Editorial. Kevin Warsh prétend que l’on peut raser gratis en changeant de barbier!

Résumé de ce long texte: Kevin Warsh prétend changer de régime monétaire, de pratiques de la Fed et de théories; on ne peut changer de régime sans détruire les valeurs et les structures qui ont été produites par le régime ancien; soit il changera de regime et il y aura instabilité avec des destructions colossales soit il renoncera à changer de regime et il se ralliera à la navigation à vue comme Powell .

Je pense qu’il est maintenant temps d’analyser le choix de Kevin Warsh à la tête de la Fed en termes dynamiques. En termes dynamiques, cela signifie, non pas le faire à partir de photos statiques de la personne/personnalité de Warsh, mais à partir de ses analyses et de les insérer dans le contexte de la situation présente de l’économie et des marchés.

En y réfléchissant longuement j’ai acquis trois convictions:

-1) la conviction que si Warsh a été choisi c’est parce qu’il s’est inscrit dans la vision de Trump et son désir de créer les conditions économiques réelles favorables à un résultat positif lors des élections de mi mandat. J’ai bien écrit les conditions économiques réelles ce qui implique plutot Main Street et la croissance, la maitrise des prix et la solution à la crise dite « d’affordabilité ». Trump joue la fin de sa vie sur ces élections: l’opprobre ou la consécration.

-2) la conviction que les marchés mondiaux ont pris en compte immédiatement en un seul jour cette dynamique introduite par le choix de Warsh. En clair les marchés ont d’un seul coup actualisé , rendus présentes, effectives , les conditions futures qu’ils ont prêté à Kevin Warsh. Ils ont fait comme si Warsh était déjà aux affaires et ils ont appliqué ce qu’ils savent de Warsh et de ses idées aux marchés de vendredi dernier .

Pour ce faire ils ont réagi je dirais algorithmiquement, à deux dimensions, sur des membres de phrases, sur des formules, sur des titres de journaux et non pas sur des analyses, sur des anticipations complexes à dimensions multiples; la réaction a été linéaire, stimulus/réponse.

C’est la conclusion à laquelle je suis parvenu ce week-end et je pense que c’est un bon fil conducteur.

Les marchés se sont brutalement mis à l’heure de Kevin Warsh et ce, sur la base de ce qu’ils savent , donc sur la base de ce qu’ils en savent à partir de ses déclarations de 2025 sur lesquelles je fais l’hypothèse raisonnable qu’elles étaient destinées à Trump et faites afin de s’inscrire dans la campagne de candidature de Warsh, candidature qui dure depuis très longtemps. En 2025 Warsh s’est construit un profil/une offre qui correspondait intégralement aux souhaits/à la demande de Trump.

On a réagi selon moi à ses propos de campagne de candidature lesquels étaient non pas de propos de gestion mais des propos promotionnels.

-3) la conviction que personne à ce stade n’a analysé la faisabilité des idées de Kevin Warsh , la cohérence de ses affirmations théoriques iconoclastes, le possible contenu concret de ses mises en pratique et surtout personne ne s’est posé la question de ce qui pourrait advenir, quelles forces seraient déclenchées par les changements de régime promus par Warsh et comment lui même y réagirait.

Voyons ce qu’affirme et promet Kevin Warsh.

Il promet une nouvelle Fed.  La « nouvelle Fed » promet d’être plus favorable au dollar américain et aux bons du Trésor ; légèrement plus favorable aux actions, mais moins à l’or et à l’argent.

Il promet que la nouvelle Fed sera plus indépendante du Congres mais plus coopérative avec le Trésor et le Budget.

Il recuse la loi de Philips qui prétend que plus le facteur travail est demandé et son prix augmente et donc plus les salaires montent créant ainsi l’inflation; donc il recuse la dialectique antagonique croissance/inflation.

Il croit, comme l’avait fait Greenspan, que les innovations et l’IA vont provoquer des booms de productivité qui vont hausser le potentiel de croissance et ainsi faire baisser le fameux taux d’intérêt neutre le fameux R*. Il vend la peau de l’ours que constitue la productivité future espérée et donc il va, selon lui, pouvoir faire baisser les taux fortement pour prendre en compte ce facteur productivité et cette disparition de la loi de Philips.

Son affirmation clef est la suivante: « une banque centrale dont les modèles d’inflation sont figés en 1978 ; dotée d’un système de gouvernance d’un autre âge ; incapable de percevoir le miracle de la productivité et interprétant la croissance économique comme inflationniste . » 

Et celle ci: C’est parce que  la Fed traverse une crise de crédibilité, que l’on constate une hausse des rendements à long terme à chaque baisse des taux directeurs. 

S’agissant de la politique monétaire proprement dite Kevin se dit opposé aux injections monétaires, au gonflement de la taille du bilan de la Fed.

Il a plaidé ( à juste raison ai-je expliqué à cette époque) en septembre 2009 pour que la Fed commence à mettre fin aux injections de liquidités exceptionnelles réalisées pendant la crise. Il répète régulièrement qu’il faut arrêter de soutenir les conditions financières et de stimuler la croissance des liquidités car ceci alimente les bulles spéculatives et entretient la fragilité systémique .

Il avait raison en 2009, il a tort maintenant.

Le monde serait bien différent aujourd’hui si la Réserve fédérale de Bernanke n’avait pas doublé le bilan de la Fed entre novembre 2010 et novembre 2014.

Le monde serait bien différent si la Fed de Yellen n’avait pas maintenu les taux d’intérêt à court terme sous la barre des 1 % jusqu’en 2017 et sous celle des 2 % dix ans après la crise.

Le monde serait bien different si Powell malgré toute sa bonne volonté n’avait pas été obligé de renoncer à ses bonnes intentions orthodoxes et n’avait pas été à Canossa lorsque les conditions financières se sont resserrées et qu’ il a mis un genou à terre devant les marchés.

On peut imaginer des banquiers centraux mondiaux qui ne soient pas prisonniers d’un effet de levier spéculatif historique et de bulles spéculatives et d’un stock de dettes astronomiques, mais hélas ce n’est pas le monde réel actuel, ce n’est pas celui dans lequel nous vivons!

Le monde dans lequel nous vivons est un monde post Bernanke , un monde fait d’une myriade de bulles ou tout est désajusté, toutes les structures ont été tordues pour s’adapter à l’inflationnisme des dettes et des liquidités; le « long » est financé avec le « court », l’ingénierie financière est reine, tout est en levier, le stock de dettes est colossal et rien n’est à son prix, en particulier le prix du risque! Le cout du risque est externalisé, transféré sur le bilan de la Fed par le biais de la croyance en son Put , c’est à dire la croyance en son intervention assurée en cas d’accident, la croyance en l’expansion de son bilan.

Kevin Warsh ne comprend pas que le maintien de conditions financières extrêmement souples et laxistes, le maintien d’un haut niveau de la mer des liquidités est le carburant du risk-on, ce risk-on qui produit le recours au levier, qui fait rouler la bicyclette. Il croit que l’appétit pour le risk peut être maintenu par les anticipations de succès de sa politique et le miracle, le mythe de la mine d’or de l’Intelligence Artificielle.

Le point budgétaire ci dessous est particulièrement décisif car c’est à mon avis le cœur du révisionnisme économique et financier de Kevin Warsh:

« Les autorités budgétaires doivent résister à la tentation d’augmenter continuellement les dépenses publiques pour compenser les insuffisances de la consommation et de l’investissement privés.»

Kevin Wash croit ou fait semblant de croire que le système américain peut se passer des dépenses publiques gigantesques, des déficits, de l’action permissive de la Fed et du marché financier bullaire; il croit finalement que le système américain n’est pas en crise existentielle, fondamentale, qu’il n’est pas au bout du cycle. Il n’a pas compris que le système américain c’est marche ou crève et que les dépenses publiques, les déficits sont nécessaires pour maintenir les profits, honorer les dettes , soutenir la bulle boursière.

Il partage l’illusion de l’équipe de Trump que sur le fond tout va bien et que tout ce qui a été fait avant, dans le passé, était un tissus d’erreurs aux quelles il était possible d’échapper!

Cette croyance Trumpiste est au coeur de toutes les actions: les USA vont bien ils sont résilients, exceptionnels, il suffit de défaire tout ce qui a été fait avant; le libre échange, les délocalisations, la mondialisation, la coopération, la financiarisation, la débauche monétaire, la primauté de la Bourse etc Bref il suffit de retirer tout ce qui est négatif et on jouira du positif!

Il ne comprend pas que le système américain est en crise, qu’il a buté sur ses limites, profondément désajusté, déséquilibré et que tous ceux qui l’ont précédé n’ont fait que le masquer par diverses politiques et subterfuges qui viennent à échéance maintenant.

C’est le fond du problème du Trumpisme; il ne comprend pas que dans le cadre d’une crise existentielle du système américain, le choix qui a été fait en 2008 de refuser l’assainissement de la pourriture, la destruction du capital productif inadapté et l’euthanasie des dettes non-recouvrables, ce choix dis-je a conduit à dévaler la pente; il a déterminé toute la suite des évènements, plus rien n’a été choisi, tout s’est enchainé. Tout est écrit, inscrit dans le passif des bilans.

Les choix de 2008 ont placé les Etats Unis dans un engrenage.

Nous sommes à la pierre angulaire de mon argumentaire celle qui soutient tout:

– la crise de 2008 était une crise existentielle, radicale, fondamentale

-elle n’a pas été diagnostiquée comme t-elle, en réalité c’était la fin d’une époque, la fin d ‘un cycle long du crédit et d’accumulation

-on l’a traitée comme une crise normale par la politique monétaire et les déficits budgétaires

-il n’y a pas eu de reprise spontanée, les « jeunes pousses » n’ont jamais pris racine, les mécanismes de croissance spontanée auto entretenue ne sont jamais réapparus

-il a fallu continuer les dopages monétaires en particulier non conventionnels et les déficits budgétaires

– l’écart entre la sphère financière et la sphère de l’économie productive réelle ne s’est pas résorbé par la croissance revenue, au contraire

-on n’a pas pu sortir de cette phase de dopage monétaire, financier et budgétaire, il n’y a pas eu d’Exit en 2010

-depuis 2010 on est dans un engrenage car si essayait d’ en sortir on devrait faire face à la crise que l’on a refusé en 2008 et 2010 mais cette fois au centuple car tous les déséquilibres se sont aggravés et l’écart entre la sphère financière et la sphère réelle est devenu un gouffre.

Le pari malhonnête de Kevin Warsh est que l’on peut retourner arrière comme si il n’y avait pas eu construction d’un univers bullaire fictif, il est que l’on peut refaire le pari de la croissance, baisser les taux pour anticiper le miracle de la productivité et faire en sorte que la fuite en avant de 2010 soit résorbée plus tard, dans plusieurs années grâce au Trésor que va libérer l’Intelligence Artificielle.

Volcker a réussi en son temps un changement de regime parce qu’il a accepté et imposé une période très très douloureuse, Kevin prétend que l’on peut changer de regime en s’exonérant de cette période de souffrance!

Kevin Warsh prétend que l’on peut raser gratis en changeant de barbier.

LA REACTION DES MARCHES

La réaction du marché à l’annonce de la nomination de Warsh a été brutale.

Les marchés anticipent qu’il plaidera pour une baisse des taux. Mais c’est sa politique en terme de taille du bilan et l’évolution des liquidités qui risque de susciter l’inquiétude à Wall Street.

Après avoir atteint 5 595 $ jeudi en séance, l’or au comptant a chuté de 452 dollars soit 8,5% vendredi enregistrant ainsi sa plus forte baisse intraday depuis le début des années 1980.

L’argent, quant à lui, a connu une baisse intraday record, contrastant fortement avec la relative stabilité de l’or.

Entre ses plus hauts de jeudi (121,65 $) et ses plus bas de vendredi (73,96 $), l’argent a dégringolé de 39 %, clôturant la séance en baisse de 30,50 $, soit 26,36 %.

On notera que  la baisse de 26 % du cours de l’argent le ramène à son niveau du 12 janvier,

La baisse de 9 % du cours de l’or le ramène quant à elle à son niveau du 22 janvier

La correction de vendredi n’a donc eu qu’un impact limité sur la tendance haussière.

Le platine a clôturé la séance de vendredi en baisse de 16,95 %, et le cuivre de 4,51 %. D’autres marchés ont également enregistré des fluctuations de grande ampleur.

Le risk-on a été vendu

Le secteur des semi-conducteurs a terminé la séance de vendredi en baisse de 4,6 % par rapport à ses plus hauts de jeudi (soit une baisse de 3,87 % sur l’ensemble de la séance).

Après avoir fluctué autour de 16 en début de séance jeudi, l’indice VIX (volatilité des actions) a atteint 18,5 en milieu de séance vendredi.

L’ETF iShares des marchés émergents (EEM) a chuté de 3 % par rapport à ses plus hauts de jeudi.

L’indice du dollar a progressé de 0,74 % vendredi

Les anticipations du marché concernant le taux des fonds fédéraux de fin d’année ont reculé de cinq points de base à 3,11 % (ce qui implique une baisse de 53 points de base).

Le S&P 500 a progressé de 0,3 %. Le secteur bancaire a bondi de 2,0 %. Le Nasdaq 100 a reculé de 0,2 %. Le secteur des semi-conducteurs a progressé de 0,5 % .

Le rendement des obligations du Trésor à dix ans a progressé d’un point de base à 4,24 % .

Le rendement des obligations à long terme a gagné cinq points de base à 4,87 %

Il y a le Kevin Warsh d’avant et le Kevin Warsh d’après!

Le Kevin Warsh ancien

Durant son mandat de gouverneur de la Réserve fédérale (2006-2011) il incarnait davantage le banquier central orthodoxe face à Bernanke. Son obsession pour l’inflation dans les mois précédant la crise de 2008 a été remarquée.

Cette focalisation de Warsh sur l’inflation était justifiée. Kevin Warsh a également été prudent vis-à-vis de l’assouplissement quantitatif (QE). Alors qu’il travaillait en étroite collaboration avec le président Bernanke à la mise en œuvre du plan de sauvetage de Wall Street en 2008, il a plaidé en septembre 2009 pour que la Fed commence à mettre fin aux injections de liquidités exceptionnelles réalisées pendant la crise.

En 2010, il s’est opposé à la décision de Bernanke de relancer le QE.

Extrait de « Le courage d’agir » de Ben Bernanke : « Kevin Warsh avait de sérieuses réserves… Il avait soutenu la première vague d’achats de titres, lancée en pleine crise. Maintenant que les marchés financiers fonctionnaient plus normalement, il estimait que la politique monétaire atteignait ses limites et que des achats supplémentaires risquaient d’entraîner des risques d’inflation et de menacer la stabilité financière… »

Warsh a publié à cette époque une tribune dans le Wall Street Journal:

« Le nouveau malaise et comment y mettre fin : compte tenu des problèmes de l’économie, les mesures de politique monétaire supplémentaires ne sauraient remplacer des politiques de croissance plus efficaces » :

« Les autorités budgétaires doivent résister à la tentation d’augmenter continuellement les dépenses publiques pour compenser les insuffisances de la consommation et de l’investissement privés. »

Les politiques favorables à la croissance comprennent une réforme du code des impôts afin de le simplifier, de le rendre plus transparent et plus propice à l’investissement à long terme. Ces politiques incluent également une véritable réforme de la réglementation pour que les entreprises, financières ou autres, connaissent les règles et puissent ainsi prospérer ou échouer. 

Le désendettement des ménages et des entreprises n’est pas une tendance à enrayer, mais une preuve de prudence qu’il convient de saluer. Des bilans d’entreprises plus importants et plus liquides, ainsi que des taux d’épargne personnelle plus élevés, constituent les réponses raisonnables et appropriées à la désépargne massive des pouvoirs publics et à l’imprévisibilité des politiques gouvernementales. La forte correction des marchés immobiliers, bien que douloureuse, jette les bases de la reprise, et ce, bien mieux que les innombrables programmes qui ont cherché à subventionner et à retarder l’inévitable réévaluation des prix.

La politique monétaire a également un rôle important à jouer. Cependant, la Réserve fédérale n’est pas un organisme de réparation pour les politiques budgétaires, commerciales ou réglementaires défaillantes. Compte tenu de nos difficultés, des mesures monétaires supplémentaires ne sauraient se substituer à des politiques de croissance plus énergiques. La Fed risque de perdre sa crédibilité durement acquise – et la politique monétaire de son influence considérable – si ses mesures sont trop ambitieuses ou insuffisantes.

La présence accrue de la Fed sur le marché des titres du Trésor à long terme présente des risques non négligeables qu’il convient de surveiller. Le prix attribué aux titres du Trésor – le taux sans risque – sert de base au calcul du prix de la quasi-totalité des actifs mondiaux. À mesure que le bilan de la Fed s’élargit, elle devient davantage un faiseur de prix qu’un preneur de prix sur le marché des titres du Trésor.

Une politique monétaire responsable dans le contexte actuel exige de prendre en compte non seulement la conjoncture macroéconomique à court terme, mais aussi les risques corollaires ayant des effets à long terme.

Le Kevin Warsh nouveau

Il reprend les délires de Greenspan avec le miracle ou mirage de l’Intelligence Artificielle .

Warsh déclare : « La Fed devrait réexaminer ses graves erreurs qui ont conduit à la forte inflation. Elle devrait abandonner le dogme selon lequel l’inflation est causée par une croissance économique trop forte et des salaires trop élevés. L’inflation est causée par des dépenses publiques excessives et une émission monétaire excessive. L’argent circule trop facilement à Wall Street, et le crédit est trop difficile d’accès pour les particuliers.

Le bilan hypertrophié de la Fed, conçu pour soutenir les plus grandes entreprises lors d’une crise révolue, peut être considérablement réduit. Ces fonds peuvent être réaffectés sous forme de taux d’intérêt plus bas afin de soutenir les ménages et les petites et moyennes entreprises. »

« La Réserve fédérale est une institution dont l’influence dépasse largement ses capacités. Une réforme fondamentale de la politique monétaire et réglementaire permettrait à tous les Américains de bénéficier des avantages de l’IA. L’économie serait plus forte. Le niveau de vie serait plus élevé. L’inflation baisserait davantage. Et la Fed aurait contribué à un nouvel âge d’or. »

Warsh, tient des discours directement écrits pour le Bureau Ovale, qu’importe si ils sont incohérents, révisionnistes et sans scrupules..

On se doit de mettre en doute ses motivations et son intégrité.

Warsh a offert au prix de contorsions intellectuelle ce que Trump demandait. Il est donc designé.

Voici le « changement de régime » à la Fed.

Ce changement de régime s’est manifesté sur les marchés financiers. Dans une semaine marquée par un fort désordre monétaire, l’instabilité de vendredi était inquiétante. On s’inquiète à juste titre de la contradiction qui existe entre sa politique de marche forcée vers des bas taux d’intérêt et ses positions concernant la taille du bilan de la Fed et les liquidités .

Le problème est le suivant : les prix sur les marchés financiers intègrent pleinement un assouplissement quantitatif illimité. L’attitude vis a vis du risque est pervertie , personne en les prend en compte car tout le monde suppose que c’est la Fed qui les prend et les prendra en charge.

Stabiliser le système américain et le mettre dans une position de croissance saine impliquerait une phase de désendettement spéculatif longue et profonde, cela exigerait des milliers de milliards de dollars d’assouplissement quantitatif ce à quoi Warsh répugne sinon s’oppose .

L’instabilité Trumpienne va s’accentuer, il y a trop d ‘inconnues et surtout trop de contradictions.

Face à cette instabilité, Warsh ouvrira-t-il les vannes monétaires assez rapidement pour éviter la mise en risk-off et les vaques de désendettement avant que la panique n’éclate.

C’est à mon avis la question qu’il convient de se poser.

EN PRIME

Quelques éléments supplémentaires

Matt Egan, de CNN « Comme vous l’avez certainement constaté, les cours de l’or et de l’argent ont connu des hausses historiques ces derniers temps. Je me demande quelle importance vous accordez à ces fluctuations et quel message vous en tirez ? »

Powell : « Il ne faut pas accorder trop d’importance aux messages macroéconomiques. On pourrait prétendre que nous perdons en crédibilité, mais ce n’est tout simplement pas le cas. Si l’on observe les anticipations d’inflation, notre crédibilité est parfaitement maintenue. Nous nous concentrons donc sur ces éléments et ne nous laissons pas perturber par les variations de prix de certains actifs, même si nous les surveillons de près, bien entendu. »

27 janvier – Bloomberg:

« L’appétit des investisseurs pour le risque est au plus haut depuis cinq ans, l’optimisme économique compensant l’incertitude géopolitique, selon Goldman Sachs… L’indicateur d’appétit pour le risque de la banque a atteint 1,09 la semaine dernière, son plus haut niveau depuis 2021. Il se situe dans le 98e percentile des relevés de cet indicateur, qui remonte à 1991, ont écrit les stratèges… « De tels niveaux d’appétit pour le risque sont rares », a déclaré l’équipe de Goldman, citant seulement six autres exemples de relevés supérieurs à 1,0. Toutefois, cela ne constitue pas nécessairement un signal d’alarme. « Les rendements des actions peuvent être soutenus par un contexte macroéconomique favorable », ont-ils affirmé. La plupart des composantes de l’indice Goldman témoignent d’une attitude positive face au risque… »

Cette période d’inflation et de surévaluation des marchés, la plus longue de toutes, a engendré un profond déséquilibre structurel.

29 janvier – Axios :

« Face à la crise imminente des emplois de début de carrière engendrée par l’IA et à la multiplication des outils permettant de gagner de l’argent rapidement sur son téléphone, la génération Z devient la génération américaine du « devenir riche vite ».

Le rêve américain ne se résume plus à des années de dur labeur récompensées par un logement et un emploi stable. Il s’agit désormais d’espérer un coup de chance après avoir pris des risques importants.

L’ascension de créateurs milliardaires comme MrBeast incite également les jeunes générations à tenter de bâtir une fortune en se constituant une large audience sur les réseaux sociaux… L’essor des applications mobiles pour les paris en ligne, les investissements et la création vidéo ces cinq dernières années a facilité l’accès des jeunes à des secteurs qui nécessitaient autrefois l’accès à un casino, à la salle des marchés de Wall Street ou à un studio.

Les paris en ligne explosent et ne se limitent plus aux paris sportifs… Les investissements via des applications comme Robinhood connaissent une forte croissance, les jeunes considérant la bourse comme une source de revenus supplémentaire, un pari qui s’est avéré payant dans le contexte de la hausse des marchés alimentée par l’IA…

Le métier d’influenceur est le plus en vogue. « C’est ce à quoi aspire la génération Z, plus de la moitié des membres de cette génération et des millennials interrogés déclarant qu’ils choisiraient une carrière dans les médias sociaux plutôt que toute autre profession… »

La situation monétaire va s’aggraver.

24 janvier, Associated Press :

« Bill Pulte, directeur du financement du logement fédéral sous la présidence de Donald Trump, a discrètement autorisé les organismes de prêt garantis par l’État à quasiment doubler un achat d’obligations de 200 milliards de dollars ordonné par Trump pour tenter de faire baisser les taux hypothécaires. Cette mesure pourrait engendrer un nouveau niveau de risque pour ces entreprises. Un courriel obtenu par l’Associated Press, envoyé par l’Agence fédérale de financement du logement aux hauts responsables de Fannie Mae et Freddie Mac, supprime les plafonds qui interdisaient à ces organismes de détenir chacun plus de 40 milliards de dollars d’obligations hypothécaires. Ce courriel, daté du 12 janvier, indique qu’avec effet immédiat, le nouveau montant d’obligations hypothécaires qu’ils pouvaient détenir dans leurs portefeuilles a été porté à 225 milliards de dollars chacun. »

Une réflexion sur “Editorial. Kevin Warsh prétend que l’on peut raser gratis en changeant de barbier!

  1. Warsh n’a pas compris que le dollar était moins désiré et il veut le rendre encore moins désirable en remettant de la dette sur le marché et en baissant les taux d’intérêt.

    La seule chose qui me vient à l’esprit c’est que sa politique revient à rechercher la quadrature du cercle.

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