Editorial. Pourquoi il ne faut pas taxer le capital mais l’euthanasier, le confisquer … ou le chouchouter

Depuis que je pratique l’économie, j’entends que la France est en crise; et cela a commencé au début des années 1970!

Les gouvernements qui se sont succédés sont allés de plans, en plans tous aussi inefficaces les uns que les autres, et ce malgré les colorations politiques différentes qui étaient censées les inspirer.

Que ces plans aient été vendus aux électeurs comme plans de lutte contre le chômage, contre le déclin, contre l’inflation, contre les déficits intérieurs ou extérieurs, contre l’endettement excessif, orientés vers la demande, orientés vers l’offre , rien n’y a fait: le pays a continué son irrésistible glissade.

Nous sommes passés des inspirations keynésiennes aux recettes pseudo libérales de l’économie de l’offre, du capitalisme monopolistique d’état au capitalisme rentier de banque centrale, rien n’y a fait: le système français ne s’est jamais redressé, il n’a jamais rattrapé son retard, il n’a jamais réduit ses deux déséquilibres, symptômes de son mal profond, celui des finances publiques et celui des échanges extérieurs, ses twin déficits.

Et bien sur les dettes ont continué de s’accumuler, elles constituent comme les subventions directes ou indirectes ou déguisées les béquilles du système français.

Nous sommes passés de la monnaie fondante , le Franc à une monnaie plus forte, l’Euro, cela n’a rien changé au contraire la perte de compétitivité et la désindustrialisation se sont ajoutés aux maux anciens.

Notons au passage que ces plans avaient tous comme idée sous jacente, l’idée que les Français vivaient au dessus de leurs moyens et que, d’une manière ou d’une autre ce qu’il fallait c’est obtenir une certaine austérité, avec le temps on a ajouté de façon plus ou moins plus affirmée une volonté de réorienter les ressources et la valeur ajoutée nationale vers l’investissement. C’était deja un progrès, un debut de commencement de progrès.

Les plans les plus cohérents étaient ceux qui avaient compris que le mal français venait d’une insuffisante spécialisation de l’appareil économique, d’une compétitivité déficiente , d’une insuffisante productivité, d’une insuffisance d’investissements productifs et d’un excès de charges pesant sur la production.

Helas personne n’a tenté de mettre un peu de cohérence dans tout cela et de chercher qu’elle pouvait bien être la racine du mal, la racine du mal, ou plutôt la racine des maux qui apparaissaient sous une forme diverse.

Personne n’a cherché le point commun, celui qui rend compte de tous les déséquilibres et de toutes les insuffisances évoquées ci dessus.

Je laisse de coté le point commun imbécile que partagent des détenteurs du capital, du patronat et des hauts fonctionnaires, ce point commun chez ces gens là, s’articulerait toujours autour de la stupidité du peuple français , fainéant, peu intelligent, peu formé, jouisseur, etc.

Dire que c’est de la faute des Français est le diagnostic favori de toutes les cliques qui se sont succédées, le Français est toujours le bouc émissaire! Et ici encore on voit bien que l’on s’oriente vers cette excuse , cette fois les maux viennent de ces retraités qui ont trop joui et se sont goinfrés.

Ceux là qui ont cru traiter le problème en s’attaquant à la question du financement des investissements et à la réorientation de l’épargne et du crédit ont déjà fait un pas vers la solution du problème structurel français; ils ont pensé qu’il y avait un lien entre l’orientation de l’épargne et du crédit , le financement des investissements, la productivité, la compétitivité, la croissance et les déficits intérieurs et extérieurs; c’était bien, mais hélas …. c’était catastrophique ; catastrophique car incomplet; à quoi sert d’investir si on ne réussit pas à atteindre le seuil fatidique du taux de profit demandé, réclamé par les marchés de capitaux mondiaux ?

Tous les plans français ont péché par le même mal, et à ce stade on peut dire le même vice; ils ont négligé de porter attention à la variable centrale d’un système mondial qui est non seulement capitaliste mais également ouvert c’est à dire soumis à la concurrence des capitaux entre eux pour s’octroyer le profit maximum.

En clair on n’est jamais parti de l’idée de base qui est simple; le système mondial est capitaliste, il est concurrentiel aussi bien au niveau des prix des biens , des services et du travail, mais aussi au niveau des capitaux , l’argent va et reste là ou il est le plus rentable, le plus en sécurité .

Et la mécanique auto-entretenue de la croissance passe non seulement par les investissements et leur financement mais aussi par leur rentabilisation, et en plus rentabilisation à un niveau suffisant fixé par le marché mondial des capitaux , lequel est dominé par le capitaliste dominant par excellence les Etats Unis.

Ce qui est central c’est l’équation; les profits suffisants d’aujourd’hui font les investissements de demain, la croissance d’après demain , l’emploi et les revenus du futur. et l’ordre des facteurs de l’équation est bien celui là: d’abord le profit suffisant pour attirer et retenir les capitaux lesquels peuvent circuler librement dans le monde et n’ont aucune attache patriotique.

En clair et c’est incontournable: pour survivre le système français doit restaurer la profitabilité du capital ou s’isoler. Il doit être encore plus capitaliste que ses concurrents; si il ne l’est pas et si il choisit le socialisme tout en restant ouvert sur l’extérieur il est condamné à l’asphyxie et à la régression de plus en plus accélérée.

Personne n’ose aborder la contradiction qui est à la base du système français, tout le monde tourne autour sans oser la formuler ; c’est la contradiction entre une insertion dans un système mondial dominé par les Lois du capital et la volonté française de rester semi-socialiste avec une dépense publique de 57% du PIB et des règles du jeu dominées par l’étatisme..

Le système mondial est régulé, mu, motivé par le taux de profit, et la recherche du profit maximum; celui qui domine et qui gagne c’est celui qui a le taux le plus élevé, le plus attrayant pour attirer les capitaux et les talents, donc c’est celui qui accumule le plus de capitaux; la clef de la survie dans un monde de compétition c’est l’accumulation , autre nom de l’investissement que l’on n’ose pas prononcer car c’est un gros mot..

La compétitivité dont on vous rabâche les oreilles n’est rien d’autre que la capacité à réaliser autant sinon plus de profit que les autres et accumuler le plus de capital, de préférence productif , la France court depuis des décennies derrière la compétitivité

La France court derrière la compétitivité sans succès car elle refuse les lois du capital qui sont investissement-profitabilité-accumulation de capital ; la France est dans un monde capitaliste mais en refuse les règles du jeu!

Résultat: le dépassement de cette contradiction de base, est l’obligation de compenser l’insuffisance du profit et de masquer les tensions qui en résultent par le recours à la dette publique; cette dette publique masque la contradiction à court terme mais elle nl’exacerbe à long terme

La dette publique n’est une solution à l’insuffisance de profitabilité que dans le court terme car dans le long terme elle conduit à une accumulation de capital fictif et de rentes qui pompe lui aussi sur une profitabilité insuffisante.

Quelle est la solution? Réponse : oser poser le diagnostic.

C’est la première chose à faire, clarifier , oser parler vrai et dire, reconnaitre qu’il y a antagonisme radical entre participer au marché capitaliste mondial tout en refusant le capitalisme.

En posant le problème on expose un choix certes mais on peut proposer des solutions comme celle d’un Nouveau Contrat Social généreux et équilibré comme par exemple voulait le faire Mendès France, Edgar Faure , Chaban Delmas ou Michel Jobert. Le capitalisme est un système de production et répartition mais c’est aussi un système des rapports sociaux,.

Quelle est la solution ensuite ?Euthanasier une partie du capital fictif, cad des dettes, ensuite réformer l’économie et la fiscalité de telle sorte que le profit, la profitabilité soient réservés aux investissements les plus productifs et oser détruire les zombies.

Il faut oser partir de l’idée que le surproduit c’est à dire la base à partir de laquelle se forme le profit est une denrée rare qui ne doit pas être gaspillées entre les rentes, le capital fictif, les zombies, les emplois improductifs etc

Donc il faut réorienter le système vers la profitabilité maximum certes mais en plus vers la bonne affectation de cette profitabilité, il faut le faire par la législation, la fiscalité, la réforme du système bancaire, la vérité des prix, la gestion orthodoxe de monnaie et du crédit, la destruction des rentes

En mot il ne s’agit pas comme le font les pseudo libéraux exploiteurs de réhabiliter le profit, il n’a pas à être réhabilité c’est une contrainte qu’on le veuille ou non, même si on lui donne d’autres noms; il faut reconnaitre que le profit est indispensable.

5 réflexions sur “Editorial. Pourquoi il ne faut pas taxer le capital mais l’euthanasier, le confisquer … ou le chouchouter

  1. Si je comprends bien, vous opposez (en gros) le capitalisme financiarisé anglo-saxon (usurier) au capitalisme rhénan (productif et social). Les modèles hybrides russes et chinois semblent aujourd’hui prendre le pas sur le modèle occidental, malgré la corruption endémique lié à l’héritage de ces régimes bureaucratiques.
    Par ailleurs, on peut s’interroger sur la réalité de l’enrichissement que procure l’arrivé des « investisseurs ». Quelle est la part de prédation ? Quelle est la réalité de la richesse des apports financiers quand ils sont fait en monnaie de singe, en contrepartie de subvention et en déséquilibrant le tissus économique local ?

    Si la grande distribution française si décriée s’inscrit en définitive dans des réseaux qui plongent leur racines dans l’économie française et fort de leur puissance internationale sont capables de projeter les produits de ce réseau à l’étranger, ce n’est pas forcément le cas d’acteurs étrangers. Les concurrents tels Amazon favorisent vraisemblablement bien davantage les déficit commerciaux que l’enrichissement local. Ce type d’investissements d’apparence enrichissant s’avèrent au final peut être davantage être la création de têtes de pont fortifiées pour écumer notre économie et siphonner nos liquidités.

    Pour ce qui est d’aujourd’hui, l’alignement des chancelleries occidentales sur les exigences de certains lobbies pharmaceutiques ou puissances étrangères génocidaires, ne laissent que peu d’espace à une alternative au capitalisme prédateur usurier. Ces puissances pseudo-industrielles et financières, à l’instar du lobby militaro-industriel, exercent d’évidence une part de prédation sur l’économie de leur pays dont le profit pour le pays n’est pas évident (l’URSS n’en est-elle pas morte ?)

    Mais nous en voyons sans doute la fin et il faut imaginer l’après, un après dans lequel il faudra s’adapter aux économies les plus puissantes qui donneront le la: les Brics menés la Chine, la Russie et l’Inde. Le plus difficile sera sans doute de se faire à l’idée que nous ne fixons plus les règles. Ce sont les règles des Russes, des Chinois qu’il faut étudier et s’y adapter si nous voulons demain en être des partenaires économique et pas seulement des clients.

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  2. Bien désolé de vous avoir irrité au point que vous me bloquiez sur X. Telle n’était pas mon intention. Je souhaitais simplement et courtoisement (ce qui n’excluait pas une vivacité dans le propos, comme c’est de coutume sur X) nous interroger sur les fondements du capitalisme contemporain. Et comme vous vous posez en connaisseur, vous me paraissiez pertinent à questionner. La contradiction bienveillante n’est-elle pas à la base des débats constructifs ?
    Amicalement.
    D. Pyrale.

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  3. Encore faut-il que ce changement de paradigme soit tourné vers l’économie réelle.Sinon comment expliquer la situation du RU dont les ratios économiques sont dans le meilleur des cas comparables et selon moi plus mauvais que ceux de la France en dépit de politiques libérales et davantage pro-profits menées depuis 50 ans ?

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