Epstein et la pourriture civilisationnelle, un excellent Castelnau.

Dans un contexte d’accélération vertigineuse de l’Histoire, l’Occident multiplie les occasions qui illustrent les diagnostics que tous les observateurs sérieux sont contraints d’effectuer.

Ce fut d’abord, avec l’étincelle russe de février 2022 qui mit le feu à la plaine, imposant l’évidence de l’immense virage historique qui s’amorçait : celui de la fin de l’ère de la domination occidentale et de la globalisation comme forme moderne de cette domination. Nous avons dans un article précédent rappelé que nous avions, dès ce moment-là, pointé cette réalité. Il ne s’agissait pas du fruit une capacité d’analyse exceptionnelle, mais une telle position relevait simplement de l’évidence. Au-delà du constat des processus déclenchés par l’intervention russe, les événements imposaient de regarder le monde tel qu’il était. Et d’y voir le bond en avant de la Chine, l’émergence du Sud global, la puissance retrouvée de la Russie, les faiblesses occidentales, l’impéritie effarante de ses élites incapables de simplement comprendre ce qui se passait. Avec comme conséquences, un refus obstiné du réel, des erreurs sans nombre, des stratégies suicidaires, accompagnées de discours de propagande ineptes, le tout donnant le spectacle de l’impuissance et du ridicule. Toutes les prévisions de ceux qui en Occident gardaient la tête froide se sont réalisés. Dès le printemps 2022 la « victoire » de l’Ukraine contre la Russie, fut-elle totalement soutenue et financée par l’Occident et son bras armé de l’OTAN, était considéré comme impossible. Que l’économie russe qui se préparait aux sanctions depuis 2014 supporterait parfaitement le choc, que l’offensive ukrainienne de 2023 serait un échec sanglant, que la stratégie méthodique russe d’attrition de l’OTAN de son proxy ukrainien aboutirait inéluctablement à leur défaite.

L’Occident et son hégémon, confronté à la défaite

Celle-ci est consommée. Entre-temps, les États-Unis ont élu un président accompagné d’une équipe qui a au moins pris la mesure d’une partie du changement du monde. Et qui a par conséquent décidé d’essayer de s’y adapter, en conservant à l’Amérique sa place première dans le monde. Il fallait pour cela démontrer une puissance économique à base de protectionnisme et de réindustrialisation, une puissance militaire permettant de rester en partie le gendarme du monde, et imposer ses désirs en démontrant une force intacte. Le constat est dramatique. De l’Ukraine à la Chine en passant par le Yémen, le Venezuela et l’Iran, les États-Unis vont d’échecs en échecs militaires et diplomatiques. Impossible pour l’instant de se débarrasser du boulet ukrainien, capitulation commerciale devant la Chine, maintien du régime bolivarien à Caracas, et échec de la révolution de couleur à Téhéran. Les rodomontades bizarres autour du Groenland débouchant sur un piteux recul, celles concernant l’Iran qui semblent prendre le même chemin, les gesticulations internes dans un pays au bord de la guerre civile, tout cela témoigne non seulement d’une grande faiblesse, y compris militaire, mais donne à voir les symptômes de quelque chose qui commence à ressembler pour l’empire à une dislocation.

Nous avons qualifié ce moment « d’Empire romain devenu fou ». Sachant aussi aussi avec le néolibéralisme triomphant que cet empire était désormais totalement corrompu. Avec fonctionnement même de la démocratie américaine qui l‘est dans des proportions vertigineuses. Rejointe sur le podium par une Union Européenne, et l’indéboulonnable caricature germanique à sa tête. Accompagnée par la France dirigée par un psychopathe grotesque qui démembre méthodiquement le patrimoine national en gavant ses amis au passage. Et voilà maintenant qu’avec l’affaire Jeffrey Epstein agissant comme un révélateur, nous constatons que cet Occident impuissant et corrompu est également complètement dépravé.

Je n’ai pas grand-chose à dire sur cette affaire, ne m’étant guère passionné pour toute cette histoire. Malgré une conviction sur le caractère fantaisiste de l’information selon laquelle Epstein se serait suicidé. Tous les éléments semblaient attester d’une élimination même pas discrète. Une vision générale sur l’aspect sexuel de toutes ces aventures, où la dimension de proxénète de luxe du personnage m’apparaissait évidente dans un contexte de corruption généralisée.

Quant à l’aspect « service secret » ou le Mossad l’aurait instrumentalisé pour organiser massivement des « Kompromat », il me semblait plus obscur et peut-être jugeais-je inutile d’en passer par là pour me convaincre de l’influence du lobby israélien sur la politique américaine. Je trouvais plus convaincante l’analyse de Pascal Clérotte qui y voit « avant tout de la très grande criminalité financière. Entre haute finance, shadow banking, crime organisé, fraude fiscale, blanchiment d’argent, circuits offshore, corruption politique, élites mondiales, réseaux d’influence, services de renseignement, commerce d’armes, et la systématique connexion avec l’Etat d’Israël »

Cependant pour ce qui me concerne, la publication, promise depuis longtemps, de ces millions de documents a changé la donne et malgré le verrouillage indigne de la presse système française, le scandale éclate enfin dans toute son ampleur. Celui du spectacle d’une dépravation généralisée des élites occidentales. Quelques pitoyables domestiques s’essaient bien à la diversion avec leurs slogans habituels « Antisémites ! Complotistes ! Conspirationnistes ! Célérus, célérus,célérus », mais c’est peine perdue, l’incendie commence à s’étendre à toute la plaine. À la française en particulier.

Le propos n’est pas ici de fournir informations, révélations, analyses, jugements sur cette affaire, on laissera ce soin à d’autres. Mais simplement, avec ce qui ressemble à un voile que l’on déchire, de faire le constat d’un état de pourriture.

L’Occident, Empire défait, impuissant et corrompu, est également complètement dépravé

Parce que ce que scandale donne à voir, c’est la profonde gangrène de tout un système. Celui où les élites incompétentes et corrompues, non seulement se permettaient tout, donnaient libre cours à leur cupidité, leur cynisme, leur absence de morale, leur nihilisme.

Mais ça, on le savait.

Et voilà qu’on réalise qu’ils ont également basculé dans des comportements qui ont aboli les limites de la décence à base de luxe effréné, de consommation massive de stupéfiants, de sexualité débridée, de proxénétisme, et le pire de prostitution enfantine (!!!).

Soyons clair, l’orientation sexuelle relève de la vie privée, de la même façon que les pratiques entre adultes consentants. Mais il ne s’agit absolument pas de ça. Et avec cette publication massive et les polémiques qui l’accompagnent, avec les révélations de ces connivences parfois écœurantes, on réactive des souvenirs, on change de regard sur certains événements, et alors on renonce à la naïveté, à l’ingénuité on renoue les fils et tout s’éclaire.

C’est l’impunité accordée à un être tel que Pierre Bergé. Alors qu’on savait tout. Mais comme il était riche et finançait la fausse gauche avec l’argent de son compagnon mort, toute la caste s’est répandue, Nicolas Sarkozy en tête, en lamentations horriblement hypocrites.

Ce sont les conditions de la mort du très corrompu Richard Descoings destructeur de Sciences-po. Bénéficiaire de la part des mêmes déplorations de la part des mêmes.

C’est la sinistre affaire Duhamel-Kouchner prestement remisée sous le tapis, la complaisance vis-à-vis de l’imposteur Cohn-Bendit, c’est le député qui propose de la cocaïne à son fils, un autre qui se fournit auprès d’un client de 14 ans (!), sans aucune espèce de conséquence pour les deux délinquants.

C’est l’impunité d’un Jack Lang alors que l’on sait tout. C’est la complaisance protectrice de Saint-Germain-des-Prés pour des dévoyés sexuels sous prétexte qu’ils seraient écrivains. C’est ce ministre de la culture qui revendique son gout pour les prostituées asiatiques mineurs et raconte complaisamment dans des livres son tourisme sexuel dans les pays pauvres.

Ce sont même les amis politiques de Bruno Retailleau qui maintenant meurent dans les chemsex. Ou le sénateur poursuivi pour tentative de viol qui reconnaît un trafic de drogue que l’on nous dit massif dans les assemblées.

On s’arrêtera ici car l’on pourrait dérouler une litanie qui serait interminable mais qui est en fait le révélateur d’un véritable effondrement moral. Les faits qu’elle décrirait, pris isolément, sont vieux comme le monde, mais au moins Gilles de Rais finira pendu et brûlé.

Aujourd’hui le phénomène semble généralisé y compris dans les pires excès, comme le montre l’affaire Epstein. Il n’y a semble-t-il manifestement plus aucune limite, avec l’ensemble du système désormais gangrené. Et bénéficiant d’une garantie d’impunité.

Le ministère de la justice des États-Unis a confirmé que malgré toutes les révélations qu’impliquent cette publication il n’y aurait aucune autre poursuite judiciaire dans cette affaire. On se doute bien que la justice française fera de même. Jack Lang qui « assume » et sa fille qui profitera ce qu’Epstein légué peuvent dormir tranquille.

Comme je l’ai déjà indiqué, pour la chute de l’Empire romain je me réfère souvent à l’œuvre d’Edward Gibbon, le fameux « Decline and fall ». Pour décrire la dépravation romaine, Gibbon soucieux d’épargner les chastes lecteurs avait trouvé une astuce. Celle-ci consistait à rédiger en latin les passages relatifs à la vie privée des acteurs, et en grec lorsqu’il fallait aborder les parties sexuelles parfois débridées de leurs activités dans un empire en décomposition.

Aujourd’hui, inutile d’apprendre le latin et le grec, tout est sur la table.

2 réflexions sur “Epstein et la pourriture civilisationnelle, un excellent Castelnau.

  1. Il me parait évident depuis longtemps que la crise occidentale, dans toutes ses dimensions (économique, financière, démographique, intellectuelle, etc…) a pour cause première et même exclusive la crise spirituelle, c’est-à-dire l’effondrement de la foi catholique. Un grand écrivain russe a tout dit à ce sujet : « Si Dieu n’existe pas, alors tout est permis. »

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  2. C’est du bon Castelnau mais au delà de la dépravation des élites ce sont leurs plans et leurs visions du monde qui sont intéressantes dans ces révélations.

    Quant à l’antisémitisme évoqué par Castelnau il ne fonctionne plus tant il ressort du racisme à l’égard de l’humanité toute entière dans les pièces révélées.

    Le mainstream ne sait plus comment traiter cette affaire.

    On va bientôt nous dire que le dossier Epstein c’est le protocole des sages de Sion version 2.0.

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