Un texte de qualité exceptionnelle malgré un peu de jargon, sur l’IA au service la répression sociale et de la reproduction de la Domination.

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TRADUCTION BRUNO BERTEZ

La bourgeoisie technologique a cessé de feindre : le récent manifeste en 22 points de Palantir Technologies est l’aveu que l’impérialisme ne peut survivre que par la guerre.

Cette bouffée de sincérité inaugure une nouvelle ère dans le développement des forces productives, où l’IA s’érige en mécanisme de survie du capital face à ses propres contradictions historiques.

Devant cette publication, n’ont pas manqué les caractérisations de techno-féodalisme, de techno-fascisme ou, tout simplement, de fascisme de Palantir, ce qui témoigne de l’incapacité d’un secteur du mouvement communiste qui semble ne pas comprendre la phase de changement dans laquelle nous sommes.

Pour combattre des personnages comme Musk, Thiel et Karp, il est nécessaire de faire une lecture rigoureuse de ce manifeste.

Palantir ne cherche pas à être un simple contractant du gouvernement, mais représente une fraction bourgeoise spécifique — la nouvelle bourgeoisie technologique de la Silicon Valley — dans sa dispute pour l’hégémonie de l’État profond américain.

Dans cette lutte intra-bourgeoise, où s’affrontent la bourgeoisie industrielle extractive, le capital financier de Wall Street et la caste bureaucratique, cette nouvelle bourgeoisie des startups que représente Palantir aspire à imposer sa domination totale en fournissant l’infrastructure algorithmique à l’État.

Son offre à l’État n’est pas seulement un logiciel ; c’est la promesse d’une fusion sans précédent entre le monopole technologique et l’appareil répressif, en utilisant nos données comme matière première pour les revendre à l’État lui-même sous forme de surveillance.

En proposant l’intégration totale de l’IA dans l’appareil défensif et militaire, ils cherchent à résoudre l’une des contradictions mortelles du capitalisme.

L’Intelligence Artificielle représente une menace existentielle pour les bases du capitalisme lui-même : en générant les conditions matérielles pour une automatisation quasi absolue de la production, elle expulse le travail vivant du processus productif. Étant donné que seul le travail vivant génère de la plus-value, ce développement aggrave drastiquement la tendance à la baisse du taux de profit et exacerbe la crise de suraccumulation et de valorisation du capital.

Les conditions objectives pour un système post-capitaliste sont sur la table.

C’est précisément pour cela que la bourgeoisie technologique a besoin de rediriger l’IA. Au lieu de l’intégrer massivement dans la production pour libérer le travailleur du fardeau du travail, ils la détournent vers la surveillance militaire, le contrôle social et la dissuasion géopolitique.

La militarisation de l’IA et l’imposition d’un climat de paix armée permanente agissent comme un mécanisme artificiel d’absorption du capital excédentaire. Il ne s’agit pas d’un progrès technologique pour le bien-être humain, mais de la création de nouveaux créneaux de marché financés par le public pour minimiser la contradiction capital-travail et protéger la structure actuelle de propriété.

Aimé Césaire avait raison de parler de « terrible choc en retour » et d’expliquer que la violence exercée par les impérialistes en périphérie finit par revenir à la métropole et l’application des pratiques de Palantir n’est aucune exception.

Cette entreprise a entraîné et professionnalisé sa technologie militaire dans le génocide de Gaza et maintenant ces pratiques reviennent aux pays du centre impérialiste comme un effet boomerang.

Sans aller plus loin, la technologie de Palantir a été utilisée par l’ICE pour le suivi, la surveillance et la détention aux États-Unis et sera utilisée massivement pour discipliner et réprimer la classe ouvrière.

S’annonce l’ère de l’autoritarisme du XXIe siècle.

Ceux qui voient du fascisme en Trump, Abascal, Meloni et d’autres leaders politiques perdent de vue le changement structurel que représentent des entreprises comme Palantir et le capitalisme dans son degré actuel de développement.

La véritable menace pour la classe ouvrière a toujours été, est et sera le capitalisme et son adaptation constante au développement technologique, que la bourgeoisie utilise toujours contre les travailleurs.

Cet nouveau autoritarisme s’aligne sur les postulats du néo-réactionnarisme et de l’Illumination Obscure de personnages comme Nick Land ou Curtis Yarvin : un contrôle total, prédictif, physique et mental à travers internet et l’intelligence artificielle. Cette proposition de militariser l’IA répond à l’urgence de restructurer la rentabilité du capital et de se préparer à la lutte pour la reconfiguration des sphères d’influence globale face à des puissances comme la Chine et la Russie.

À son tour, le manifeste distille un occidentalisme choviniste et suprémaciste, catégorisant implicitement les civilisations entre celles « fonctionnelles » qui méritent de prévaloir et celles « arriérées » qui peuvent être jetées. C’est la même héritage idéologique qui justifie le siège néocolonial et le mépris absolu pour les victimes de la machine de guerre impérialiste. Le déploiement de l’IA militarisée inaugurera une nouvelle hiérarchisation internationale. L’écart entre les pays qui monopolisent ces nouveaux outils et ceux subordonnés à eux générera de nouvelles formes de domination néocoloniale. C’est l’adaptation de l’impérialisme à l’ère algorithmique, où la souveraineté nationale des États périphériques sera annulée directement depuis les serveurs des Big Tech.

Ce n’est pas un problème du développement des forces productives, du développement technologique en soi. Il ne faut pas tomber dans le néo-luddisme car l’erreur ne réside pas dans l’IA ni dans son développement, mais dans le régime de propriété privée.

Les outils que Palantir conçoit aujourd’hui pour la contre-révolution prédictive, la guerre impérialiste et la maximisation des profits, sont les mêmes outils qui, sous la dictature du prolétariat, optimiseraient la distribution des ressources, désbureaucratiseraient l’administration et rendraient possible une planification économique véritablement rationnelle et révolutionnaire.

Le défi face à Palantir exige la formulation d’un nouveau Que faire? ? adapté aux conditions de hypervigilance du XXIe siècle. Surmonter la militance performative inoffensive est le premier pas et prendre au sérieux la réalité répressive actuelle est le deuxième. Aucun mouvement, parti ou organisation qui se prétend communiste ne peut se considérer comme tel s’il ne prend pas en compte les nouvelles conditions et règles du jeu que nous impose la bourgeoisie. Repenser la militance, améliorer l’aspect du travail clandestin et professionnaliser la sécurité de l’activité communiste est obligatoire si nous voulons vraiment avancer dans la lutte des classes.

Viendra le jour où des entreprises comme Palantir seront complètement expropriées et tous leurs avancées technologiques mises au service de la classe

Oier Pérez Mancisidor

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