Le but de l’ignorance c’est le consentement. Remettre en question le système qui vous a fait être ce que vous croyez être, c’est accepter le deuil de vous même.

Dans un monde moins façonné par la vérité que par la perception organisée, l’un des plus grands défis de notre époque n’est pas d’acquérir l’information, mais d’échapper aux cadres qui nous ont appris à la percevoir.

Celui qui gagne disait Jacques Lacan, c’est celui qui balise le terrain sur lequel se déroule le combat.

La réalité moderne n’est pas vécue directement. Elle est diffusée, aplatie et lancée sur des écrans. Résultat ? Rien n’apparait directement, tout passe à travers quelque chose, filtre, kaleidoscope, lamelle, prisme et surtout code, structure cognitive.

Je vous rappelle que lors de son intronisation Macron a annoncé qu’il voulait casser les codes: personne n’a relevé sauf moi, pourtant tout le reste en a découlé et en découle encore. La varie question politique alors n’a même pas été posée, même par les rebellocrates ; pourquoi casser les codes, pour imposer quoi, imposer les codes de qui , de quelle classe sociale?

La plupart des gens confondent l’éclairage avec la perspicacité, et le bruit avec la connaissance, la logique superficielle et la cohérence des récits avec leur capacité à représenter le monde.

Le récit, la parole sont structurellement faits pour masquer , pour mystifier non pour exposer. Ils sont tordus pour faire durer le système, tout ce qui est dit s’inscrit dans le système. Une médaille a toujours deux faces une positive et une négative et elles sont inséparables , constitutives. La négative n’est pas moins indispensable que la positive. Les récits sociaux sont faits pour faire jouir le système.

Mais sous la surface se cache une vérité plus subversive : les systèmes dans lesquels nous vivons ne sont pas seulement incités à manipuler la réalité, ils sont conçus pour cela. Les téléviseurs sont l’un des vestiges les plus flagrants de cette conception.

Demandez-vous : pourquoi les téléviseurs, contrairement à la plupart des autres biens de consommation, sont-ils devenus moins chers au fil du temps, massivement moins chers alors même que d’autres biens essentiels comme le logement, l’alimentation, les soins de santé et l’éducation ont vu leurs prix exploser ? Pourquoi la télé est elle gratuite en échange d’une acceptation de la structuration du monde sous le signe de la consommation?

Ce n’est pas dû à une innovation altruiste ni à la loi de Moore. C’est une question de politique. C’est une question de conception. Les téléviseurs bon marché ont une fonction : faire jouir le système, le faire se reproduire, ils structurent, ils diffusent le récit. Ils apaisent, divertissent, stimulent les masses et leur fournissent juste assez de contenu personnalisé pour empêcher un réveil collectif. Ils véhiculent le mythe de l’individualité et du « parce que je le vaux bien » qui dissimulent la mêmitude. Ils véhiculent l’imaginaire flatteur de l’individualisme alors qu’ils imposent le collectivisme, le socialisme et la servitude volontaire !

Ce sont des auxiliaires du Pouvoir. Pas seulement dans les contenus, mais dans la forme elle même, cette forme qui fait prendre l’image et la parole télévisée pour la réalité et peu à peu s’y substitue en la vidant de tout ce qui pourrait déclencher la révolte. Mettre en image et en mots c’est distancier, émasculer. sublimer , domestiquer. C’est transformer tous ceux qui devraient être acteurs participants en spectateurs. L’actif est transformé en passif, l’action en jeu ou devinette sur quel camp soutenir. Plus d’acteurs de l’histoire, rien que des supporters de la pseudo empoignade.

Il ne s’agit pas seulement de consommation, de conditionnement mais de structuration inconsciente des psychés et du monde.. C’est un mode de production de l’être et du monde; le système capitaliste ne fait pas que produire des biens des services, du capital, du profit, des croyances, de l’ordre social, non il produit les masses en tant que telles et pire, les individus qui composent les masses. Le monde est un tableau noir sur lequel le capitalisme écrit et c’est pour cela qu’il lui faut casser les codes, les grammaires, faire table rase, faire tableau vierge pour effacer les déterminations autres que els siennes.

Un écran plasma de 70 pouces dans chaque foyer n’est pas un luxe ; c’est un moyen de contrôle. Et le contrôle de l’efficacité du contrôle, c’est ensuite le sondage; il permet de mesurer l’efficacité des manipulations.

L’un des concepts les plus révolutionnaires c’est celui de coût de reproduction du système, il est d ‘une richesse inouie. C’est pour cela que jamais personne ne l’étudie, ne l’utilise! Il faut que les masses croient que le système tombe du ciel, qu’il est naturel ou mieux, divin! Nos systèmes sont en crise endogène, pour les faire tenir, durer malgré tout, il faut investir ou plutôt gaspiller à fonds perdus ; c’est la part maudite de nos sociétés que ces dépenses cachées , non-sues, non-dites, non-chiffrées pour « à tout prix » maintenir l’Ordre, les droits, les processus structurants.

Pour y voir « clair », il faut accomplir la chose la plus contre nature qui soit : détruire sa mémoire perceptive. Cela implique de remettre en question tout ce que l’on a appris à accepter comme « réalité ». Il faut se déconstruire soi même, se détruire, remonter la pente de l’apprentissage qui a conduit à la jouissance de l’asservissement.

Cela implique d’avoir le courage cognitif de remettre en question même nos hypothèses les plus chères: la démocratie, les élections, la représentation, le dialogue, les médias, le travail des intellectuels etc etc

La difficulté n’est pas intellectuelle, mais existentielle.

C’est l’équivalent des souffrance d ‘une psychanalyse, c’est une sorte de psychanalyse sociale: remettre en question le système qui vous a fait être ce que vous croyez être, c’est accepter le deuil de vous même, c’est que nombre de vos croyances les plus profondes ont été implantées sans votre consentement. Qu’elles n’ont rien d’authentiques au sens propre du terme. Et c’est une prise de conscience bouleversante.

Et puis il ya la solitude.

« Etre libre Manu, c’est aussi etre seul » chantait Renaud qui lui, n’a pas pu le supporter!

J’entends souvent : « Pourquoi nous mentiraient-ils ? » Mais la question plus profonde n’est pas là, la question destructrice, révolutionnaire c’est : « Qu’est-ce qui s’effondrerait s’ils disaient la vérité ? » . Posez vous la question.

7 réflexions sur “Le but de l’ignorance c’est le consentement. Remettre en question le système qui vous a fait être ce que vous croyez être, c’est accepter le deuil de vous même.

  1. Bonjour M. BertezAvant tout je dois dire que c’est le seul blog que je consulte encore, les autres m’ont fatigué !C’est dire aussi que « l’intellectualisme » me fatigue aussi.Pour ce qui est de votre texte d’une grande valeur « intellectuelle », s’adresse finalement à une certaine « élite » intellectuelle aussi.Cela reste de la masturbation intellectuelle car accepter la solitude n’est pas à la portée de tout le monde (comme être suffisant en tout (économiquement) et remettre en question un système c’est faire table rase de tout sans être capable de le remplacer. Et par quoi si ce n’est par un autre (but de tout révolutionnaire qui se respecte) qui engendrera les mêmes reproches par d’autres insatisfaits.Cela ne veut pas dire que je conteste les reproches que vous faites au système qui nous « fait ».Mais partout sur la planète, avec des « systèmes » très différents les uns des autres, les gens sont « faits » par un système, à des degrés divers de « fabrication », selon des dispositions personnelles particulières et exceptionnelles.Être dans le monde sans être du monde.

    J’aime

  2. Excellent papier Mr Bertez.

    Merci infiniment pour cet essai intime !

    Cioran dans Le Crépuscule des Pensées : « La solitude n’apprend pas à être seul, mais le seul ».

    @NINA© Que Dieu vous donne santé et longue vie.

    Cordialement.

    J’aime

  3. Bonjour M. Bertez,

    Pertinent !!!

    Je vous remercie pour tout le travail que vous faites pour la prise de conscience.

    Votre site est celui que je consulte le plus aujourd’hui et je viens de loin.

    Que Dieu vous donne santé et longue vie.

    Cordialement.

    J’aime

  4. Analyse très intéressante, intellectuelle.
    L’acte de résistance est individuel, idéologique, dispendieux et inefficace.
    La réalité importe peu, nous vivons dans l’illusion par paresse.
    Le système perdure faute de combattants.

    J’aime

  5. C’est tout à fait ça et à tous les niveaux (également à l’échelle « micro » dans les entreprise (ici TPE). Ca diffuse/perfuse partout.

    J’aime

  6. Bonjour M. Bertez

    Frédéric Dard, un jour sans inspiration avait allumé sa télévision. L’expérience lui fit créer le verbe « enconner », rendre con. Du moins c’est ce qu’il affirme dans un de ses ouvrages.

    C’est le revers de l’écran.

    Cordialement

    J’aime

Répondre à Steve Annuler la réponse.