Cet entretien, réalisé après la conférence d’Islamabad avec Majid Shakeri, conseiller de Mohammad Bagher Ghalibaf, qui dirigeait la délégation iranienne à Islamabad et a mené les pourparlers avec J.D. Vance, offre un éclairage important sur la façon dont la partie iranienne, et en particulier le camp de Ghalibaf, évalue le processus.
Selon lui, le premier cycle de négociations visait essentiellement à permettre à chaque partie d’évaluer l’autre.
Il souligne cependant un « problème » majeur concernant la délégation américaine : « elle n’a ni objectifs clairs, ni le mandat et la capacité de décision nécessaires. » Parallèlement, il affirme que pour chaque point soulevé, «une solution existait réellement».
Son évaluation globale du cycle est révélatrice : il ne s’agit ni d’un échec total, ni d’une réussite totale, et personne ne s’attendait à ce qu’un « résultat immédiat soit obtenu » dès le premier cycle.
Concernant l’escalade, il aborde la menace de blocus de Trump et indique qu’il est difficile de savoir s’il s’agit d’un bluff ou non. Mais dans les deux cas, il suggère que cela ne modifie pas fondamentalement la position de l’Iran, pour qui le détroit d’Ormuz demeure un levier essentiel.
Plus frappante encore est sa description de la situation économique iranienne.
Il affirme que l’Iran se prépare depuis longtemps à un blocus.
Les importations ayant diminué pendant la guerre, le pays dispose désormais de davantage de ressources et de liquidités, notamment grâce aux recettes pétrolières issues des exportations. Et cette affirmation est particulièrement marquante : « parallèlement à la guerre », « la vente de pétrole iranien n’est plus liée ni au dirham ni à aucune infrastructure susceptible d’être soumise à des sanctions ou à des pressions américaines ». Si cela s’avère exact, il s’agit d’un changement significatif compte tenu de la dépendance antérieure de l’Iran vis-à-vis des circuits financiers liés aux Émirats arabes unis.
Il ajoute que le commerce du pétrole et les échanges de devises s’effectuent désormais directement sur le lieu de vente, par exemple en Chine. Il souligne également un changement logistique plus vaste, expliquant que l’Iran s’est diversifié en abandonnant les routes du sud et de l’ouest au profit des voies terrestres et d’autres alternatives, et que cette transition est déjà achevée pour les biens de première nécessité.
Sur un plan géopolitique plus large, il soutient qu’un blocus américain « élargirait le champ des possibles » en impliquant plus directement la Chine, ce qui, en fin de compte, profiterait à l’Iran.
Il note également que les pressions exercées sur le détroit d’Ormuz et les réorientations vers les routes d’exportation de la mer Rouge renforcent l’influence d’acteurs comme les Houthis.
Son analyse finale est sans détour : il qualifie les décisions américaines actuelles d’irrationnelles et affirme que Washington s’engage sur une voie qui alourdit le coût pour les deux camps tout en envenimant la situation et en la rendant plus difficile à résoudre.