Brian Berletic: le «cessez-le-feu» de deux semaines proposé par les États-Unis à l’Iran n’est qu’un nouveau piège, c’est une manœuvre tactique

L’analyse de Brian Berletic : le « cessez-le-feu » de deux semaines proposé par les États-Unis à l’Iran n’est qu’un nouveau piège

Dans une vidéo publiée le 8 avril 2026 sur sa chaîne The New Atlas, Brian Berletic, ancien Marine américain et analyste géopolitique spécialisé dans l’Eurasie, démonte sans concession la proposition de cessez-le-feu de deux semaines avancée par l’administration Trump entre les États-Unis, Israël et l’Iran.

Selon lui, ce n’est pas une ouverture diplomatique sincère, mais une manœuvre classique destinée à donner aux États-Unis le temps de se repositionner militairement tout en maintenant leur stratégie de longue date visant à affaiblir l’Iran et, plus largement, le camp multipolaire.

Le 8 avril 2026, les médias occidentaux (BBC, New York Times) relayent l’annonce d’un possible cessez-le-feu conditionnel.

Washington et Tel-Aviv exigeraient d’Iran qu’il cesse ses attaques de missiles dans la région, rouvre le détroit d’Ormuz .

En échange, l’Iran obtiendrait une « garantie » de non-agression pendant deux semaines, la fin des frappes israéliennes contre le Hezbollah et la levée de certaines sanctions.

Téhéran, selon des sources iraniennes citées, accepterait de financer sa reconstruction via des droits de passage sur Ormuz plutôt que d’exiger une compensation directe des dommages causés par les attaques américano-israéliennes.

Pour Brian Berletic, ces concessions iraniennes – déjà revues à la baisse par rapport à des propositions antérieures incluant des réparations – révèlent surtout la faiblesse relative de l’Iran face à la projection de puissance américaine.

Téhéran ne peut pas détruire la capacité militaire des États-Unis dans la région ; il peut seulement compliquer leurs opérations et augmenter leur coût.

Pourquoi ce cessez-le-feu est un piège? Selon Berletic les États-Unis n’ont jamais honoré durablement d’accords de ce type lorsqu’ils servaient leurs intérêts stratégiques. Il cite les cessez-le-feu répétés violés par Israël au Liban ou à Gaza, malgré des annonces officielles. Pour lui, les deux semaines offertes ne sont qu’une fenêtre permettant à Washington de :

  • Repositionner et réarmer ses forces dans la région ;
  • Réorganiser ses chaînes logistiques et ses alliés locaux ;
  • Préparer la prochaine phase d’agression, comme cela s’est déjà produit à la fin des hostilités de 2025.

Berletic insiste : l’Iran peut relancer ses opérations militaires à tout moment (missiles, blocage du détroit), mais les États-Unis, eux, utilisent ces pauses pour reconstituer leur supériorité.

Il compare explicitement cette tactique à celle observée en Ukraine, où les cessez-le-feu proposés servent uniquement à reconstituer les capacités des proxys occidentaux.

C’est la continuité d’une stratégie vieille de plusieurs décennies! L’analyse de Berletic s’appuie sur un document de référence souvent cité par les critiques de la politique américaine et que j’ai publié : le rapport Brookings de 2009 intitulé Which Path to Persia?.

Ce document, qui détaille les options pour « changer de régime » en Iran, présente la diplomatie non comme un moyen d’éviter la guerre, mais comme un outil pour justifier l’emploi de la force en faisant porter la responsabilité sur l’Iran (« nous avons essayé de négocier, ils ont été déraisonnables »).

Berletic souligne également le rôle central d’Israël comme proxy américain : toutes les opérations israéliennes d’envergure dépendent du soutien logistique, du renseignement, du ravitaillement en vol et de la suppression des défenses aériennes iraniennes par les États-Unis.

En laissant Israël frapper en premier, Washington obtiendra une « plausibilité du déni » tout en poursuivant son agenda régional.

L’analyste ne limite pas son propos au Moyen-Orient. Il replace la guerre contre l’Iran dans une stratégie globale des États-Unis visant à contrer l’émergence d’un monde multipolaire. Il cite les attaques de drones (attribuées publiquement à l’Ukraine mais orchestrées selon lui par la CIA et l’armée américaine) contre les infrastructures énergétiques russes, les saisies de navires de la « flotte fantôme » russe, ou encore les opérations de déstabilisation en Birmanie visant les infrastructures chinoises de la Belt and Road Initiative.

Pour Berletic, l’administration Trump ne rompt pas avec la politique de ses prédécesseurs (Bush, Obama, Biden). Il s’agit d’une continuité bipartisan : affaiblir les pôles de résistance (Iran, Russie, Chine) pour préserver l’hégémonie unipolaire américaine.

Brian Berletic conclut en mettant en garde contre tout sentiment de victoire prématurée ou de complaisance du côté iranien ou de ses soutiens. L’Iran a survécu aux assauts de 2025 et 2026, mais il n’a pas les moyens de vaincre militairement les États-Unis.

Sa force réside dans sa capacité à survivre, à compliquer les plans adverses et à augmenter le coût de l’agression.Il alerte également sur la normalisation médiatique du discours nucléaire aux États-Unis : la rhétorique de Trump et les articles du New York Times évoquant ouvertement l’option nucléaire visent selon lui à désensibiliser l’opinion publique en vue d’une possible escalade extrême – potentiellement par Israël, avec le soutien logistique américain.

En résumé, pour Brian Berletic, ce cessez-le-feu de deux semaines n’est pas une pause vers la paix, mais une manœuvre tactique dans une guerre de longue haleine.

2 réflexions sur “Brian Berletic: le «cessez-le-feu» de deux semaines proposé par les États-Unis à l’Iran n’est qu’un nouveau piège, c’est une manœuvre tactique

  1. Je suis completement aligne sur ces propos. L’envers du decorum theatral qui touche a la geopolitique c’est la dimension religieuse du conflit. Le cessez le feu n’est qu’un temps de respiration necessaire a Israel et les USA pour se renforcer en munition, faire un retex pour pouvoir taper plus fort et plus loins. Un conflit qui devrait basculer dans le nucleaire cadre parfaitement avec la vision partagee d’un messianisme bicephale. Ils ont des interets communs qui sont d’ordre eschatologique. N’oublions pas que l’attaque ”surprise » contre Israel par le Hamas s’appelait:  » deluge Al Aqsa »… c’est loins d’etre anodin car celle-ci doit etre detruite pour que le 3eme Temple juif soit construit et que leur lecture prophetique s’accomplisse.

    Pourtant, les zelotes sous Titus ont commis cette erreur hubrique monumentale de s’attaquer aux romains et aux juifs qui ne partageaient pas leurs delires messianiques et cette promesse de victoire qui les ferait « ROI DU MONDE ». Leur extremisme absolu les fit se retrancher dans le Temple ou ils moururent et pzr sanction, les romains le detruisirent. Le sectarisme fantasmatique juif prit fin a Massada en un long siege ou cette phalenge de fous furieux commit un suicide collectif.

    Les sionistes chretiens et juifs iront jusqu’au bout de leur plan avec un resultat… similaire!?

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