Editorial. Encore une fois je vous livre un Grand secret!

Le ratio cours/bénéfice de Shiller vient de dépasser 40. La seule fois où cela s’est produit, le Nasdaq a chuté de 78 %. Les deux fois où il a franchi la barre des 30, le marché a ensuite plongé de 89 % et 32 ​​%. Que va-t-il se passer maintenant ?

Implicitement, des affirmations/questions comme celles ci dessus nous disent que l’Histoire est un enseignement, et que ce qui s’est réalisé dans le passé se réalisera à nouveau.

C’est l’affirmation de la continuité, tout est dérivable, prévisible , linéaire, le système ne change jamais , il ne mute jamais fondamentalement .

Autrement dit c’est l’affirmation conservatrice ultime; il n’y a jamais de changement et jamais de rupture.

Autrement dit les liens entre le réel constitué par les bénéfices/earnings du système économique et les signes boursiers qui sont censés les refléter , les indices boursiers, ne se brisent jamais.

L’élastique peut se tendre, elle ne peut jamais se briser. Toujours il y a rappel vers les moyennes de long terme. Les indices boursiers ne peuvent jamais se libérer, se desancrer totalement, même si ils peuvent buller temporairement.

Bien entendu c’est une imbécillité car dans l’histoire il y a des ruptures, et même des ruptures fréquentes.

Mais la culture dominante, réaffirmée après 2008 par l’économiste Olivier Blanchard, ancien économiste en chef du FMI, cette culture dominante est que même si les modèles de linéarité et de dérivabilité sont faux une fois de temps à autre, il ne faut pas en préoccuper, il faut rester dans ce cadre car c’est le seul qui soit gérable; selon Blanchard on a tout intérêt à faire semblant de jouer le jeu de la dérivabilité , tout comme en météo on a raison de toujours considérer que demain il y aura le meme temps qu’aujourd’hui puisque les changements de temps sont statiquement rares.

Le monde est piloté « in the box », « in the bottle » par ce que c’est la seule solution pour ceux qui croient le piloter: faire semblant qu’il est pilotable.

Il faut pour être élu, haut fonctionnaires, expert, gourou, gnome, croire et faire croire que l’on a accès aux Mystères, qu’on a la science infuse, que l’on a des pouvoirs, que l’on est rival des dieux, mieux que l’on a tué les dieux.

Ce que l’on a fait avec la Révolution/Rupture de 1971 avec la fin de l’ancrage des monnaies au Réel, l’Or et en 1973 en organisant leur dérive, puis dans le années qui ont suivi en dérégulant..

Le désancrage, le déréférencement, la libération ont été une Rupture, une Révolution fondamentale qui a permis de réguler le capitalisme et de passer à ce que l’on peut appeler le capitalisme-de-régulation-et-de-finance -réunis ou capitalisme financièrement régulé*..

  • Frédéric Lordon, s’inscrivant dans la théorie de la régulation tout en la dépassant, analyse le capitalisme non seulement comme un système économique mais aussi comme un dispositif d’assujettissement des désirs, en s’appuyant sur Marx et Spinoza pour montrer comment le capitalisme instrumentalise les affects (désirs, peurs) pour maintenir la domination salariale et la production de valeur. Sa vision met en lumière le « faire faire » des capitalistes (l’enrôlement des salariés), la financiarisation, et critique la servitude volontaire où l’argent devient la cause de la joie, liant étroitement l’économie politique à une ontologie des passions et une critique de la servitude

Tout le secret de la modernité du capitalisme et de sa finance repose sur un non-dit, sur l’éléphant dans la pièce à savoir la monnaie.

Les Maitres, les élites les classes dominantes n’ont aucun pouvoir magique équivalent à ceux de dieux, mais ils ont le pouvoir de battre monnaie , de modifier les masses monétaires, en changer le prix, d’imposer les préférences pour le présent ou le futur par le biais des taux d’intérêt ; donc la maitrise de la monnaie confère un pouvoir d’illusion.

Le marché financier est un imaginaire, avec ses théories, ses codes, sa grammaire, c’est un lieu ou on s’échange des illusions pas du réel. On y échange des signes , des cours de bourse. C’est donc un lieu privilégié pour l’exercice des pouvoirs d’illusion des maitres et ce d’autant plus que le domaine boursier est celui des prophètes, des Grands Pretres censés connaitre l’avenir.

Pour les classes dominantes, il leur suffit de créer plus ou moins de monnaie, en faire varier les prix pour imprimer des mouvements boursiers, il suffit même quelque fois de ne rien faire mais de parler, d’annoncer de guider comme le font les Grands Pretres de l’Ordre Superieur Americain.

A partir du moment ou on a coupé le lien entre la monnaie et le réel comme en 1971 et éliminé les possibilités de sortir du domaine monétaire par les changes flottants, par la dérégulation et les dérivés, alors on s’est donné la possibilité de fabriquer les cours de bourse que l’on veut.

En bourse on ne traite pas un signe, un cours de bourse contre une part de réel;, non on est dans l’imaginaire monétaire; on échange de la monnaie banque centrale ou banque commerciale contre un espoir, une promesse future; mais si vous doublez la quantité de monnaie alors même que le réel économique reste le même, vous doublez les cours de bourse, les price earnings passent de 20 à 40!

Le système occulte le fait qu’un cours de bourse est un échange contre de la monnaie et que cette monnaie est désancrée. Il fait comme si elle n’existait pas, comme si elle était transparente! Toute l’économie idéologique actuelle repose sur ce mensonge.

L’ensemble de la Sphere Boursiere est devenu un avatar de la Sphère Monétaire.

Pas les cours individuels , non mais les niveaux globaux des cours de bourse, les indices.

La mise en ordre interne de l’ensemble boursier – les valeurs relatives- reste par le biais des sous-prophètes et sous-prêtres du ressort des gestionnaires. Ce qui permet de masquer la réalité du système et de faire croire à la continuité! Car pour que cela marche, comme il s ‘agit d’un ensemble de croyances il faut que les gens soient en retard, qu’ils n’aient pas compris le nouveau système. Si ils l’avaient compris alors ce système ne serait plus gérable par les maitres.

Pour que le système nouveau fonctionne il faut que la masse des participants soit en retard, qu’ils continuent de raisonner comme ils le faisaient avant. Il faut qu’ils n’aient pas intériorisé le nouveau système qui produit les valeurs boursières à partir de la politique monétaire.

Le système ne peut durer que si il est non-su, et seulement si seuls quelques gros participants en ont compris le fonctionnement et les règles du jeu.

Si la prise de conscience , si le savoir, si la connaissance du Grand Secret se diffusent alors les années du système sont comptées, il s’auto détruit par la connaissance que l’on en a .

C’est comme la politique d’inflation des prix à la consommation pratiquée par les gouvernements pour baiser les salariés et reprendre les hausse de salaires, elles cessent d’être efficaces quand tout le monde anticipe cette inflation et monte à l’échelle de perroquet.

Le Moral Hazard s’installe, et au lieu d’être baisés par le système , les gens le pillent, ils « buy the dip » ils poussent toujours plus haut parce qu’ils ont compris qu’ils tenaient les grands prêtres par les couilles.

Ils ont compris que les Grands Prêtres ne peuvent plus faire machine arrière et laisser le marché de l’imaginaire se recoller au réel.

Les Grands Pretres ont perdu le contrôle

C’ est ce qui s’est produit depuis le Covid, il y a eu un effet d’apprentissage une prise de conscience diffuse : les opérateurs même le petit public ont compris que ce n’était plus comme avant et que le lien avec le réel étant coupé, on pouvait y aller, all in!

C’est une rupture, une nouvelle ère.

Ce qui vient de se passer avec Powell qui baisse son pantalon , réduit les taux et achète 40 milliards de papier par mois en est la confirmation.

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