Le phare de la démocratie est dans sa pratique une ploutocratie.

Les empires sont des projections idéologiques qui n’ont rien à voir avec leur réalité.

La Grèce a créé la démocratie tout en excluant excluait jusqu’à 90 % de sa population : esclaves, femmes ou étrangers.

Rome vantait la conquête et l’imposait par l’épée, tout en definissant sa propre version de la démocratie selon la richesse.

Les Mongols assumaient pleinement leur terreur et leur méritocratie. Leurs masques, aussi grotesques soient-ils, ne niaient pas le visage en dessous.

L’ordre actuel est singulier : il a atteint le stade de l’inversion parfaite, où le récit officiel est le plus crédible précisément lorsqu’il est le plus faux.

Les États-Unis, sans cesse exaltés comme démocratie exemplaire, la « cité brillante sur la colline » où le peuple gouverne sont en realité une ploutocratie . .

Une enquête empirique rigoureuse le révèle.

L’analyse exhaustive de Martin Gilens et Benjamin I. Page sur près de deux mille questions de politique sur deux décennies démontre que les élites économiques et les intérêts commerciaux organisés exercent une influence substantielle et indépendante sur les résultats des politiques, tandis que les préférences des citoyens ordinaires et des groupes d’intérêt de masse n’ont «que peu ou pas d’impact indépendant».

L’étude de Martin Gilens et Benjamin I. Page (2014) est un article académique très influent intitulé « Testing Theories of American Politics: Elites, Interest Groups, and Average Citizens » (publié dans Perspectives on Politics).

Les auteurs ont cherché à tester empiriquement quatre grandes hypothèses sur le fonctionnement de la démocratie américaine :

  1. Majoritarian Electoral Democracy : Le gouvernement répond principalement aux préférences de l’électeur moyen, le « peuple ».
  2. Economic-Elite Domination : Les élites économiques les plus riches dominent la politique.
  3. Majoritarian Pluralism : Les groupes d’intérêt représentant la majorité (syndicats, associations citoyennes, etc.) ont le plus d’influence.
  4. Biased Pluralism : Les groupes d’intérêt organisés, surtout ceux liés aux entreprises et aux affaires, dominent au détriment des groupes de masse.

Méthodologie

  • Ils ont compilé 1 779 questions de politique (entre 1981 et 2002) issues de sondages nationaux où l’opinion publique était mesurée.
  • Pour chaque question, ils ont codé :
    • La préférence de l’électeur médian (citoyen moyen, autour du 50e percentile de revenu).
    • La préférence des élites économiques (défini comme le 90e percentile de revenu, soit les 10 % les plus riches).
    • La position des groupes d’intérêt (distingués entre groupes orientés « business » et groupes de masse).
  • Ils ont ensuite observé si la politique avait changé dans le sens souhaité (adoption ou non d’une mesure).

Ils ont utilisé des modèles statistiques multivariés pour isoler l’influence indépendante de chaque acteur (en contrôlant les autres).

Principaux résultats

  • Les élites économiques et les groupes d’intérêt pro-entreprises ont une influence substantielle et indépendante sur les résultats des politiques.
  • Les citoyens ordinaires (électeur médian) et les groupes d’intérêt de masse (syndicats, associations citoyennes, etc.) ont peu ou pas d’influence indépendante. Leur impact devient statistiquement non significatif une fois qu’on contrôle les élites et les lobbies d’affaires.
  • Quand les préférences des citoyens moyens et des élites divergent, ce sont presque toujours celles des élites qui l’emportent.
  • Conclusion des auteurs : les données soutiennent fortement les théories de domination des élites économiques et de pluralisme biaisé, mais pas la démocratie majoritaire classique.

C’est ce qui a conduit à la phrase souvent citée : « Les préférences des citoyens américains moyens semblent n’avoir qu’un impact minuscule, proche de zéro, statistiquement non significatif sur la politique publique. »

Cette étude est devenue célèbre car elle quantifie de façon rigoureuse un sentiment répandu : la démocratie américaine est davantage une ploutocratie un pouvoir des riches, qu’une vraie démocratie du peuple.

Elle a été largement relayée dans les médias (parfois titrée « Les États-Unis sont une oligarchie ») mais cela n’a rien changé.

Une réflexion sur “Le phare de la démocratie est dans sa pratique une ploutocratie.

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