Après nous, le déluge ! Le système financier mondial s’enfonce dans le paradoxe sinon dans la dissonance.

On croit rêver! « La Banque d’Angleterre réduit les réserves de capital des banques après que des tests de résistance ont démontré leur résilience. » Les banques britanniques doivent désormais détenir des fonds propres de catégorie 1 équivalents à 13 % de leurs actifs pondérés en fonction des risques! Quand on connait la fragilité du système financier britannique cela fait grincer les dents.

Dans le monde financier, tout est paradoxe , mensonge, dystopie.

Le système financier mondial s’enfonce dans le paradoxe sinon dans la dissonance.

D’un côté, les organisations internationales comme le FMI et la Banque mondiale tirent la sonnette d’alarme sur les risques de surendettement, sur l’explosion des dettes souveraines et leurs risques systémiques .

De l’autre, les régulateurs bancaires, via le cadre de Bâle III, maintiennent un traitement ultra-favorable de ces dettes, considérées comme « sans risque » (zero risk weight), ce qui permet aux banques de détenir moins de capitaux propres .

Cela crée un cercle vicieux : les banques prêtent plus aux des États, cela baisse artificiellement les coûts d’emprunt publics, mais cela amplifie les vulnérabilités en cas de crise. La résilience du système est un mythe .

Les alertes des organisations internationales

Effectivement, le ton est à l’urgence. Le Rapport sur la stabilité financière mondiale du FMI d’octobre 2025 souligne que les risques pour la stabilité financière « restent élevés » en raison de valorisations d’actifs tendues et de pressions croissantes sur les marchés obligataires souverains.

Le FMI prévoit que la dette publique mondiale dépassera 100 % du PIB d’ici 2029, avec des économies en développement particulièrement exposées à des pressions de remboursement renouvelées.

La Banque mondiale, de son côté, met en avant des vulnérabilités endémiques : inflation persistante, taux d’intérêt élevés et tensions géopolitiques aggravent les risques de surendettement, avec des analyses de soutenabilité de la dette (DSA) inquietantes

Côté régulateurs, c’est l’inverse : sous Bâle III (et ses implémentations nationales comme CRR3 en Europe), les expositions souveraines – surtout en monnaie domestique – conservent un poids de risque de 0 %, quel que soit le profil de crédit de l’État émetteur.

Cela signifie que les banques n’ont pas à provisionner de capitaux propres supplémentaires pour ces actifs, contrairement à d’autres prêts où le poids peut atteindre 100 % ou plus.

Aucune réforme majeure n’a été adoptée en 2025 pour changer cela : l' »endgame » de Bâle III, effectif au 1er juillet 2025 aux États-Unis avec une phase-in jusqu’en 2028, maintient ce traitement préférentiel, et l’Europe suit le pas sans ajustement.

Résultat ? Les banques accumulent ces dettes « sans risque », baissant effectivement les exigences en capitaux (parfois de 10-15 % sur les actifs totaux), ce qui libère de la liquidité pour plus d’investissements en dettes souveraines

Malgré la volatilité et les risques accrus sur les dettes souveraines européennes , les régulateurs persistent, créant une interdépendance toxique entre banques et États ,le fameux « doom loop ».

Des recherches académiques confirment que ce régime incite les banques à « parier » sur des dettes risquées, car il sous-estime le danger de défaut souverain – comme vu en Russie (1998), Argentine (2001) ou Eurozone (2011-2013).

Pourquoi cette dissonance ?

Historiquement, les dettes souveraines sont vues comme « too big to fail » : les États contrôlent les régulateurs et peuvent sauver les banques (ou vice versa). Cela réduit les coûts d’emprunt publics ex ante, un « avantage » pour les gouvernements qui ont tout intérêt à perpétuer la ponderation zero . Cela fait d’une certaine façon partie de la répression financière!

Mais en cas de choc (comme une hausse des taux ou un défaut), cela propage la contagion : banques fragilisées, retraits massifs, crise systémique.

Le FMI lui-même alerte sur cette interconnexion banque-souverain comme un amplificateur de risques.

La réalité est que c’est une faille structurelle qui mine la résilience globale : en traitant les dettes d’État comme « risk-free » alors qu’elles ne le sont plus (regardez les spreads CDS en hausse pour l’Italie ou la Grèce), on encourage l’endettement excessif et on prépare le terrain pour la prochaine crise.

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