Le désendettement a pris une ampleur considérable la semaine dernière. On attendait le PUT de Powell, on a eu le PUT de Trump sous la forme d’une pause tarifaire de 90 jours.
9 avril – Bloomberg :
« Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a minimisé la chute des bons du Trésor américain, affirmant qu’il n’y avait rien de systémique en jeu,( BB :comprenez derriere la dénégation que nous étions bien dans le systèmique) et a également mis en garde la Chine contre toute tentative de dévaluation de son taux de change en représailles aux hausses de droits de douane américaines.
« On observe actuellement une de ces convulsions liées au désendettement sur les marchés », a déclaré M. Bessent sur Fox Business, ajoutant qu’il en avait été témoin très souvent au cours de ses décennies de carrière dans les fonds spéculatifs. « C’est sur le marché des titres à revenu fixe. Certains acteurs très importants du levier financier subissent des pertes et sont contraints de se désendetter… » « Je pense qu’il n’y a rien de systémique là-dedans – je pense qu’il s’agit d’un désendettement inconfortable mais normal qui se produit sur le marché obligataire », a déclaré M. Bessent. »
Voici quelques titres inspirés par cet évènement tout à fait banal dixit Bessent:
« Les turbulences sur les marchés obligataires font grimper le rendement à 30 ans à son plus haut niveau depuis mars 2020. »
« La dette publique américaine se déprécie, les fonds spéculatifs réduisant leurs risques. »
« La Chine se débarrasse-t-elle de ses bons du Trésor américain ? »
« Les analystes obligataires se demandent si la Chine a joué un rôle dans les fluctuations des bons du Trésor. »
« Les marchés obligataires reculent, les bons du Trésor américain entraînant une hausse des rendements à l’échelle mondiale. »
« Aucun marché émergent n’est épargné par les pertes liées à la guerre commerciale sur la dette en dollars. »
« Les actions asiatiques chutent le plus depuis 2008, en raison des craintes de récession mondiale. »
Banal, non systémique bien sur! On ne demande qu’à le croire.
7 avril – Financial Times :
« Les actions du principal véhicule d’investissement du milliardaire Bill Ackman ont chuté de 15 % cette année, la guerre commerciale de Donald Trump affectant le portefeuille de l’un de ses plus fervents soutiens à Wall Street. La chute de Pershing Square Holdings… survient alors que le financier s’est détourné de certaines politiques du président américain, marquant un revirement public majeur. Le cours de l’action du fonds a chuté de plus de 3 % lundi. « Si… le 9 avril nous lançons une guerre nucléaire économique contre tous les pays du monde, les investissements des entreprises s’arrêteront net, les consommateurs fermeront leurs portefeuilles et nous porterons un grave préjudice à notre réputation auprès du reste du monde, qui prendra des années, voire des décennies, à se rétablir », a- déclaré Bill Ackman sur X . »
Il y avait une partie de bras de fer entre Powell et Trump pour savoir qui mettrait un genou à terre le premier, savoir qui paniquerait et qui offrirait son PUT, Powell a gagné et Trump a perdu.
Malgré tous les efforts de ses fidèles , Trump a cligné des yeux le premier, il n’a pas pu sauver la face. Personne n’a gobé l’histoire abracadabrante d’une technique de Trump super habile pour égarer ses adversaires, non, la volte face des 90 jours est apparue pour ce qu’elle est: la reconnaissance honteuse d’un point faible, d’un point sensible, d’un talon d’Achille.
LES CHINOIS S’EN SONT APERCU ET L’ONT RELEVE AVEC FORCE:
Xi a entrevu le point sensible des Etats Unis!
8 avril – Reuters :
« Pékin, se sentant coincé par l’intensification des attaques tarifaires des États-Unis contre la Chine et tout pays qui achète ou assemble des produits chinois, se prépare à une guerre d’usure économique… « Celui qui capitule le premier devient la victime », a déclaré un conseiller politique chinois… « La question est de savoir qui tiendra le plus longtemps. »
Pour l’instant c’est Trump qui perd sur tous les fronts:
« Les marchés s’effondrent alors que les problèmes liés à la guerre tarifaire alimentent la fuite devant les actifs américains. »
« La liquidation des bons du Trésor américain s’intensifie alors que le statut de « valeur refuge » est remis en question. »
« La liquidation des bons du Trésor s’intensifie alors que les investisseurs se détournent des obligations américaines à long terme. »
« La hausse des rendements des bons du Trésor à 30 ans observée lundi suggère des doutes quant à la sécurité des actifs américains. »
« La vente massive d’obligations américaines est un autre écho inquiétant du fiasco de Liz Truss. »
Le désendettement de la semaine passée n’avait rien de « normal » il n’était rien de moins que systémique et il fallait qu’il le soit pour que Trump soit obligé de mettre piteusement un genou à terre.
PAR SON AVEU DE FAIBLESSE TRUMP PERD POUR AINSI DIRE LA MOITIE DE SA CREDIBILITE, LAQUELLE N’ETAIT PAS TRES ELEVEE; IL CONSERVE DU CELLE DU FOU INCOHERENT, IMPREVISIBLE QUI PEUT FAIRE TOUT ET N’IMPORTE QUOI.
Trump et ses alliés en ont été réduits à mentir en prétendant que 70 pays avaient cédé à l’épreuve de force et étaient prêts à négocier, ce qui est faux et archi faux.
Cela le conduit aussi à prétendre être en train de former une alliance derrière lui contre la Chine .
Il ne cesse reculer et de retirer des produits de sa liste de taxes; c’en est déjà fini de la cohérence de son plan de collecter 500 milliards de droits de douane pour réduire le déficit et financer des baisses d’impôts. C’en est fini de l’essentiel de sa réindustrialisation!
Le 11 avril 2025, une notice des douanes américaines (U.S. Customs and Border Protection) a confirmé l’exemption de produits technologiques comme les smartphones, ordinateurs, puces électroniques, disques durs et machines utilisées pour fabriquer des semi-conducteurs. Ces produits sont exclus des tarifs de 125 % sur la Chine et du tarif global de 10 % appliqué à d’autres pays. D’autres exemptions ont été évoquées pour des marchandises spécifiques, comme les produits pharmaceutiques (bien que Trump ait menacé d’imposer des droits sur ces derniers), et des considérations ont été ouvertes pour des entreprises américaines particulièrement affectées.
Détails des exonérations
- Produits technologiques :
- Smartphones, ordinateurs et semi-conducteurs : Ces exemptions concernent des produits majoritairement fabriqués en Chine par des entreprises comme Apple, Samsung ou Nvidia. L’objectif est d’éviter une flambée des prix pour les consommateurs américains et de protéger les marges des grandes entreprises technologiques. Par exemple, Apple avait perdu plus de 640 milliards de dollars en valeur boursière après l’annonce initiale des tarifs, ce qui a probablement influencé cette décision.
- Autres exemptions potentielles :
- Trump a indiqué être ouvert à des exonérations pour des entreprises américaines « durement touchées » par les tarifs, sans préciser lesquelles. Il a souligné la nécessité de rester « flexible » dans les négociations commerciales.
- Une pause de 90 jours sur les tarifs imposés à certains pays (hormis la Chine) a été annoncée, permettant des discussions bilatérales pour éviter des hausses de droits plus importantes.
- Pharmaceutiques :
- Bien que les produits pharmaceutiques aient initialement été exemptés des tarifs généraux, Trump a menacé, lors d’un événement républicain, d’imposer des « droits majeurs » sur les médicaments importés, ce qui pourrait annuler cette exemption.
- Marchandises en transit :
- Un « glitch » dans le système douanier a temporairement perturbé l’exemption des marchandises déjà en transit avant l’entrée en vigueur des tarifs. Ce problème, résolu après plus de 10 heures, a révélé des défis logistiques dans l’application rapide de ces politiques.
Les exemptions suggèrent que l’administration Trump a cédé à la pression des grandes entreprises technologiques et des investisseurs. Des figures comme Elon Musk, en désaccord avec le conseiller commercial Peter Navarro, auraient influencé ces décisions, révélant des tensions internes.
Tout cela dilue son message de fermeté commerciale, surtout face à la Chine et montre que les decisions ont été insuffisamment préparées et qu’il s’agit en réalité de rodomontades creuses..
Au plan des relations internationales c’est catastrophique : la pause de 90 jours sur les tarifs pour certains pays ouvre la porte à des négociations, au moment ou la Chine cherche à rallier d’autres partenaires, comme l’UE, contre ce qu’elle qualifie de « bullying » américain.
Plus généralement, le chaos dans l’implémentation , les revirements rapides (tarifs imposés, puis suspendus ou exemptés) ont créé une confusion, illustrée par les déclarations contradictoires de l’administration. Cela nuit à la crédibilité des États-Unis comme partenaire commercial fiable.
Les droits de douane vont finir par apparaitre pour ce qu’ils sont: une promesse électorale imbécile, démagogique impossible à mettre en oeuvre; si c’est le cas, alors la crédibilité de tout l’édifice Trumpien peut s’écrouler car les droits de douane avec l’action du DOGE sont les mythes qui ont été construits pour faire croire à la soutenabilité de la politique budgétaire, ce qui rappelle le fiasco du désendettement de Liz Truss en octobre 2022. qui a vu l’éruption de panique bancaire et la mini-crise britannique . .
La fin du mythe des droits de douane , accompagnée de celui des économies du DOGE pourraient etre encore plus menaçant et porteurs de crise que l’épouvantail des droits de douane eux même!
Le vrai risque, l’épée de Damocles sur le monde c’est celui du désendettement, celui du deleveraging en chaine.
Un article du WSJ de vendredi a résumé les craintes actuelles liées au désendettement : « Le « basis trade », a déclaré Michael Cloherty, stratège chez UBS, « est devenu le monstre effrayant sous le lit, accusé de tout ». « Il existe toutes sortes de spéculations à effet de levier sur une myriade d’instruments obligataires aux États-Unis et dans le monde. La spéculation à effet de levier prolifère depuis des décennies, et il est raisonnable de l’estimer à des dizaines de milliers de milliards de dollars à l’échelle mondiale.»
Le désendettement va constituera un défi permanent au cours des mois à venir.
Les masses de capitaux en jeu sont colossales avec en plus l’inconnue japonaise du carry sur le yen totalement opaque.
Les rendements des bons du Trésor à dix ans ont bondi de 50 pbs cette semaine, soit la plus forte hausse hebdomadaire depuis la semaine du 16 août 2001 – une hausse que Bloomberg avait qualifiée à l’époque de « plus forte perte hebdomadaire depuis au moins 24 ans ».
Le marché des valeurs du Trésor américain constitue le fondement, le sous bassement, la pierre angulaire de la finance mondiale et de la banque. Les structures des marchés américains et mondiaux présentent une fragilité structurelle que bien peu perçoivent même chez les gnomes.
Quand l’Amérique éternue, le monde attrape un rhume et la peripherie une bronchite. Les difficultés de la périphérie peuvent revenir infecter le marché américain cela s’est deja vu!
Les obligations des marchés émergents ont subi une nouvelle crise . Les obligations des marchés émergents libellées en dollars ont subi une pression vendeuse notable, signe d’un désendettement intense. Les rendements à dix ans ont bondi de 57 pbs en Colombie, de 49 pbs en Turquie, de 48 pbs aux Philippines et au Mexique, de 46 pbs en Indonésie, de 38 pbs au Chili et de 24 pbs au Brésil.
Avec le yen en hausse 2,4 % cette semaine contre dollar, une pression intense s’est exercée sur les « carry trades » en yen à effet de levier. Les obligations des marchés émergents en monnaie locale ont subi de lourdes pertes obligataires et de change. Face au yen, la roupie indonésienne a chuté de 3,7 %, le sol péruvien de 3,6 %, la roupie indienne de 3,2 %, le réal brésilien de 2,7 %, le peso philippin de 2,6 %, le rand sud-africain de 2,5 %, le renminbi chinois de 2,5 %, le peso argentin de 2,4 % et la livre turque de 2,1 %.
Le système ne s’effondrera que sous le poids de ses propres contradictions et est encore assez fort pour faire rentrer dans le rang ceux qui veulent le remettre en cause.L’échec de Trump est patent et grave car il porte sur un élément central de sa campagne et arrive très tôt dans son mandat.
La question est maintenant politique : que va-t-il faire pour masquer et faire oublier un tel échec cinglant ?Je ne serais pas étonné que les Etats-Unis soient en guerre sur un théâtre ou une autre au moment des élections de midterm de 2027.
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