Editorial. Le grand secret alchimique qui a permis de tout financer sans limite, sans éviction, sans hausse des taux… les hommes ont volé le feu aux dieux.

Dans les temps anciens, dans le vieux temps, avant que nous ne nous envoyions en l’air dans l’imaginaire, imaginaire des Autresmondes qui me sont chers, il existait des croyances; elles reposaient sur des évidences comme celles ci:

-plus on emprunte et plus on doit payer cher,

-plus le gouvernement a de déficits à financer et plus il évince les emprunteurs privés du marchés,

-il existe des « bonds vigilantes » qui imposent des limites à ne pas dépasser dans les ratios d’endettement.

Mais tout cela c’était avant, c’était le temps de la gravitation, des limites, avant que les hommes ne volent le feu aux Dieux.

C’était à l’époque ou on marchait bêtement sur les pieds! A notre époque on marche sur la tête, on multiplie les pains, on marche sur l’eau et chaque jour on a des repas gratis.

Maintenant plus on s’endette et plus on peut s’endetter!

La fin de l’effet d’éviction ?


Oui bien sur! Parce que les déficits publics alimentent la liquidité et les bulles financières

Depuis deux siècles, les économistes classiques (David Ricardo, John Stuart Mill) nous enseignent que les emprunts massifs de l’État font monter les taux d’intérêt, découragent l’investissement privé et freinent la croissance.

Cette idée simple, appelée « effet d’éviction », a dominé la pensée économique, notamment dans les années 1980 sous Reagan. Son ancien directeur du Budget Stockman en parle souvent et y croit encore!

Pourtant, en 2026, la réalité semble avoir changé. Les États-Unis prévoient un déficit fédéral proche de 2 000 milliards de dollars cette année. Malgré cela, personne ne craint que ces emprunts massifs empêchent les géants de la tech d’investir des centaines de milliards dans l’intelligence artificielle.

Au contraire, les déficits paraissent même soutenir l’économie et la finance.

Le lien traditionnel entre demande de crédit et coût du financement s’est brisé.

Cette rupture a commencé dans les années 1990 à la suite de la dérégulation laquelle avait pour objectif de décupler les possibilités de financement malgré l’érosion des cash flows et des rentabilités.

Avec l’essor du financement non bancaire les limites ont explosé : opérations de pension (repos), fonds monétaires, entreprises parrainées par l’État (GSE) et spéculation à effet de levier.

Tout s’est accélérée avec le Quantitative Easing (QE) illimité des banques centrales après 2008 et surtout après le Covid.

Résultat : l’offre de liquidités est devenue quasiment infinie.

La Fed achète massivement des bons du Trésor, ce qui empêche les taux de monter fortement. Les spéculateurs peuvent ainsi emprunter à bas coût pour financer des positions à fort levier sur la dette publique. Plus l’État emprunte, plus il injecte de liquidités dans le système.

Le paradoxe actuel n’en est pas un il ne se situe qu’au niveau du bon sens. Les déficits massifs n’évincent plus l’investissement privé : ils l’alimentent.


Deux mécanismes s’auto-renforcent :

  1. Les dépenses publiques soutiennent directement les revenus des ménages, la consommation, les profits des entreprises et les prix des actifs.
  2. L’expansion des liquidités, plus de 3 000 milliards de dollars via les pensions et le levier depuis fin 2022, permet aux acteurs privés de s’endetter facilement et de spéculer.

Même les déficits pourtant records de la période Covid (environ 6 000 milliards sur deux ans) ont été financés à des taux très bas.

Aujourd’hui, avec l’effet d’apprentissage, les déficits produisent un climat de laxisme : plus ils sont élevés, plus les marchés croient au soutien permanent de la Fed et du Trésor.

L’exemplede l’IA est frappant ! Les géants de la tech (Microsoft, Google, Meta, Amazon, etc.) prévoient d’investir plus de 700 milliards de dollars en 2026 dans l’IA, un montant qui pourrait dépasser 1 000 milliards l’année suivante. Ces dépenses, supérieures à leurs flux de trésorerie, soutiennent à la fois les cours boursiers et l’économie réelle.

Personne ne parle de « crowding out » (éviction) sauf quelques attardés culturels.

Les déficits publics créent la demande ; la liquidité abondante finance l’offre.

Il y en a pour tout faire, pour tout financer et pour tout le monde!

Ce phénomène n’est pas uniquement américain.

Une bulle financière publique mondiale se forme, avec des conditions de financement exceptionnellement laxistes dans de nombreux pays.

C’est la nouvelle normalité . celle qu’avait en son temps découverte John Law, on peut tout financer, tout faire monter il suffit:

-de créer un cercle,

-de le caresser et

-de le rendre vicieux.

On peut créer le mouvement financier perpétuel!

Certes ce triplé dynamique présente des limites :

-Les intérêts sur la dette publique américaine dépassent désormais 1 000 milliards de dollars par an et deviennent le poste budgétaire qui augmente le plus vite.

-La dette publique pourrait atteindre 120 % du PIB d’ici 2036.

-Le marché des Treasuries montre des signes de tension (prime de risque qui augmente).

MAIS

Le système repose sur une Croyance, une confiance totale dans l’intervention permanente de la Fed qui permet de financer le long avec le court, voire le très court.

Keynes avait découvert que dans un système fondé sur le crédit sans limite l’insuffisance d épargne ne faisait pas monter les taux, il suffsait que les gens aient peur et qu’au lieu de consommer le stock de monnaie, ils aient une préference pour la liquidité. A notre époque on peut obtenir la même chose grace au jeu : créer des quantités astronomiques de liquidités et ne pas craindre qu’elles aillent acheter des biens et des services, il suffit de les séduire, de leur faire miroiter des gains sur la Grande Loterie Financière et Boursière . On peut développer une demande de monnaie sans limite grâce au Jeu branché sur la monnaie!

Si cette confiance venait à se briser, retour d’une l’inflation forte, retrait massif des investisseurs étrangers, crise politique, le charme serait rompu, le lien entre besoins de financement et coût de la dette pourrait se rétablir brutalement.

Nous vivons dans un régime inédit : l’ampleur des déficits publics n’augmente plus le coût de l’endettement. Au contraire, elle nourrit la liquidité, assouplit les conditions financières et alimente les bulles spéculatives.

C’est une aubaine à court terme pour la croissance et l’innovation (notamment l’IA). Mais c’est aussi une source d’instabilité à long terme. Le tas de sable cher à Per Bak monte sans arrêt.

Les économies capitalistes pour durer ont besoin de mécanismes d’ajustement naturels.

Elles ont besoin des syndicats de salariés pour contenir l’avidité des capitalistes, pour maintenir une relative proportion entre les salaires et les profits, de vraie banque centrale pour proportionner les offres et les demandes, pour ajuster les épargnes et les investissements , les dettes et la solvabilité etc etc;

La modernité a supprimé tout cela grâce à trois innovations;

La première est la fin de la notion de Valeur, remplacée par celle de Prix, plus rien ne vaut rien en soi, tout ne vaut que comme point de rencontre entre l’offre et la demande, tout flotte , tout est frivole, sans ancrage, suspendu dans les airs

La seconde c’est la Fiat monnaie, c’est à dire la possibilité de produire de la monnaie, du pouvoir d’achat, du pouvoir de satisfaire tous les désirs sans entrave, tant qu’il y a une demande pour cette monnaie

La troisième est que pour augmenter la demande sur cette monnaie sans vraie valeur, il faut la rendre magique, productrice de gains, on branche dessus une Loterie, et c’est le rôle de la troisième innovation; l’alchimie de la Bourse.

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