La situation historique dans la quelle nous nous trouvons était prévue et prévisible dès la mise en place du système monétaire à la fin de la seconde guerre mondiale.
On la connait sous le nom de dilemme ou paradoxe de Triffin.
Le paradoxe ou dilemme découle de la logique du système, ses conséquences pratiques sont incontournables. Le paradoxe se développe aussi nécessairement que le grain de blé contient l’épi qui va pousser plus tard dans le champ..
Les nécessités théoriques impliquent toujours des nécessités pratiques, simplement il faut savoir identifier ces conséquences pratiques comme telles et ce n’est pas facile; elles n’apparaissent que masquées, enrobées dans une gangue évènementielle.
Le mode d’apparaitre des conséquences pratiques d’un paradoxe ou dilemme est toujours entaché de hasard ou de personnalisation et ici c’est le cas avec Trump: il passe pour responsable de quelque chose qui était écrit , déterminé avant lui, il accomplit dirait un ancien banquier l’oeuvre de dieu, la célèbre God’s work de Blankfein de Goldman Sachs.
Tout cela se présente sous une forme dramatique, minable presque merdique alors que nous sommes dans le Tragique, dans le Destin, dans la Fatalité dans ce à quoi on ne peut échapper.
Cette situation, cette problématique, ce dilemme sont non pas créés par Trump, mais catalysées par lui tout était en germe, c’était un développement nécessaire des accords monétaires qui ont suivi la guerre et qui ont fait du dollar la monnaie de reserve, la monnaie impériale, la mine d’or du monde entier. Il est de la nature intrinsèque des mines d’or de s’épuiser.
Le paradoxe de Triffin stipule que les avantages du statut de monnaie de réserve dominante doivent enclencher un cercle vicieux, nuisible pour l’économie d’un pays. De nombreux indicateurs semblent montrer que les États-Unis sont victimes de ce mécanisme de destruction économique avec désindustrialisation, montée des dettes, inégalités, dislocation sociale.
Le dilemme de Triffin (ou paradoxe de Triffin) est un paradoxe économique dans lequel se trouvent les pays dont la monnaie est une monnaie de réserve internationale.
Ce pays, alors qu’il est dominant, doit nécessairement être en déficit commercial pour que les agents économiques non-résidents détiennent sa monnaie. Et cette accumulation des déficits peu a peu le détruit, le mine. La dette qui est d’abord la meilleures des choses, délicieuse , se transforme en son contraire, en poison qui détruit celui qui en a le privilège.
Celui qui draine les richesses produites par les autres perd peu à peu la capacité à les produire, il s’affaiblit, s’avachit, s’engraisse et doit abandonner son statut dominant. Celui qui jouit des richesses produites par les autres, peu a peu perd le contact avec le Reel, l’effort, il s’envoie en l’air dans le rêve de la toute puissance, dans le jeu, dans la spéculation, bref dans l’Imagianire, Celui qui progresse c’est celui qui se coltine le poids du réel, pas celui qui jouit du surproduit .
Le paradoxe de Triffin affirme que le bien est inséparable du mal, que le free lunch n’existe pas, que jamais on ne rase gratis, que toute médaille a son revers, que l’on est toujours puni par ou l’on pèche.
Il met en scène le tragique de la condition humaine , la nécessité du changement , il détruit l’illusion bourgeoise de la fin de l’Histoire et son fameux « Ô temps suspend ton vol », bref il fait l’Histoire.
Bref c’est une manière d’apparaitre de la dialectique du positif et du négatif qui constitue le moteur de l’Histoire.
Trump est celui par qui tout se révèle, par qui le scandale arrive car il ose dire que cela ne peut plus durer et qu’il faut faire quelque chose.
Bien entendu ce que Trump propose est idiot puisque lui même est idiot, mais c’est déjà une ébauche de solution ou une illusion de solution. La fonction de Trump aura été une fonction de destruction, de marquer la fin de quelque chose, de déchirer un voile.
On sait que le problème , existe, que l’on bute sur quelque chose.
Mais personne n’a la solution. Les Américains et la pensée bourgeoise mondiale n’ont pas accès à la pensée dialectique, pour eux tout est positif, mécanique, les arbres peuvent monter jusqu’au ciel. Tout ceci est exemplifié par l’illusion de toute puissance de la quintessence de la bourgeoisie , les gnomes des banques centrales.
EN PRIME Le paradoxe de Triffin, R.Triffin (1960)
Depuis que le dollar est devenu la « énième monnaie », les États-Unis n’ont plus à se soucier de leurs déficits. Ce phénomène a été mis en évidence par J. Rueff, qui dès le début des années 1960, remettait en cause le « déficit sans pleurs » de l’économie américaine. En effet, en détenant une monnaie nationale qui joue un rôle international, les Etats-Unis disposent d’un « privilège exorbitant » [i] qui leur permet de faire supporter le financement de leur économie par le reste du monde.
Avant d’aborder cette problématique contemporaine, retournons à la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour comprendre le rôle que joue le dollar dans l’économie mondiale. En 1944, s’est tenue la conférence de Bretton Woods qui avait pour objectif de fournir un cadre stable et propice à la reconstruction et à la croissance des économies affaiblies par la guerre. Pour cela, les 44 nations alliées ont repensé le Système Monétaire International (SMI) en proposant une monnaie internationale étalon-or (« Gold Exchange Standard »), en l’occurrence le dollar, afin d’assurer la stabilité des flux mondiaux sans s’exposer à des crises majeures telle que l’a été la Grande Dépression dans les années 1930. Le dollar devient alors, au même titre que la livre sterling au début du XXième siècle, un instrument majeur des échanges internationaux remplissant les trois fonctions d’une monnaie (moyen d’échange, unité de compte et réserve de valeur) à l’échelle mondiale.
Toutefois, quelques années après la signature des accords, un économiste américano-belge, Robert Triffin, porte un regard critique à l’égard de ce système et prédit sa chute dans son ouvrage Gold and the Dollar Crisis. The Future of Convertibility (1960). Selon lui, en tant que monnaie internationale, le dollar doit satisfaire deux objectifs inconciliables :
- La stabilité, car le dollar sert d’étalon de mesure pour les monnaies et les marchandises.
- L’abondance, puisqu’il constitue un moyen de règlement international et un instrument de réserve.
En effet, avec la croissance des paiements internationaux et le stock limité d’or disponible, le dollar connait une forte demande de la part du reste du monde, et ce, non pas en tant que réserve ultime de valeur mais en tant que liquidité en raison de sa convertibilité en or. Devant ces inévitables flux sortant de capitaux qui alimentent les échanges mondiaux et les réserves de change, R. Triffin affirme que les Etats-Unis sont contraints d’être déficitaires rendant alors le SMI instable.
Ceci s’explique par le mécanisme suivant : la demande accrue de dollar conduit à son appréciation rendant les exportations américaines moins attractives car plus chères, inversement pour leurs importations. Les importations américaines excèdent alors les exportations. La balance commerciale devient alors déficitaire à mesure que le dollar s’apprécie, creusant de fait, le déficit de la balance courante [ii] américaine.
Par conséquent, la confiance des agents économiques étrangers envers le dollar se détériore. La monnaie de référence censée être gage de stabilité (« as good as gold »), perd en fiabilité et devient paradoxalement moins attractive et de moins en moins « de référence ». Une telle dynamique déclenche de la volatilité et des crises autoréalisatrices qui rend, à terme, le système monétaire international instable. Dans ce cas, l’objectif de l’abondance l’emporte sur la stabilité.
On pourrait alors penser qu’il suffirait pour les Etats-Unis de retrouver leur balance des transactions courantes excédentaire afin de regagner la confiance des agents économiques étrangers et donc parer à ce paradoxe. Or, là encore, R.Triffin montre que le résultat est vain puisque les Etats-Unis devraient limiter la circulation du dollar dans l’économie mondiale afin de réduire leur déficit. Cela signifie qu’ils priveraient l’économie mondiale des liquidités nécessaires pour garantir la croissance des échanges. Dans ce cas, la stabilité l’emporterait sur l’abondance. S’en suivrait la nécessité de trouver une nouvelle monnaie de référence afin de procurer un moyen de paiement international indispensable pour assurer les flux financiers et les échanges de biens et de services dans le monde.
Pour résumer en deux points, le dilemme est donc le suivant :
- Soit les Etats-Unis souhaitent s’assurer un solde des transactions courantes excédentaire afin de maintenir la confiance des agents économiques envers sa monnaie mais empêchant cette dernière de jouer son rôle de monnaie de référence internationale. Dès lors, la « pénurie » de dollars bloque la croissance des échanges internationaux.
- Soit les Etats-Unis acceptent un solde des transactions courantes déficitaire au prix d’une crise de confiance sur le dollar ainsi que des tensions inflationnistes dues à la formation des liquidités, ce qui rend les échanges mondiaux instables. Le Système Monétaire International devient inévitablement instable.
Selon Triffin, l’issue est inéluctable : une monnaie nationale ne peut servir durablement de monnaie internationale, à moins d’accepter un système monétaire et financier instable et inefficient. En 1971, cela s’est traduit par la suspension de la convertibilité du dollar en or marquant la fin du système de Bretton Woods, comme l’avait prédit R. Triffin. En effet, les deux mécanismes cités précédemment se sont succédés :
- Au cours des années 1947-1958, suite aux dégâts engendrés par la guerre et à leurs besoins en biens pour la reconstruction, l’Europe de l’Ouest et le Japon ont enregistré d’importants déficits des transactions courantes à l’égard des Etats-Unis. Ceci s’est alors traduit par une pénurie de dollar, connu sous le nom de « dollar gap».
- Toutefois, dès le début des années 1960, les monnaies européennes deviennent convertibles et sont introduites sur le marché des changes. Dès lors, le « dollar gap» laisse place au « dollar glut » [iii]. En effet, le Japon et certains pays européens avaient accumulé de gros excédents courants à l’égard des Etats-Unis et, partant, un volume croissant de dollars sous la forme de réserves officielles. A partir de cette période, le dollar est devenu réserve internationale. Cela a donné suite à une série de « crises du dollar » étant donné que le stock d’or américain est devenu insuffisant pour couvrir les engagements américains en dollars (= euros dollars). Dès lors, la perte de confiance en la monnaie américaine a donné lieu à plusieurs crises de change et a abouti à la suspension de la convertibilité en or du dollar.
Néanmoins, le dollar joue toujours un double rôle de monnaie nationale et internationale, ce qui n’est pas sans poser problème puisque nous connaissons aujourd’hui un « nouveau dilemme de Triffin » [iv].
Cette forme contemporaine du dilemme traduit l’incompatibilité entre la gestion des finances publiques américaines – en 2020, la dette publique américaine s’élève à 98% du PIB et le déficit budgétaire atteint 16% du PIB [v] – et la demande extérieure excessive en titres américains, dont des bons de Trésor. Selon Patrick Artus [vi], les Etats-Unis profitent du rôle international du dollar pour fournir « au reste du monde, [notamment aux investisseurs publics (banques centrales) et privés] une dette liquide sûre et sans risque ». Et ce, dans le but de financer leur déficit public et continuer à s’endetter alors même que les investisseurs étrangers achètent de la dette publique américaine « parce qu’ils ont confiance dans la solvabilité budgétaire des Etats-Unis ». Certains auteurs [vii] s’accordent à dire que l’émergence de nouvelles monnaies rivales et crédibles sur la scène mondiale des devises, notamment l’euro et le renminbi, pourrait engager un basculement vers un système monétaire multipolaire. Cette concurrence pourrait rendre le système monétaire international plus stable et efficient. D’une part, en résorbant la pénurie d’actifs sûrs. Et d’autre part, en disciplinant les pays fournisseurs en liquidité qui face à la concurrence seraient inciter à maintenir leurs finances publiques en bon état afin d’inspirer confiance auprès des investisseurs étrangers. Un tel système pourrait donc résoudre le nouveau paradoxe de Triffin. Cependant, comme le rappelle Fahri (2011), l’introduction d’une pluralité de monnaies internationales pourrait aussi conduire à une plus grande instabilité étant donné que des mouvements de capitaux plus massifs peuvent se produire.
[i] Selon les termes de V. Giscard d’Estaing, lorsqu’il était ministre des finances sous la présidence de De Gaulle.
[ii] La balance courante (ou le solde des transactions courantes) comprend la balance commerciale, la balance des services et la balance des transferts courants (les revenus primaires et secondaires)
[iii] L’accumulation des dollars américains en dehors des Etats-Unis en tant que monnaie de réserve.
[iv] « The International Monetary and Financial System”, Pierre-Olivier Gourinchas, Hélène Rey et Maxime Sauzet, NBER Working Paper n°25782, avril 2019
[v] Selon les données du Congressional Budget Office (CBO)
[vi] Article de Patrick Artus, Le Monde, 22 juin 2019
[vii] Conférence sur le système monétaire international : soutenabilité et projet de réforme, Lorenzo Bini Smaghi, 3 octobre 2011, « Vers un système multipolaire », FMI, Emmanuel FahriCatégoriesÀ la une, Actualités, L’Éco en conceptsÉtiquettesCommerce international, Finance, FMI, Mondialisation, monnaie, Politique monétaire
L’évolution de l’épargne en France (Graphique)

Maxime Jugnot
Maxime Jugnot, rédacteur chez Partageons l’Éco, est diplômé de l’Université Paris Dauphine-PSL et passionné par l’économie comportementale. À travers ses articles et graphiques, il s’attache à vulgariser des concepts complexes en les rendant accessib
Trump est idiot certes mais il n’est pas seul.
Trump c’est le doigt dans la parabole du sage montrant la lune or je ne vous nulle-part ailleurs que chez vous une vision globale du problème.
Nos économistes de plateaux ne font que taper sur Trump. On simplifie, on personnalise.Ce n’est pourtant pas compliquer de reconnaitre que Trump a raison sur le volet commercial mais que sa croyance en l’exceptionnalisme américain l’empêche de voir ce que son pays retirait d’un système dont il était le centre.
Trump a aussi le mérite du volontarisme. Quitte à se tromper il essaie, il fait de la politique. Trump c’est le retour de la politique. On ne pourra pas lui enlever ça même si on sait qu’il va se planter.
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