Flavio Marin :
« BLOCUS DU DÉTROIT D’HORMUZ : POURQUOI LA CHINE NE SE LAISSERA PAS CONTRAINTE »
La fermeture du détroit d’Ormuz est le scénario que les stratèges occidentaux évoquent le plus souvent pour évaluer la vulnérabilité énergétique de la Chine. Les données démontrent le contraire. La Chine est préparée. Pas partiellement. Pas théoriquement. Opérationnellement préparée, dès maintenant, à tous les niveaux essentiels.
▌ RÉSERVES
La Chine détient 1,18 milliard de barils de pétrole brut dans ses réserves terrestres – un niveau record – auxquels s’ajoutent cinq installations souterraines de réserve stratégique de pétrole. Face à une perte d’approvisionnement du seul détroit d’Ormuz d’environ 5 000 barils par jour, cela représente 236 jours de couverture. Un délai suffisant pour mettre en œuvre une réponse industrielle complète, avec plusieurs mois d’avance.
▌ TRANSFORMATION DU CHARBON EN LIQUIDES : LE FER DE MAINTIEN STRATÉGIQUE
La Chine exploite le plus grand complexe de liquéfaction du charbon au monde : l’usine de Shenhua Ningxia, d’une capacité de 100 000 barils par jour de carburant synthétique Fischer-Tropsch. Construite en 39 mois, elle est équipée à 98,5 % de matériel national, sans recours à des sous-traitants étrangers ni à des gazéificateurs importés. La capacité totale de liquéfaction du charbon actuellement en construction ou en service est d’environ 240 000 barils par jour, et devrait atteindre 360 000 à 580 000 barils par jour d’ici 2030. En vertu d’un décret d’urgence national, cinq usines de la taille de celle de Ningxia pourraient être construites simultanément en 3 à 4 ans.
▌ L’INFRASTRUCTURE EST DÉJÀ EN PLACE
La ligne ferroviaire Haoji, la plus longue ligne de transport de charbon au monde, reliant la Mongolie-Intérieure au bassin du Yangtsé, fonctionne à 10 % de sa capacité nominale de 200 Mt/an. Le Yangtsé fournit une quantité d’eau quasi illimitée pour les procédés industriels. Le barrage des Trois Gorges fonctionne à charge partielle, sa production de plusieurs gigawatts étant disponible à la demande. La ligne UHVDC Changji-Guquan transporte 12 GW d’électricité du Xinjiang vers l’est sur 3 324 km ; elle est déjà construite et opérationnelle.
▌ LA DEMANDE EST DE TOUTE FAÇON EN BAISSE
Le parc de véhicules électriques chinois permet d’économiser environ 600 000 barils de carburant liquide par jour chaque année, et cette croissance s’accélère. Le manque à gagner que la fermeture du détroit d’Ormuz engendrerait se comble naturellement, avant même qu’une mesure d’urgence ne soit nécessaire.
▌ LE VERDICT
Chaque contrainte physique — eau, transport du charbon, gamme de produits, isolement géographique des réserves — trouve une solution au regard des réalités des infrastructures chinoises. Le système d’Ormuz, en tant que mécanisme de contrainte pour la Chine, est désormais structurellement neutralisé.
Ils sont prêts.