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Un ordre mondial alternatif résoudrait la question des déséquilibres, qui permettrait de hausser les salaires, et qui accélèrerait la croissance.
L’Accord de Mar-a-Lago n’est pas un traité formel ou officiel à ce jour, mais plutôt un concept stratégique ou un cadre théorique discuté dans les cercles économiques, financiers et politiques, principalement aux États-Unis, depuis fin 2024.
Ce terme, popularisé par des analystes et des médias, fait référence à une idée attribuée à l’entourage économique de Donald Trump, notamment Stephen Miran, son conseiller économique et président du Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche.
L’objectif principal de cet « accord » serait de restructurer l’ordre économique et commercial mondial en affaiblissant le dollar américain, en réduisant les déficits commerciaux et budgétaires des États-Unis, et en relançant l’industrie manufacturière américaine.
Voici une synthèse de ce que l’on sait et une analyse critique.
Ce que l’on sait de l’Accord de Mar-a-Lago
- Origine et contexte :
- Le concept tire son nom de la résidence de Donald Trump à Palm Beach, en Floride, où des négociations internationales pourraient théoriquement avoir lieu. Il s’inspire d’accords historiques comme l’Accord de Plaza (1985), où les États-Unis, le Japon, l’Allemagne de l’Ouest, le Royaume-Uni et la France s’étaient coordonnés pour dévaluer le dollar afin de réduire le déficit commercial américain.
- L’idée a été formulée dans un essai publié en novembre 2024 par Stephen Miran, intitulé Guide de l’utilisateur pour la restructuration du système commercial mondial. Miran y soutient que la surévaluation du dollar nuit à l’industrie manufacturière américaine et creuse les déficits commerciaux
- Bien que Trump n’ait jamais explicitement confirmé son soutien à un tel accord, ses politiques tarifaires et ses menaces de sanctions économiques (par exemple, contre les pays des BRICS envisageant une alternative au dollar) sont interprétées comme des étapes préliminaires ou des leviers pour imposer un nouvel ordre économique.
- Objectifs principaux :
- Dévaluation du dollar : Rendre les exportations américaines plus compétitives et réduire le déficit commercial en affaiblissant le dollar par rapport aux autres devises.
- Restructuration de la dette américaine : Convertir les obligations du Trésor américain à court terme, détenues par des créanciers étrangers, en obligations à très long terme (par exemple, des « obligations centenaires » à 100 ans) avec peu ou pas d’intérêts. Cela réduirait les coûts de financement de la dette publique américaine, estimée à 36 000 milliards de dollars.
- Relance de l’industrie manufacturière : En rendant les produits américains plus compétitifs grâce à un dollar plus faible et des tarifs douaniers, l’objectif est de rapatrier des emplois industriels aux États-Unis.
- Création d’une « Zone de commerce équitable » : Seuls les pays acceptant de renoncer aux intérêts sur la dette américaine et de convertir leurs obligations en titres à long terme bénéficieraient de tarifs préférentiels. Les autres seraient soumis à des droits de douane punitifs.
- Utilisation d’un fonds souverain : Ce fonds, potentiellement financé par des actifs publics (terres fédérales, cryptomonnaies confisquées, or réévalué), servirait à stabiliser l’économie et à réduire les déficits sans augmenter les impôts ou l’inflation.
- Pression géopolitique : Les États-Unis utiliseraient leur influence militaire (par exemple, la protection offerte par l’OTAN) et des menaces de tarifs pour contraindre leurs partenaires à accepter cet accord.
- Mécanismes proposés :
- Tarifs douaniers : Utilisés comme outil de coercition pour pousser les partenaires commerciaux à ajuster leurs politiques monétaires et commerciales en faveur des États-Unis.
- Chantage sécuritaire : Menacer de retirer la protection militaire américaine (par exemple, via un retrait de l’OTAN) pour forcer les alliés à coopérer.
- Interventions sur le marché des changes : Un fonds souverain pourrait intervenir pour manipuler la valeur du dollar, tandis que les partenaires étrangers seraient incités à apprécier leurs monnaies.
- Fiscalité sur les obligations : Imposer une taxe sur les obligations du Trésor détenues par des étrangers pour réduire les coûts de financement de la dette américaine.
- Contexte actuel (avril 2025) :
- Depuis l’investiture de Trump en janvier 2025, le dollar a déjà perdu environ 6 % de sa valeur en raison des incertitudes liées à ses politiques tarifaires, alimentant les spéculations sur un affaiblissement intentionnel.
- Les marchés financiers, notamment Wall Street, anticipent des bouleversements potentiels, avec des hausses de volatilité sur les devises (par exemple, l’EUR/USD a dépassé 1,05) et une montée des prix de l’or, perçu comme une valeur refuge.
- Des pays comme la Chine, principal créancier des États-Unis, et l’Union européenne, en crise économique, sont réticents à coopérer, ce qui complique la faisabilité d’un tel accord.
- Les récentes suspensions temporaires de tarifs douaniers (par exemple, une suspension de 90 jours annoncée en avril 2025) sont perçues comme des tentatives de négociation pour obtenir des concessions de la part des partenaires commerciaux.
- Comparaison avec l’Accord de Plaza (1985) :
- L’Accord de Plaza avait réussi à dévaluer le dollar d’environ 50 % en deux ans, réduisant le déficit commercial avec l’Europe, mais il avait eu des effets négatifs, comme la « décennie perdue » au Japon.
- Contrairement à 1985, où les États-Unis négociaient avec des alliés sous leur influence militaire, la coopération avec des rivaux comme la Chine semble improbable aujourd’hui en raison des tensions géopolitiques.
- L’Accord de Mar-a-Lago serait plus coercitif, s’appuyant sur des menaces de tarifs et de retrait sécuritaire plutôt que sur une coordination volontaire.
Analyse critique de l’Accord de Mar-a-Lago
Forces potentielles
- Réduction du déficit commercial : Un dollar plus faible pourrait rendre les exportations américaines plus compétitives, réduisant potentiellement le déficit commercial, qui s’élève à environ 971 milliards de dollars en 2024.
- Relance industrielle : En favorisant les produits « Made in America », l’accord pourrait stimuler l’emploi dans les secteurs industriels, un objectif clé de l’administration Trump.
- Restructuration de la dette : Convertir la dette à court terme en obligations à long terme pourrait alléger la pression fiscale à court terme, surtout si les taux d’intérêt restent bas.
- Pression géopolitique efficace : Les menaces de tarifs et de retrait militaire pourraient forcer certains alliés à négocier, notamment les pays dépendants de la protection américaine (comme les membres de l’OTAN).
Faiblesses et risques
- Faisabilité diplomatique :
- La coopération internationale, essentielle pour un tel accord, est incertaine. La Chine, qui détient environ 870 milliards de dollars en obligations du Trésor américain, n’a aucun intérêt à accepter une dévaluation de ses actifs ou une appréciation du yuan, qui nuirait à ses exportations.
- L’Union européenne, déjà en difficulté économique, pourrait préférer renforcer sa propre défense plutôt que de céder à des pressions économiques
- Les partenaires commerciaux pourraient répondre par des représailles tarifaires, déclenchant une guerre commerciale mondiale, comme l’a montré la réponse chinoise aux tarifs de Trump en 2025.
- Risques économiques :
- Inflation : Un dollar plus faible augmenterait le coût des importations, alimentant l’inflation, ce qui va à l’encontre des promesses de Trump de réduire les prix. Une enquête de l’Atlantic Council montre que seulement 16 % des Américains soutiennent une dévaluation du dollar si elle entraîne une hausse des prix.
- Crise de confiance dans le dollar : Forcer les créanciers à convertir leurs obligations en titres à faible rendement pourrait éroder la confiance dans les bons du Trésor, menaçant le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale (58 % des réserves des banques centrales). Cela pourrait entraîner une hausse des taux d’intérêt et une crise financière mondiale.
- Volatilité des marchés : Les rumeurs autour de l’accord ont déjà provoqué des hausses de l’EUR/USD et des prix de l’or, signe d’une anticipation de turbulences. Une dévaluation brutale pourrait déclencher des sorties massives de capitaux.
- Limites structurelles :
- Le déclin industriel américain n’est pas uniquement lié à un dollar fort, mais aussi à des facteurs comme l’automatisation, la mondialisation et la transition vers une économie de services. L’accord ne résout pas ces problèmes structurels.
- La création d’un fonds souverain basé sur des actifs comme l’or ou les cryptomonnaies est spéculative et risquée, car leur valeur est volatile et leur monétisation incertaine.
- Risques politiques :
- L’opinion publique américaine est attachée à un dollar fort, perçu comme un symbole de puissance. Seulement 16 % des Américains soutiennent une dévaluation, selon une enquête citée par l’Atlantic Council, ce qui pourrait poser des risques politiques pour Trump.
- Les menaces de Trump contre les pays délaissant le dollar (par exemple, via des tariffs de 100 %) contredisent l’idée d’un affaiblissement volontaire du dollar, semant la confusion sur ses intentions réelles.
- Indépendance des banques centrales :
- Les banques centrales, comme la Réserve fédérale, la BCE ou la Banque du Japon, privilégient leurs objectifs domestiques (contrôle de l’inflation, croissance). Une coordination monétaire à grande échelle, comme en 1985, est improbable dans le contexte actuel.
COMMENTAIRE
L’Accord de Mar-a-Lago est une proposition audacieuse, mais ses chances de succès sont faibles en raison de ses nombreuses contradictions et des obstacles pratiques qu’il soulève.
D’un côté, il reflète une tentative de répondre à des préoccupations légitimes : le déficit commercial américain, la désindustrialisation et la dépendance à la dette étrangère. La stratégie de coercition (tarifs, chantage sécuritaire) pourrait forcer certains alliés à faire des concessions, mais elle risque d’aliéner des partenaires clés comme la Chine et l’UE, déclenchant des représailles économiques.
Sur le plan économique, l’idée repose sur une vision simpliste qui attribue la plupart des problèmes américains à la surévaluation du dollar, ignorant des facteurs structurels plus complexes.
La restructuration de la dette via des obligations centenaires est particulièrement risquée, car elle pourrait miner la confiance dans le dollar, un pilier de l’hégémonie financière américaine. Une crise de confiance dans les bons du Trésor aurait des répercussions mondiales, affectant non seulement les États-Unis, mais aussi les marchés émergents et les économies alliées.
Sur le plan géopolitique, l’accord s’inscrit dans une logique de « America First » qui privilégie les gains à court terme au détriment de la coopération internationale. En menaçant de retirer la protection militaire, les États-Unis pourraient pousser leurs alliés à chercher des alternatives (par exemple, une défense européenne autonome ou des alliances avec d’autres puissances), affaiblissant leur influence à long terme.
l’Accord de Mar-a-Lago est davantage un récit spéculatif qu’un plan concret. Comme le note l’analyste Jim Bianco, il faut « prendre cette idée au sérieux, mais pas au pied de la lettre ».
Conclusion
L’Accord de Mar-a-Lago est un concept intrigant qui cristallise les ambitions de l’administration Trump de remodeler l’économie mondiale à l’avantage des États-Unis. Cependant, ses fondations économiques sont fragiles, ses implications géopolitiques risquées et sa faisabilité douteuse sans une coopération internationale improbable.
Les politiques tarifaires actuelles et les pressions sur les alliés pourraient être interprétées comme des étapes vers cet accord, mais elles pourraient aussi simplement refléter une approche chaotique et opportuniste.
À court terme, l’incertitude entourant ce projet continuera de nourrir la volatilité des marchés et les tensions commerciales. À long terme, il pourrait accélérer un mouvement de défiance envers le dollar, paradoxalement au détriment de la puissance américaine.
Bonjour M. Bertez
Il semblerait que les puces hautes performances récemment produites en Chine qui lui permettent de se passer d’ASML et TSMC pour développer un système de paiement alternatif ne passant pas par le dollar et par ailleurs ouvrant des perspectives de développement dans tous les domaines de la haute technologie à l’aide de l’architecture ouverte RISC V soient une réponse de fait à ce plan.
Cordialement
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