Faute de contrôler la Fed, Trump et Bessent veulent la « réexaminer », la « revoir »

  • Dans une interview accordée à CNBC, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a suggéré un examen de la Réserve fédérale qui irait au-delà de la controverse actuelle sur les rénovations de bâtiments et examinerait sa fonction globale.
  • Ces commentaires interviennent dans un contexte de conflit croissant entre la Maison Blanche et la banque centrale.
  • Bessent a soutenu l’idée selon laquelle la Fed devrait probablement assouplir sa politique monétaire alors que l’inflation se modère.

Mon opinion.

La déclaration de Bessent, « nous devons examiner l’institution de la Réserve fédérale dans son ensemble », est un moment clef.

Cette déclaration risque d’accélérer la destruction du mythe de l’indépendance des banques centrales. Elles n’ont jamais été indépendante sauf de la souveraineté populaire, elles sont dépendantes des factions au sein de la classe du grand business et du capital et celles ci sont en lutte entre elles.

Les banques centrales sont -comme les institutions internationales- une externalisation des contraintes imposées aux peuples, elles sont des outils dans le cadre ce que l’on peut encore appeler la lutte des classes. Ces institutions -dans le passé les Deux Cents Familles et maintenant le Très Grand Capital Internationalisé- essaient d’imposer de l’exterieur des règles non democratiques, à l’abri de la souveraineté des peuples, dont le but est de préserver le droit de propriété et les dominations impériales dans un cadre de mondialisation présentée comme libérale .

Il s’agit d’un appel visant à s’attaquer au décalage croissant entre la conception initiale de la Fed et le système financier complexe, hyperconnecté et géopolitiquement instrumentalisé qu’elle préside désormais.

En 2025, ce décalage n’est plus théorique, il est structurel et visible de tous.

La Réserve fédérale a été conçue pour une économie bancaire nationale. Elle n’a jamais été conçue pour être le nœud central d’un empire mondialisé dont la pierre angulaire est dollar.

Ses décisions se répercutent sur les swaps de change en Corée du Sud,sur les financements souverains en Italie, sur le financement de l’énergie dans le Golfe et les marchés de garanties à Tokyo etc .

Les modèles qu’elle utilise ont été conçus dans un contexte de multiplicateurs stables et de réserves bancaires. Tout cela a volé en éclats.

Comme l’a dit Greenspan en 2006 nous ne savons plus aujourd’hui ce qui est monnaie et ce que ne l’est pas, les agregats en « M » ne veulent plus rien dire, l’eurodollar a tout bousculé , tout come le leverage et la montée du paradigme risk-on risk-off.

Le dollar s’est fonctionnellement scindé; il y a un dollar interne, un dollar externe , un dollar financier et leurs valeurs ne convergent pas, elles divergent! Et puis il a la dialectique antagonique avec les cryptos et la finance DeFI!

Comme le dit de façon imagée Jeff Snider, les banques centrales ne sont plus centrales, elles font semblant et cela marche parce qu’on les croit encore.. mais de moins en mois; la centralité des banques centrales est un mythe une croyance!

Depuis 2006 les connaissances n’ont pas progressé mais régressé!

Mais la réalité à laquelle la Fed est confrontée est celle des flux de capitaux en temps réel, de la volatilité/opacité du système bancaire parallèle, des réactions algorithmiques des marchés et d’une dette souveraine croissante sinon instable qui défie le contrôle monétaire traditionnel.

La politique monétaire de Powell, notamment le maintien prolongé de taux élevés, ne se limite plus à l’inflation: Il s’agit de défendre la fonction géopolitique du dollar, de préserver les flux de capitaux et de réaffirmer l’hégémonie financière des États-Unis dans un monde où les BRICS+ et les alternatives numériques s’accélèrent.

Le maintien de taux élevés sert davantage à maintenir la demande mondiale de bons du Trésor et à réévaluer le risque de liquidité étrangère plutot qu’à atténuer les pressions salariales intérieures. Surtout depuis que les soi disant rapports entre inflation monétaire et inflation des prix a été cassés et que la loi de Phillips -relation inverse entre inflation et chomage- ne joue plus.

Cette mutation des fonctions de la politique monétaire, de la gestion macroéconomique à l’effet de levier géopolitique, ne date pas d’hier , elle ne marque pas une évolution fondamentale dans l’usage qui en est fait par les banques centrales, mais ce qui est nouveau c’est l’émergence de la prise de conscience qu’il en est ainsi.

La Fed n’agit plus depuis longtemps comme si elle gérait une économie nationale, non, mais l’arrivée de Trump a agi comme un révélateur d’une réalité qu’il ne fallait pas exposer, formuler et étiqueter.

La Fed depuis 2008 agit comme un acteur géopolitique, un stabilisateur de bulles mondiales, et un garant indirect sinon discret des priorités stratégiques des États-Unis.

Ce qui viendra ne sera probablement pas une banque centrale aux responsabilités definies, mais un système complexe de gestion de monnaie domestique, de monnaie exterieure et de monnaie financière , de monnaies numériques distribuées, de flux de liquidités programmables, de mécanismes de compensation coordonnés par l’IA et d’un échafaudage réglementaire transnational- ou si les USA gagnent, impérial.

Nul ne sait comment s’élaborera la gestion monétaire et financière qui succédera à la gestion actuelle, elle se fera/se créera d’elle même, à l’expérience elle ne résultera pas d’un plan.

L’avertissement de Bessent est simple sinon simplet  : nous ne voulons plus traiter la gouvernance monétaire comme une affaire neutre et technocratique.

La Fed est désormais une force politique, géopolitique et institutionnelle insérée dans monde global qui ne va pas vers l’unification mais au contraire vers les conflits et l’éclatement.

Il y a contradiction radicale absolue entre son statut et son rôle domestique et ses prétentions globales, il y a conflit radical sur sa légitimité et son adaptabilité.

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