1/ Les PDG qui ont voyagé avec Trump en Chine ne sont pas son escorte, ils sont le conseil d’administration du nouveau système économique dominé par les grandes corporations technologiques. Celles que Varoufakis a définies, en nous alertant, « technobaroniales » :
2/ Quand BlackRock, Apple, Nvidia, Goldman Sachs et Tesla s’assoient à une table avec Xi Jinping, il ne s’agit pas de diplomatie, mais du « board » d’une nation dont le président n’est qu’un simple directeur élu. Une nation dont le sommet ne suit plus les vieilles logiques défaillantes de la démocratie.
3/ Cette visite a mis fin à l’illusion démocratique et au discours de la séparation entre État et Marché. La politique étrangère, comme on peut le voir, est technologique et ne se décide pas au Département d’État, mais dans les bureaux de ceux qui gèrent le PIB du monde. Les propriétaires des ressources que le pouvoir politique est venu négocier.
4/ La présence de Musk, Huang (Nvidia) et Fink (BlackRock) le confirme : l’hégémonie actuelle est une alliance entre Seigneurs du Nuage et Seigneurs de la Rente. Et le Président n’est que le véhicule nécessaire pour que le capital stratégique assure ses chaînes d’approvisionnement et son flux face à la Chine, le seul rival capable de les défier.
5/ Il en va de même pour Boeing, Cargill et Citigroup. Que font-ils là ? La réponse est simple : ils démontrent que lorsque les profits sont en jeu, les idéologies ne sont qu’un fumisterie. Le nationalisme est l’opium de la consommation interne, mais dans l’avion présidentiel, l’accumulation, les données et les marges sont le seul langage.
6/ Cet événement historique a révélé la nudité du système américain : les États-Unis ne sont plus depuis longtemps une démocratie qui régule le marché, mais un dispositif de sécurité politique et militaire pour ce marché impie des technologies.
7/ Des technologies qui ne sont précisément pas celles qui automatisent les lumières à ton passage pour préserver la planète, mais celles qui guident des missiles, traquent des cibles, bombardent des écoles et croisent les données de gens désespérés qu’elles soumettent comme des rats…
La photo en Chine n’est pas celle de Trump avec les PDG, mais celle des PDG des États-Unis avec le directeur Trump.
Parce que c’est leur sommet.
Le sommet du technobaronialisme au cœur de l’Asie.
Liste complète des PDG : Brian Sikes — PDG de Cargill Chuck Robbins — PDG de Cisco Cristiano Amon — PDG de Qualcomm David Solomon — PDG de Goldman Sachs Dina Powell McCormick — Présidente des affaires globales de Meta Elon Musk — PDG de Tesla/SpaceX H. Lawrence Culp — PDG de GE Aerospace Jacob Thaysen — PDG d’Illumina Jane Fraser — PDG de Citi Jensen Huang — PDG de Nvidia Jim Anderson — PDG de Coherent Kelly Ortberg — PDG de Boeing Larry Fink — PDG de BlackRock Michael Miebach — PDG de Mastercard Ryan McInerney — PDG de Visa Sanjay Mehrotra — PDG de Micron Stephen Schwarzman — PDG de Blackstone Tim Cook — PDG d’Apple
EN PRIME
Yanis Varoufakis et le concept de « technobaroniales » ou technoféodalisme.
Yanis Varoufakis »Technofeudalism: What Killed Capitalism » 2023, traduit en français comme Les nouveaux serfs de l’économie
L’idée est que le capitalisme classique est mort, remplacé par un nouveau système qu’il nomme technoféodalisme.
Le capitalisme reposait sur les marchés et les profits via la production et la concurrence. Aujourd’hui, les géants du numérique (Amazon, Apple, Google/Meta, etc.) dominent via des plateformes cloud qui extraient des rentes plutôt que des profits marchands.
- Ils ne produisent pas principalement des biens, mais contrôlent l’accès à des « fiefs cloud ».
- Les utilisateurs deviennent des serfs numériques : en cliquant, postant, partageant des données, ils enrichissent ces plateformes gratuitement.
- Les capitalistes traditionnels (entreprises industrielles) deviennent des vassaux qui paient une dîme (commissions, pubs, frais d’accès) pour atteindre les clients.
Varoufakis compare cela au féodalisme médiéval : les seigneurs (techno-barons comme Bezos, Zuckerberg, Musk) possèdent les terres (infrastructures numériques) et perçoivent des rentes, sans vraie concurrence de marché. Le « cloud capital » (capital algorithmique et données) a muté et tué son hôte (le capitalisme).
Causes selon Varoufakis
- Privatisation de l’internet par Big Tech.
- Réponse à la crise de 2008 : quantités massives d’argent injectées qui ont financé les empires cloud plutôt que l’économie réelle.
- Algorithmes qui modifient les comportements pour maximiser l’engagement
Conséquences
- Concentration extrême du pouvoir économique et politique.
- Affaiblissement de la démocratie (les techno-barons influencent plus que les États sur certains plans).
- Nouveaux « serfs » : travailleurs de plateforme, créateurs de contenu gratuit, consommateurs captifs.
- Menace pour la liberté individuelle et la lutte contre le climat (priorité à la rente sur l’intérêt général). penguinrandomhouse.com
Varoufakis propose des pistes comme la socialisation des infrastructures numériques (propriété collective ou publique des plateformes essentielles) pour sortir de ce système.