Editorial. Pour réindustrialiser les USA non seulement Trump fait fausse route, mais il marche sur la tête.

Pour que les échanges commerciaux avec la Chine soient véritablement réciproques et non une simple forme de dépendance gérée, les États-Unis doivent fondamentalement se réinventer en tant que nation productrice, et non plus seulement consommatrice.

Note Je laisse de coté la question du volontarisme mais en fait elle est importante: est-ce que la volonté des dirigeants peut modifier ce qui semble être le cours de l’histoire? Les forces et la culture qui ont produit la désindustrialisation sont elles réversibles? Vous savez que mon opinion personnelle est ; non. La volonté des hommes est un discours sur un Réel qui leur échappe, ils courent derrière.

Les droits de douane sont des béquilles de court et moyen terme dont la fonction rationnelle -si tant est que la politique est rationnelle- est de fournir une protection temporaire, une protection temporaire le temps d’investir dans de nouveaux équipements et surtout de les mettre en rentabilité.

L’analogie avec la protection d’un enfant est complète: il constitue un investissement qui sollicite son entourage, il est en maturation. Il est encore faible et il faut l’éduquer et le protéger pendant ce temps. C’est le temps de la socialisation , d’ouverture sur le monde.

Pendant la période de maturation, il faut détourner des ressources de la consommation, les investissements coutent, pèsent sur le taux de plus value ou si vous préférez sur le taux de profitabilité. Mais pour que ce soit favorable au développement à long terme du pays ou de la famille il faut que plus tard le coût disparaisse, s’inverse et se transforme en contribution positive, pour un nouveau développement.

Ce que je veux souligner c’est que la démarche stupide qui consiste à consacrer des ressources pour investir sans accès à la rentabilité est pénalisante à long terme, elle est contreproductive, appauvrissante. A long terme en effet pour survivre dans un monde de compétition il faut pouvoir se passer de béquilles et atteindre la rentabilité moyenne, au moins.

La vraie concurrence à long terme porte sur les taux de profitabilité, pas sur les masses qui sont investies car si elles ne sont pas profitables alors elles correspondent à des gaspillages, à des destructions de ressources qui auraient pu être disponibles pour autre chose.

Il y a un lien étroit -mais invisible pour les masses et les politiciens- entre d’un coté les décisions d’investissement et les attentes en matière de profitabilité, la question du cout d’accès aux capitaux long est certes importante au moment de financer l’investissement mais après, c’est la question de la rentabilisation qui devient déterminante.

Des pays comme la France, socialistes dans le plus mauvais sens du terme, ont multiplié les Plans couteux. On ne les compte plus . Les élite ont toujours considéré, comme l’INSEE, l’ENA et les inspecteurs des finances, que la question était de financer les investissements, tous ces gens ont négligé la question de la rentabilité et c’est pour cela que la France est structurellement, radicalement en décadence. C’est une culture de déclin dirigé que celle qui consiste à se focaliser sur le financement et à en faire baisser le cout, elle conduit au gaspillage et à des investissements inadaptés. Se focaliser sur le financement et en abaisser le cout c’est mettre en place les conditions du gaspillage et du déclin. Tout ce qui est bon marché est gaspillé.

La question de la ré-industrilisation américaine doit être posée en ces termes, retour à l’épargne et investissement productif réellement rentable. Tout le reste est politique politicienne démagogique.

Actuellement, le déséquilibre commercial est dû au fait que les États-Unis ne produisent plus suffisamment pour répondre aux besoins, notamment dans les secteurs stratégiques nouvellement considérés .

Il est impossible d’avoir une relation commerciale équilibrée lorsqu’une partie exporte des semi-conducteurs, des véhicules électriques, des panneaux solaires, des terres rares et des machines industrielles, tandis que l’autre exporte de la dette, du soja et des abonnements Netflix.

Il ne s’agit pas d’une condamnation de l’innovation ou de la capacité entrepreneuriale des États-Unis, mais plutôt du constat que le système américain a quelque part bifurqué, manqué à sa mission.

Nous avons assisté à des décennies de démantèlement du tissu industriel, de financiarisation de l’économie et maintenant de spéculation boursière.

L’hypothèse selon laquelle le secteur des services pouvait à lui seul soutenir la compétitivité s’est avérée fausse . Tout doit être en proportion selon une certaine harmonie qui ne décrète pas, mais qui s’élabore par le jeu du marché, si celui ci n’est pas faussé par exemple par la politique monétaire et financière.

Les États-Unis ont privilégié la création de valeur actionnariale à court terme, délocalisé leur production pour optimiser leurs marges bénéficiaires et pour optimiser la profitabilité du capital investi. Ils bâti une économie axée sur des taux d’intérêt bas et des bulles spéculatives plutôt que sur la productivité et la résilience de leur chaîne d’approvisionnement.

Il s’agit là d’un retournement dialectique qui se formule comme suit: face à l’érosion de la profitabilité au cours des années 60 et 70 le système américain s’est bancarisé et puis financiarisé , il a remplacé l’épargne par la dette de plus en plus bon marché et ceci a eu pour conséquence de faire glisser la culture et les critères d’investissement vers la rentabilité financière plutot que vers la rentabilité productive. La création de valeur par l’inflation des cours de Bourse a remplacé la production de richesse. Ce qui devait être conséquence est devenu moteur, cause et critère.

Ceci s’est fait sans prise de conscience du fait que création de valeur et création de richesses réelles sont deux catégories, deux sphères distinctes avec des règles du jeu très différentes et souvent antagoniques.. Par exemple le rachat d’actions les buy-back qui sont purs gaspillages sont devenus le moyen privilégié de créer de la valeur actionnariale.

La finance qui était un moyen, une création serve, création qui devait être limitée, a pris son envol, elle a pris le dessus et son développement quantitatif a muté en qualitatif, elle est devenu la finalité. La partie a pris le pas sur le Tout, l’ombre a pris le contrôle du corps.

La Chine, materialiste, malgré tous ses défauts, a adopté l’approche inverse : subventionner l’industrie manufacturière, construire des infrastructures et miser sur le long terme sur la domination industrielle. La Chine a maintenu la finance en laisse.

Nous en voyons aujourd’hui les conséquences. La Chine marche sur les pieds, les Etats Unis marchent sur la tête.

Pour y remédier, les États-Unis doivent retourner aux sources, remettre le monde à l’endroit: investir dans leur population par l’éducation, réformer l’immigration et la formation professionnelle, ainsi que dans la production.

Ils doivent reconstruire les capacités de production nationales, en sécurisant les chaînes d’approvisionnement essentielles et en finançant la R&D dans les domaines où ils peuvent encore être leaders (comme l’IA, les biotechnologies, les énergies propres et l’aérospatiale). Ils doivent lutter contre la rentification qui bénéficent aux monopoles.

La rentification détourne les ressources en fonction de positions dominantes plus qu’en fonction des utilités. La rentification est antagonique de la réindustrialisation.

Cela implique deux choses, d’abord restaurer le coût du capital et cesser de produire du crédit bon marché, ensuite modifier les flux de capitaux par la fiscalité par exemple.

Il faut rétablir la discipline de la rareté des ressources, afin de forcer à leur optimisation.

Les Etats Unis ont besoin d’un système fiscal et réglementaire qui récompense la prise de risque productive et non pas seulement la spéculation financière à partir de la dette.

Il faut réduire les rachats d’actions et accroître les investissements dans les usines, les équipements et les infrastructures.

Mais au-delà de l’économie, il y a aussi un aspect géopolitique. Le commerce mutuel pose sur la question de savoir qui fixe les conditions du commerce mondial. Si les États-Unis souhaitent une relation véritablement équilibrée avec la Chine, ils doivent accepter que le leadership mondial ne se résume plus aujourd’hui à un contrôle unilatéral, ou à des rapports de forces mais à la gestion d’une interdépendance complexe qui se situe dans la durée.

Le véritable défi ne consiste donc pas à amener la Chine à jouer franc jeu, mais à élaborer les règles du franc jeu et à prouver que l’on est disposé à les respecter.

2 réflexions sur “Editorial. Pour réindustrialiser les USA non seulement Trump fait fausse route, mais il marche sur la tête.

  1. Bonjour,

    Auriez-vous écrit un ouvrage, qui développe vous pensées, suite a votre expérience, dans les divers domaines ou vous avez eu à interagir ?

    Qui retrace les éléments, historiques, politiques, économiques …etc… qui ont nourri votre intellect.

    Qui serais susceptible d’être lu, par des personnes novices, afin de partager votre expérience et vos analyses.

    Bonne journée.

    Cordialement.

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