Les blocages de prix sont l’avenir de nos systèmes avec leurs conséquences: les rationnements et marchés noirs.

Jean-Luc Mélenchon

La Grèce devient le troisième pays européen après la Croatie et la Hongrie à bloquer les prix des carburants. Pendant ce temps, la priorité du gouvernement macroniste en France, c’est de protéger les marges de Total en laissant les prix augmenter et la spéculation sur les stocks







Nos systèmes sont articulés autour de l’inflationnisme , de la production de monnaie et de crédit . bref ils sont sous la necessité de créer toujours plus de dettes.

La consequence incontournable est qu’un jour ou l’autre face à cet inflationnisme il y a des chocs d’offre , soit globaux soit sectoriels; la seule solution pour les politiciens tous demagos est alors les blocages de prix et si il le faut les blocages de revenus et salaires.

C’est inéluctable, à l’échelle de l’Histoire bien sur.

Les contrôles de prix de Nixon en 1971-1974 : une leçon d’histoire qui résonne aujourd’hui avec la flambée du pétrole

En août 1971, le président Richard Nixon a pris une décision historique : il a mis fin au système de Bretton Woods et à la convertibilité du dollar en or, marquant la fin de l’étalon-or.

Dans le même discours, il a annoncé un gel des prix et des salaires pendant 90 jours. Les entreprises n’avaient plus le droit d’augmenter les salaires ni les prix.

Cette mesure, baptisée « phase 1 » des contrôles de prix, a été extrêmement populaire : 75 % des Américains l’ont approuvée.

Nixon cherchait à faire baisser l’inflation avant l’élection présidentielle de 1972, et pendant un temps, cela a fonctionné.

Mais sous la surface, les distorsions s’accumulaient. Le « main invisible » du marché, chère à Adam Smith, était perturbée par une intervention étatique lourde.

Phase 2 : l’État fixe les prix

À partir de fin 1971 et jusqu’en 1973, les entreprises devaient obtenir l’autorisation de commissions gouvernementales pour augmenter leurs prix ou salaires.

Rapidement, des pénuries sont apparues.

Les éleveurs, refusant de vendre leur bœuf à perte, ont gardé leur bétail ; la viande est devenue rare.

Les entreprises ont contourné les règles en modifiant légèrement leurs produits pour les présenter comme « nouveaux » et justifier des hausses de prix.La qualité s’est dégradée : on a vu apparaître plus d’huiles de soja ou d’autres graines à la place du beurre, par exemple.

Les services ont également souffert.

Fin 1973, face à l’inefficacité flagrante, les contrôles ont été assouplis.

Le choc pétrolier de 1973 et l’aggravation des pénuries

La situation s’est aggravée avec l’embargo arabe sur le pétrole en 1973.

Les prix du brut ont explosé, mais les contrôles de prix américains empêchaient les vendeurs d’essence d’ajuster leurs tarifs.

Résultat : rationnement, files d’attente interminables aux pompes, et gaspillages. Une fois les contrôles levés, les prix ont bondi violemment, car la production avait été découragée pendant des années.

Comme le dit le simple bon sens: : « le remède aux prix élevés, ce sont les prix élevés ». Et j’ajoute que le remède aux prix bas, ce sont les prix abs.

Les hausses incitent à consommer moins et à produire plus.

Les bloquer artificiellement finit par créer des catastrophes.

Et aujourd’hui, en 2026 ?Le contexte actuel rappelle étrangement les années 1970.

Avec le conflit au Moyen-Orient , les prix du pétrole ont grimpé fortement, provoquant des craintes d’inflation généralisée (engrais, plastiques, produits pétrochimiques, etc.). Pour sauver le marché boursier on s’est orienté vers à une forme de manipulation gouvernementale des prix.

Aujourd’hui, face à une potentielle crise pétrolière , la voie la plus durable reste celle du marché libre : laisser les prix élevés encourager l’innovation, la production et les économies d’énergie.

Comme lors des chocs pétroliers passés, l’intervention risque de transformer un problème temporaire en catastrophe durable : les prix élevés sont douloureux, mais ils sont le meilleur signal pour corriger les déséquilibres. Les ignorer ou les bloquer ne fait que reporter – et amplifier – la facture

LA FRANCE A UNE LONGUE TRADITIOND DE BLOCAGE DES PRIX DE TOUT !

La France a une très longue tradition de contrôle et de blocage des prix, qui remonte bien au-delà de la Seconde Guerre mondiale, mais qui s’est particulièrement institutionnalisée à partir de 1939-1940 et a perduré pendant des décennies après 1945.

Une tradition interventionniste ancrée depuis les années 1930-1940

  • Dès 1936 (Front populaire), puis surtout avec la guerre : décret de septembre 1939 bloquant les prix au niveau du 1er septembre 1939.
  • Sous Vichy (1940) : instauration d’une « Charte des prix » et renforcement du blocage (loi du 21 octobre 1940 créant le Comité central des prix).
  • Après la Libération (1944-1945) : l’ordonnance n° 45-1483 du 30 juin 1945 maintient et codifie le système de contrôle des prix.
  • La France vit sous un régime de prix administrés pour de nombreux biens et services (industriels, agricoles, énergie, transports…).
  • Pendant les Trente Glorieuses (1945-1973) : le contrôle reste la norme. On alterne blocages temporaires, encadrement, contrats de programme ou politique des prix (ex. : blocages fréquents dans les années 1950, malgré l’opposition du patronat et des syndicats). L’État fixe ou négocie une grande partie des prix pour lutter contre l’inflation, protéger le pouvoir d’achat ou soutenir certains secteurs.
  • Ce dirigisme des prix est perçu comme un outil structurel de la politique économique française, hérité de l’économie de guerre et de la reconstruction.

Raymond Barre (1976-1981) a imposé un tournant, mais pas la fin définitive.

Raymond Barre, nommé Premier ministre par Valéry Giscard d’Estaing en août 1976 (et ministre de l’Économie jusqu’en 1978), est souvent crédité d’avoir initié la libéralisation progressive des prix, mais si la suppression totale n’interviendra qu’en 1986.

  • Septembre 1976 : dans le cadre du « Plan Barre » (premier plan d’austérité post-choc pétrolier), il instaure un gel des prix et des salaires pendant trois mois (mesure classique pour freiner l’inflation galopante ~10-12 %). Il augmente les impôts, les tarifs publics, etc. Paradoxalement, il commence par un blocage temporaire.
  • À partir de 1978 (après les législatives de mars 1978) : deuxième phase du plan Barre → libération progressive des prix industriels et de nombreux services. Barre amorce la sortie du dirigisme inflationniste : il considère que le contrôle permanent des prix fausse la concurrence, décourage l’investissement et entretient l’inflation structurelle. Il veut rétablir les mécanismes de marché tout en maintenant une politique anti-inflation rigoureuse (stabilité monétaire, équilibre budgétaire).
  • Barre n’abandonne pas totalement les contrôles d’un coup : certains secteurs sensibles (énergie, transports, produits de base) restent encadrés plus longtemps. Mais il pose les bases intellectuelles et politiques d’une économie plus concurrentielle.

La véritable fin : 1er décembre 1986

C’est sous le gouvernement Chirac (cohabitation avec Mitterrand) et avec Édouard Balladur (ministre des Finances) que l’ordonnance du 1er décembre 1986 abroge définitivement l’ordonnance de 1945 et proclame : « Les prix des biens, produits et services sont librement déterminés par le jeu de la concurrence. »

Raymond Barre a donc été un pionnier essentiel de cette libéralisation : il a rompu avec des décennies de dirigisme en lançant le processus en 1978, malgré une inflation encore élevée.

Mais la France n’a jamais vraiment abandonné complètement ce système même, sous une droite plus libérale.

Une réflexion sur “Les blocages de prix sont l’avenir de nos systèmes avec leurs conséquences: les rationnements et marchés noirs.

  1. Nous sommes déjà dedans de manière plus ou moins subreptice si l’on considère que dans notre système le père de tous les prix est le taux d’intérêt.

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