Jerome Powell ne va pas quitter la Fed : un coup de théâtre qui défie Trump et protège l’indépendance de la banque centrale
Dans ce qui restera sans doute comme l’un des épisodes les plus tendus de l’histoire récente de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell a officialisé mercredi 29 avril sa décision : il ne quittera pas la Fed après la fin de son mandat de président le 15 mai 2026.
Il restera gouverneur au sein du Conseil des gouverneurs « pour une période à déterminer ». Une annonce rare, presque inédite depuis 1948, qui a immédiatement provoqué la colère de Donald Trump et relancé le bras de fer entre la banque centrale et la Maison-Blanche.
Officiellement, le mandat de Jerome « Jay » Powell en tant que Chair de la Fed prend fin le 15 mai. Kevin Warsh, ancien conseiller économique de George W. Bush et proche de Trump, est sur le point d’être confirmé par le Sénat pour lui succéder.
La transition semblait donc tracée. Pourtant, Powell a choisi de rester sur le Conseil des gouverneurs, poste qu’il occupe par ailleurs jusqu’en janvier 2028.
« Après la fin de mon mandat de président le 15 mai, je continuerai à servir en tant que gouverneur pour une période de temps à déterminer », a-t-il déclaré lors de sa dernière conférence de presse en tant que président.
Il a ajouté qu’il garderait un profil bas et qu’il partirait « quand il jugera cela approprié », notamment une fois que les enquêtes judiciaires en cours seront « terminées avec transparence et finalité ».
Le contexte est tendu. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump n’a cessé de critiquer Powell et la Fed, exigeant des baisses agressives de taux d’intérêt. Face à ce qu’il perçoit comme une résistance, l’administration a lancé plusieurs attaques, dont une enquête du ministère de la Justice (DOJ) sur les coûts de rénovation du siège de la Fed à Washington – un dossier que Powell et ses proches qualifient de « harcèlement politico-judiciaire ».
Powell avait déjà averti en mars 2026 qu’il ne quitterait pas le Conseil tant que cette procédure ne serait pas close. Mercredi, il a confirmé qu’il restait pour protéger l’institution contre « une série d’attaques légales » qui menacent son indépendance.
En restant gouverneur, il conserve un droit de vote sur les décisions de politique monétaire et empêche Trump de nommer immédiatement un septième membre au Conseil (le Board compte sept gouverneurs). Sans son départ, la majorité « trumpienne » au sein de la Fed est bloquée jusqu’en 2028.
lC’est un geste plus que symbolique : la dernière fois qu’un président de la Fed est resté gouverneur après la fin de son mandat remonte à… 1948.La réaction de Trump : « Personne ne veut de lui »
La réponse de l’administration n’a pas tardé. Donald Trump a qualifié la décision de « sans précédent » et de « scandaleuse ». Sur les réseaux sociaux, il a dénoncé un « Powell qui s’accroche » et a laissé entendre que des mesures pourraient être prises pour l’écarter. Jeanine Pirro, procureure fédérale proche de Trump, a même évoqué la possibilité d’un « licenciement ».
Pour l’instant, la loi protège Powell : un gouverneur ne peut être révoqué que pour « cause grave » (inefficacité, négligence ou malhonnêteté). Rester en poste tout en gardant un profil bas est donc une stratégie défensive habile.
En restant, Powell ne deviendra pas un « président fantôme », a-t-il assuré. Mais sa présence continuera d’influencer les débats au sein du FOMC . Les taux d’intérêt ont été maintenus stables lors de la dernière réunion sous sa présidence, avec quatre dissensions – un record récent qui montre déjà les fractures internes.
Les marchés ont réagi avec prudence : le dollar s’est légèrement raffermi et les rendements obligataires ont peu bougé, signe que les investisseurs digèrent encore l’information.
Les analystes estiment que cette décision renforce la crédibilité de la Fed à court terme .
Jerome Powell, nommé par Trump en 2018 puis reconduit par Biden en 2022, a toujours défendu l’indépendance de la banque centrale. À 73 ans, après huit ans à la tête de la Fed et quatorze ans au total au sein de l’institution, il aurait pu choisir une retraite dorée. Il préfère rester, temporairement, pour défendre ce qu’il considère comme l’un des piliers de la stabilité économique américaine.
Kevin Warsh devra composer avec cette présence .
La prochaine réunion du FOMC sous la présidence Warsh aura lieu en juin.