Jeffrey Sachs chez Tucker Carlson : les véritables origines de la guerre en Iran et le spectre d’une dévastation économique mondiale
Dans un entretien de près de deux heures diffusé le 24 avril 2026 sur la plateforme de Tucker Carlson, l’économiste Jeffrey Sachs, professeur à Columbia et ancien conseiller de plusieurs gouvernements, livre une analyse de la guerre en Iran.
Il y dénonce une escalade dangereuse, ses racines historiques profondes et les risques catastrophiques pour l’économie mondiale si les États-Unis et Israël choisissent la voie de l’intensification plutôt que celle de la désescalade.
Sachs commence par poser le constat d’urgence : le monde est à un « carrefour décisif ». Le détroit d’Ormuz est fermé, provoquant déjà une crise économique planétaire (pétrole, gaz, engrais, pétrochimie).
Deux voies s’offrent :
- La sortie de l’impasse: rouvrir le détroit sans nouvelle frappe massive. C’est, selon lui, la seule option rationnelle pour éviter un effondrement global.
- L’escalade : poursuivre les bombardements. Dans ce cas, l’Iran riposterait massivement sur les infrastructures du Golfe (usines de dessalement, champs pétroliers, ports). En quelques semaines, une grande partie des capacités énergétiques de la région serait détruite, entraînant un choc pétrolier majeur, une stagflation mondiale et des pénuries alimentaires aggravées par un possible « super El Niño ».
« Nous ne pouvons pas attendre un mois de plus », insiste Sachs.
Le temps joue contre nous.
Les vraies origines du conflit : 1953 et la revanche d’un empire
L’économiste balaie les narratifs officiels sur l’« axe du mal » ou l’arme nucléaire. Le contentieux remonte à 1953 : le coup d’État orchestré par la CIA et le MI6 contre le Premier ministre démocratiquement élu Mohammad Mossadegh, qui voulait nationaliser le pétrole iranien. Les États-Unis installent alors le Shah et la police secrète SAVAK.
La révolution islamique de 1979 n’est, pour Sachs, que la conséquence logique de cette ingérence.
Depuis, Washington mène une guerre hybride permanente contre Téhéran : sanctions, assassinations, sabotage, guerre par procuration via Saddam Hussein dans les années 1980.
Trump lui-même parlait déjà de renverser le régime iranien en 1980.
Le JCPOA (accord sur le nucléaire de 2015), négocié avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne et validé par l’ONU, a été déchiré par Trump en 2018 sous pression du lobby israélien.
« L’Iran n’a jamais cherché l’arme nucléaire », affirme Sachs, citant les propres services de renseignement américains. Téhéran demandait simplement la levée des sanctions en échange d’un contrôle strict de l’AIEA.
Le « Grand Israël » est le vrai moteur de la guerre Sachs consacre une large partie de l’entretien au projet israélien de Grand Israël, formalisé dans la stratégie Clean Break de 1996 sous Netanyahu. Il s’agit de refuser tout État palestinien et de contrôler militairement tout le territoire historique de la Palestine mandataire (Gaza, Cisjordanie, Jérusalem-Est), voire au-delà (du Nil à l’Euphrate selon certains interprétations bibliques radicales).
Pour y parvenir sans affronter directement les groupes palestiniens, Israël a choisi de renverser les régimes qui les soutenaient : Irak, Syrie, Liban, Libye, Soudan, Somalie… et enfin l’Iran.
Six de ces sept guerres ont déjà eu lieu, avec un bilan humain et financier désastreux pour les États-Unis (5 à 10 000 milliards de dollars selon certaines estimations).Netanyahu a qualifié cette guerre d’« aboutissement d’un rêve de 40 ans ».
Sachs y voit une coalition entre un nationalisme sécuritaire extrême (« ils veulent nous anéantir à chaque génération ») et un sionisme religieux radical (partis comme Jewish Power de Ben-Gvir et Smotrich) qui considère l’expansion territoriale comme une « rédemption divine ».
Trump, otage des lobbies pétrole et sionisteTrump n’est pas seulement influencé par le lobby israélien. Sachs rappelle son obsession de longue date pour l’Iran et son calcul économique : une « décapitation » rapide du régime (comme il l’avait tenté au Venezuela) lui permettrait de s’emparer des ressources pétrolières iraniennes. « Il est aussi redevable au lobby pétrolier qu’au lobby sioniste », tranche l’économiste.
L’Iran n’est pas l’ennemi que l’on décrit Sachs, qui connaît l’Iran depuis des décennies, il décrit un peuple « très civilisé » qui veut négocier depuis longtemps. L’Iran n’a pas envahi un autre pays depuis plus de 230 ans. Il soutient le Hamas et le Hezbollah, mais arrêterait immédiatement ce soutien en cas de création d’un État palestinien.
Les conséquences si la guerre s’accélère
Économiques : destruction physique des infrastructures pétrolières et gazières du Golfe , explosion des prix de l’énergie, de l’alimentation et des engrais puis stagflation mondiale.
Géopolitiques : risque d’implication directe de la Chine (flotte déjà en route vers le Golfe) et de la Russie.
Humaines : des milliers de morts supplémentaires, dont des civils (Sachs rappelle les 160 écolières tuées le premier jour, selon des rapports sur l’IA Palantir).
Sachs critique sévèrement l’absence de délibération : pas de Conseil de sécurité nationale digne de ce nom, pas de débat au Congrès (qui a abdiqué son pouvoir constitutionnel de déclarer la guerre). Il regrette que la branche législative, jadis force de contre-pouvoir, soit devenue spectatrice.
Pour Sachs, le « Grand Israël » est un projet intenable qui a déjà coûté des trillions aux États-Unis et des centaines de milliers de vies. La seule issue responsable est la désescalade immédiate, la réouverture du détroit d’Ormuz et un retour à la diplomatie : deux États (ou un État démocratique unique, même si Israël le refuse) vivant en paix, avec l’Iran sous contrôle international du nucléaire.« Nous ne pouvons pas sauver la face de deux dirigeants au prix de la destruction de l’économie mondiale et de la stabilité planétaire », conclut-il.
L’entretien constitue un réquisitoire puissant contre la logique de guerre perpétuelle. Il invite surtout à une prise de conscience : continuer sur cette voie n’est pas seulement immoral, c’est suicidaire pour l’Amérique elle-même.