EDITORIAL. La rupture du paradigme risk-on/risk-off, une explication logique.

L’arsenal des gnomes pour rétablir la stabilité du marché financier quand il tangue, c’est l’outil monétaire, sous toutes ses formes; baisse des taux, achats de titres à long terme, fournitures de liquidités etc. Avec? bien sur? toute la sauce de la propagande et des guidances.

Tant que le paradigme risk-on/risk-off fonctionne c’est dire tant que les ventes d’actions produisent les achats de fonds d’état , le système a des armes pour se défendre, l’argent reste dans le marché, il reste en dollars et il ne part ni à l’etranger ni à la recherche de valeurs réelles comme l’or ou les commodities .

Le paradigme de la bascule risk-on /risk-off c’est ce qui permet aux gnomes de gérer les crises.

Quand les actions chutent et que les détenteurs de dollars achètent des fonds d’état alors les taux baissent, les portefeuilles 60/40 voient leur pertes se réduire, la solvabilité reste bonne, et cela rend, au fur et à mesure que les taux baissent, les actions plus attrayantes, le mécanisme de hausse des fonds d’état , baisse des taux est rééquilibrant puisqu’il rend mécaniquement à nouveau intéressantes les actions.

L’une des composantes majeure de la valeur des actions je vous le rappelle, c’est le taux d’intérêt sans risque: plus il est bas plus les actions valent cher. Le modèle de la Fed popularisé par Ed Yardeni, ce fut le trait de génie qui permit à la Fed -grâce a ce que l’on appelle son equation/model -, c’est le trait de génie qui lui a donné un certain contrôle des indices boursiers .

https://en.wikipedia.org/wiki/Fed_model

Tant que cette « corrélation inverse de baisse des actions-hausse des fonds d’état » fonctionne cela signifie que la demande « de ce en quoi les actions et les fonds d’état sont libellés« , c’est à dire la demande de dollars reste bonne, voire très bonne; la confiance dans le système reste intacte.

Quand on constate comme maintenant que cette corrélation inverse (chute des actions/ hausse des fonds d’état) est brisée cela veut dire que ce ne sont pas des considérations habituelles qui jouent, non cela veut dire que ce dont on veut se débarrasser c’est ce en quoi ces deux actifs sont libellés; le dollar. Pour que ces deux actifs chutent ensemble il faut qu’ils aient quelque chose en commun et ce qu’ils ont en commun c’est le dollar, c’est le sous jacent, c’est la signature du systéme américain, c’est la croyance en sa solidité, croyance qu’il est sur, fiable .

Le marché obligataire vient de rompre sa formation historique. Ce que nous voyons actuellement n’est pas seulement inhabituel, c’est historiquement sans précédent.

L’indice S&P 500 a perdu près de 10 % ce mois-ci. Pourtant, le rendement des bons du Trésor américain à 30 ans a bondi de plus de 33 points de base, atteignant 4,90 %.

Cela n’est jamais arrivé auparavant.

Lors de chaque krach boursier majeur des dernières décennies, le marché obligataire a joué son rôle : servir de valeur refuge. Les rendements à long terme ont chuté. La duration a rebondi. Le capital s’est reconstitué .

Pas cette fois.

Actuellement, les actions chutent et les rendements obligataires à long terme augmentent. Parallèlement, les rendements à court terme baissent, créant une divergence rare et inquiétante sur la courbe des taux.

C’est la première fois que cette combinaison spécifique apparaît lors d’une baisse majeure des marchés boursiers.

Il ne s’agit pas d’une hausse des taux, mais d’une rupture de crédibilité des gnomes et de confiance dans le Trésor L’obligation à long terme ne joue plus son rôle traditionnel car les marchés commencent à intégrer quelque chose de bien plus déstabilisant.

Le long terme échappe aux gnomes, le long terme n’est plus simplement linéaire, une succession de courts termes gérables !

La liste des causes de cette rupture est longue :

-L’idée que la situation budgétaire des États-Unis n’est plus soutenable sans inflation ni répression.

-L’idée selon laquelle les actifs à long terme pourraient comporter un risque de prime de terme que la Fed ne peut pas supprimer.

-L’idée que la Fed est coincée, trop lente à réduire ses taux et trop tardive à stabiliser ses taux.

-L’idée que l’on s’achemine vers une baisse voulue du dollar par un accord du type Plaza

-L’idée que d’une façon ou d’une autre les USA vont renier leur parole et bloquer les fonds étrangers

-L’idée que le Tresor va imposer la conversion/rééchelonnement

etc etc

Voilà à quoi ressemble la situation lorsque la confiance commence à se détériorer vis à vis du pouvoir souverain. Les acheteurs étrangers se retirent. Les négociants sont saturés. L’offre elle, elle est inexorable.

Le vrai sous jacent de tous les marchés c’est la magie; la magie de la Confiance!

Une réflexion sur “EDITORIAL. La rupture du paradigme risk-on/risk-off, une explication logique.

  1. Bonjour M. Bertez

    En 1995, Alain Peyrefitte proposait « l éthos de confiance » comme source du développement Européen à partir du XVème siècle. Soit une fois que tous les instruments commerciaux et financiers nécessaires eussent été inventés par les marchands, notamment les Italiens, Génois et Florentins en tête – cf Jean Favier: L’or et les épices – naissance de l’homme d’affaires au moyen âge .

    On peut s’interroger alors sur cette perte de confiance qui surviendrait chez nous au moment où se produit une bascule économique vers l’Asie…

    Cordialement

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