Lettre ouverte à un jeune technocrate ou Lettre ouverte à un esprit fermé est un ouvrage satirique publié en 1968 par Georges Elgozy

Lettre ouverte à un jeune technocrate (ou Lettre ouverte à un esprit fermé) est un ouvrage satirique publié en 1968 par Georges Elgozy chez Albin Michel (162 pages).

C’est l’une de ses œuvres les plus mordantes contre la technocratie française naissante, l’élite administrative issue de l’ENA, et le mandarinat bureaucratique qui, selon lui, remplace l’ancienne aristocratie par une nouvelle caste d' »esprits fermés » formés à l’obéissance technique et à l’auto-satisfaction.

Le livre n’est pas un essai académique, mais une lettre fictive ironique adressée à un « jeune technocrate » en herbe, avec un ton pamphlétaire, plein d’humour et de formules assassines.

Elgozy y dénonce la technocratie comme une voie royale vers le pouvoir sans mérite réel, où le diplôme et la conformité remplacent la compétence et l’indépendance d’esprit.

Ouverture emblématique, extrait le plus célèbre:

C’est le passage qui sert d’accroche au livre et qui résume parfaitement l’esprit

« Jeunes gens qui hésitez sur le choix d’une carrière, entrez en technocratie ! Tout le reste vous sera donné de surcroît. Tout le reste : standing et respectabilité, comportement et environnement, foi et philosophie, goûts et dégoûts. A quoi s’ajoutera la morale par-dessus le marché ; car bientôt, vous ne badinerez plus avec la morale.

Profitez-en, avant de glacer vos cols, de figer vos sourires, d’empeser vos attitudes. O, grandissants dadais : en ces temps de dirigisme grandissant votre ambition doit aller grandissante. Ne balançons pas : il y va du salut de la France, de l’Europe, de l’humanité. Et incidemment, du vôtre. N’ayons pas peur des mots… »

Ce paragraphe illustre le sarcasme : la technocratie promet tout (statut, argent, pouvoir) en échange d’une conformité absolue et d’un renoncement à l’esprit critique.

Thèmes principaux; vous retrouverez mon appellation d’ENANISTES pour ces gens:

  • Critique de l’ENA et des « Enanistes » : Elgozy parle explicitement des « Enanistes » (jeu de mots avec énarques + onanistes, pour souligner l’auto-complaisance). Il voit l’ENA comme une usine à produire des « technocrates robotisés » au service du grand capital, loin de l’idéal d’un haut fonctionnaire indépendant et attaché à la nation.
  • La technocratie comme nouvelle aristocratie : Les technocrates croient dominer le monde par la rationalité, mais ils sont en réalité prisonniers de leurs schémas et de leur fermeture d’esprit.
  • Autres formules percutantes :
    • « Le technocrate est un produit national raffiné qui croit que le bonheur de ses concitoyens dépend de la perfection de ses plans quinquennaux. »
    • « À l’autorité sans compétence, les Français préfèrent la compétence sans autorité. »
    • La technocratie produit des « diplominets et parcheminets » qui croient tout savoir parce qu’ils ont passé des concours.

Le livre est court, incisif, et reste d’actualité pour beaucoup (critiques récurrentes de l’ENA, des cabinets ministériels, etc.). Il a été réédité en numérique (FeniXX / Éditions Albin Michel) et est disponible en e-book sur des plateformes comme Amazon, Fnac ou Eyrolles.

Ces aphorismes, tirés de L’Esprit des mots ou l’antidictionnaire, visent souvent les hauts fonctionnaires et technocrates issus de formations comme l’ENA :

  • « Intérêt général : intérêt qui coïncide avec celui de la technocratie. »
  • « Ministre : gouvernant qui croit pouvoir utiliser les technocrates, comme le marin, les vents ; quelles que soient leur direction ou leur force. De là vient qu’il louvoie ou qu’il échoue plus souvent qu’il n’arrive à bon port. »
  • « Réforme administrative : substitution d’un formulaire nouveau à un ancien – aussi inapplicable – mais un peu plus abscons. »
  • « Routine administrative : L’imagination est la folle du logis ; ce n’est pas celle du bureau. Par chance ;! Que deviendraient les administrateurs, si les bureaucrates prenaient, de temps à autre, quelque initiative ? »
  • « Les plus hautes vertus, comme les plus hauts fonctionnaires, inspirent le respect aussi longtemps qu’ils demeurent inaccessibles. »
  • « Élite : Succédané de l’aristocratie en régime démocratique. »

Elgozy a laissé une abondante refelxion sur les « enanistes » en dehors de ce contexte satirique, il cible clairement l’élite administrative française formée par l’ENA.

Il animait une sorte de salon, comme dans les temps anciens, auquel j’ai eu le l’honneur de participer, c’était un homme remarquable. Humoriste ,, conseiller auprès du Premier ministre Michel Debré et au cabinet d’André Malraux

Daniel Foubert 

Sciences Po et l’ENA ont détruit l’élite française en produisant une caste de mandarins arrogants, méprisants et qui se prennent pour des dieux parce qu’ils ont appris un programme totalement théorique et inutile qui les a déconnectés du monde réel. Ils ont remplacé l’autorité naturelle, fondée sur l’expérience, le risque assumé et la responsabilité concrète, par une légitimité administrative auto-proclamée. La réussite à un concours vaudrait brevet d’infaillibilité. Ils ne gouvernent pas un pays vivant, ils gèrent un organigramme. Ils raisonnent en schémas abstraits, en matrices, en doctrines.

Pendant ce temps, l’économie réelle, l’industrie, les territoires, les classes moyennes avancent sans eux ou malgré eux. Leur agressivité est froide, institutionnelle.

Elle ne débat pas : elle classe et elle disqualifie.

Celui qui conteste est immédiatement rangé dans la catégorie des ignorants, des populistes, des incompétents.

Le désaccord n’est jamais une divergence légitime ; c’est une déviance intellectuelle. Cette posture n’est pas accidentelle. Elle découle d’un entre-soi structuré, où l’on se co-opte, où l’on se reconnaît aux mêmes références, aux mêmes codes, aux mêmes carrières tracées à l’avance.

Ils n’ont pourtant jamais été investis d’une souveraineté populaire. Leur pouvoir ne vient pas d’un mandat direct.

Il vient d’une filière.

Ils occupent les cabinets, rédigent les lois, conçoivent les réformes, dirigent les grandes administrations, puis passent vers les autorités indépendantes ou les grandes entreprises publiques, avant de revenir au sommet de l’État.

Ce mouvement circulaire crée une impression de compétence universelle. En réalité, il produit une uniformité intellectuelle et une incapacité à admettre l’erreur.

Leurs décisions engagent des millions de personnes sans qu’eux-mêmes ne supportent jamais les conséquences personnelles de leurs choix. L’entrepreneur qui échoue disparaît. L’élu battu quitte la scène. Le haut fonctionnaire se redéploie.

L’échec ne le sanctionne pas ; il l’accompagne vers une autre fonction.

Le plus grave est sans doute la rupture avec le réel.

À force de vivre dans des cabinets, des commissions, des réunions interministérielles, ils finissent par croire que la société se réduit aux textes qu’ils produisent. Ils conçoivent des réformes comme des exercices intellectuels. Ils modélisent des comportements humains comme des variables administratives. Ils pilotent une nation comme un dossier.

Cette abstraction permanente nourrit un mépris diffus pour ceux qui travaillent dans l’incertitude, qui prennent des risques, qui créent, qui produisent.

Ainsi s’est constituée une élite sans enracinement, persuadée que sa formation la place au-dessus du commun, et qui répond à la critique par la condescendance ou la disqualification.

Une élite qui parle au nom de l’intérêt général tout en refusant d’être jugée selon les critères du réel.

Réussir à un concours pour devenir un connard fini. Belle réussite.

Une réflexion sur “Lettre ouverte à un jeune technocrate ou Lettre ouverte à un esprit fermé est un ouvrage satirique publié en 1968 par Georges Elgozy

  1. Les esprits fermés, sortes de fanatiques religieux, sont… fermés. Aucun livre, aucun argument, aucune discussion ne les fera changer. Face à cette espèce non reprogrammable, la nature à appliqué, de tous temps un remède: L’extinction de masse, l’éradication. D’ailleurs, ils pensent et appliquent la même chose aux autres, mais avec bonne conscience eux.

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