamais les multiples cours-bénéfices n’ont été aussi élevés, on ne vous dit rien d’autre que ceci, jamais le ratio des bénéfices divisé par le cours des actions n’ a été aussi bas!

Les bourses n’ont jamais aussi peu rapporté (hors Ponzi) , les multiples cours-bénéfices n’ont jamais été aussi astronomiques.

Le paradoxe de cette situation n’est qu’apparent car il faut introduire le fait , la réalité cachée qui est que la masse de capital n’a jamais été aussi énorme.

Le nombre de parts dans lequel il faut partager le profit n’a jamais été aussi élevé.

On a attribué au capital une part de plus en plus grande de la valeur ajoutée, mais il a fallu diviser cette masse en de plus en plus de parts. C ‘est la course de vitesse entre la masse des profits et la masse de capital y ayant droit!

C’est une question de vitesse entre le taux de croissance de la masse de profits et le taux de croissance de la masse de capital qui doit se la partager; si la masse de capital progresse plus vite que la masse des profits alors la profitabilité du capital s’érode!

Si un gâteau croit sans cesse moins vite que le nombre de convives, les parts sont sans cesse réduites. Le pouvoir d’achat de chaque unité de capital baisse c’est ce qui se produit depuis des décennies de hausse boursière.

Autre point si le dollar de GDP actuel est cher alors c’est peut être parce que le taux de croissance futur du GDP va accélérer et dans ce cas le payer plus cher est justifié.

L’utilisation de ce ratio entre la masse des actifs financiers et le GDP est donc plus complexe qu’il n’y parait au premier abord;

Trouver que le marché est cher par rapport aux ratios historique c’est faire un pari implicite , ou des hypothèses implicites qui sont entre autres

le capital réellement nécessaire pour produire un dollar de GDP ne varie pas

la part des bénéfices dans le GDP est stable, elle ne va pas augmenter

Le taux de croissance du GDP ne va pas accélérer.

Par ailleurs il faudrait décomposer ce que l’on appelle la masse des actifs financiers en ses composantes , certes tous sont des créances sur le GDP et les flux à venir mais tous n’ont pas le même statut.

Si a l’intérieur de la masse des actifs financiers la part de la dette socialisée qui ne coute quasi rien progresse alors celle des capitaux à risque celle des actions par définition privatisée augmente, ce qui signifie que la composition du levier à l’intérieur de cette masse de capitaux mise en œuvre vient aussi jouer un role.

Le grand capital pour lutter contre la baisse tendancielle de la profitabilité s’endette de plus en plus et il le fera tant que le coût des dettes sera inférieur à la profitabilité du capital propre.

Mais attention il y a une autre limite; le capital propre s’use quand on s’en sert c’est à dire que même si il rapporte plus que ne coute la dette, on ne peut s’endetter à l’infini pour des raisons de risque et de sécurité; le capital propre se salit avec la dette!

Le capital propre (actions) fait levier sur la capital-crédit (obligations) , et à l’intérieur du capital propre, les riches les gros capitalistes actifs et initiés détiennent le pouvoir, ils font levier sur le petit capital celui des moins riches et moins sophistiqués.

Si à l »interieur de la masse des actifs financiers la part de la dette socialisée qui ne coûte quasi rien progresse alors celle des capitaux à risque, celle des actions par définition privatisée, augmente, ce qui signifie que la composition du levier à l’intérieur de cette masse de capitaux mise en oeuvre vient aussi jouer un rôle.

Et ce rôle est important, déterminant même , à notre époque.

Tout ce développement , en fait ce survol simplifié, pour vous montrer que le fameux critère de Warren Buffett sous son apparente simplicité recouvre des sous-jacences très complexes. Il est rapide, intuitif mais c’est vraiment une approximation à prendre avec réserves; la preuve est que si Buffet l’avait vraiment utilisé alors il y a longtemps qu’il serait sorti des marchés financiers et n’aurait que des valeurs alternatives!

2 réflexions sur “Editorial. Le ratio dit de Warren Buffett. Si il l’avait appliqué il y a longtemps qu’il n’aurait plus que des valeurs alternatives.

  1. Juste une supposition:

    Et si les marchés boursiers étaient obligés de monter pour survivre?

    Je pense aux « margin calls ».

    Ceux qui sont investis en bourse le sont souvent en ayant pris des crédits gagés sur leur patrimoine (boursier et immobilier).

    Si la valeur de leurs actifs baissait,ils seraient obligés de mettre au pot pour se couvrir,ce qu’ils ne peuvent souvent faire…..

    Comment alimenter la hausse des marchés boursiers?

    A travers le shadow banking probablement ou avec les produits dérivés.

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  2. Pour résoudre les paradoxes et contradictions du capitalisme actuel, la solution systémique la plus probable assurant la survie Grand Capital et respectant la logique du capital sera un approfondissement du processus de financiarisation et de socialisation des risques, tout en préservant la rentabilité du capital. Cette stratégie est une fuite en avant, repoussant les problèmes sans les résoudre, ce qui exacerbera davantage encore les contradictions à long terme. Voici une synthèse de cette approche :

    1. Expansion de l’État comme Garant de Dernier Recours

    • Augmentation du Rôle de l’État : L’État interviendrait davantage pour stabiliser le système financier, socialisant les pertes (ex. : émissions de Treasuries), permettant au Grand Capital de sécuriser ses investissements tout en externalisant les risques.
    • Subvention des Marchés Financiers : Par le biais de politiques monétaires expansionnistes (taux bas, assouplissement quantitatif), l’État pourrait maintenir des valorisations élevées malgré l’érosion de la profitabilité réelle.

    2. Maintien et Renforcement du Levier Financier

    • Augmentation du Levier : Pour compenser la baisse de la profitabilité du capital, le levier financier pourrait être utilisé de manière accrue via un endettement à faible coût, soutenu par des politiques monétaires accommodantes.
    • Création de Nouveaux Instruments Financiers : Le Grand Capital pourrait innover en créant de nouveaux instruments financiers pour capter plus efficacement la valeur future du capital tout en dispersant les risques (ex. : produits dérivés complexes).

    3. Optimisation de la Répartition du Capital

    • Concentration sur les Secteurs à Haute Rentabilité : Le capital se concentrerait sur des secteurs à forte rentabilité (technologies de pointe, énergies renouvelables, biotechnologie) pour optimiser l’allocation du capital en minimisant les risques.
    • Privatisation Ciblée et Sélective : Pour maximiser la rentabilité, le Grand Capital pourrait pousser pour la privatisation des secteurs rentables encore sous contrôle public.

    4. Réforme Structurelle du Marché du Travail

    • Flexibilisation et Précarisation Accrue : Afin de réduire les coûts liés au travail, le capital pourrait encourager une flexibilisation accrue du marché du travail, augmentant la précarité et réduisant la part de la valeur ajoutée revenant aux travailleurs.
    • Technologisation et Automatisation : L’accélération de l’automatisation réduirait la dépendance au travail humain, augmentant ainsi les marges de profit malgré la hausse de la composition organique du capital.

    5. Globalisation Renforcée

    • Délocalisation Stratégique : Le capital pourrait continuer à déplacer la production vers des régions à faible coût de main-d’œuvre et réglementations favorables, maximisant ainsi la rentabilité.
    • Exploitation des Marchés Émergents : Les investissements dans les marchés émergents, où la croissance est plus rapide, pourraient offrir des rendements plus élevés malgré les risques.

    6. Transition vers une Économie Basée sur la Rente

    • Augmentation des Revenus de Rente : Pour compenser l’érosion des profits industriels ou commerciaux, le Grand Capital pourrait se réorienter vers des secteurs générant des revenus de rente (immobilier, brevets, infrastructures privatisées).

    7. Accumulation des Risques Systémiques

    • Dépendance Croissante à l’État : Cette stratégie pourrait surcharger les finances publiques, créant une dépendance dangereuse et réduisant la marge de manœuvre des gouvernements face à de nouvelles crises.
    • Endettement Excessif : L’augmentation du levier financier pourrait mener à une crise de la dette si la rentabilité du capital ne se redresse pas.

    8. Érosion de la Base Productive

    • Automatisation et Précarisation : L’accent sur l’automatisation et la précarisation pourrait réduire la demande globale en affaiblissant le pouvoir d’achat des consommateurs, nécessaire à la croissance du PIB.
    • Destruction de la Consommation : La compression des revenus du travail et la délocalisation pourraient stagner la demande dans les économies avancées, exacerbant la surproduction.

    9. Tensions Sociales et Politiques

    • Accroissement des Inégalités : La concentration de la richesse et la précarisation du travail pourraient accroître les inégalités, menant à une instabilité sociale et politique.
    • Réaction Contre les Privatisations : L’extension des privatisations pourrait susciter une opposition politique, surtout si ces services deviennent inaccessibles ou inefficaces, remettant en cause la légitimité du capitalisme.

    10. Fragilité Financière

    • Bulles Spéculatives : La concentration du capital dans certains secteurs et l’utilisation intensive du levier financier augmentent le risque de bulles spéculatives, dont l’éclatement pourrait provoquer une crise financière majeure.
    • Surévaluation Permanente des Actifs : Le maintien artificiel de valorisations élevées pourrait déconnecter encore plus la valeur des actifs financiers de l’économie réelle, rendant le système vulnérable à un effondrement.

    11. Limites Structurelles

    • Diminution des Opportunités de Rentabilité : À long terme, le capital pourrait atteindre un point où les opportunités de rentabilité réelle sont trop réduites pour maintenir la croissance, menant à une crise de légitimité du capitalisme.
    • Changements Écologiques et Technologiques : Les défis liés au changement climatique et aux transformations technologiques pourraient nécessiter une restructuration profonde du système économique.

    Conclusion

    Cette stratégie de survie, bien qu’elle puisse prolonger temporairement la dynamique d’accumulation, exacerbera les contradictions internes du système capitaliste. Une solution plus durable nécessitera une réévaluation profonde du système économique et l’adoption de transformations structurelles dépassant la simple préservation du capital.

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