Editorial important. The winner takes all! L’Intelligence Artificielle, le dernier rempart des valorisations financière.

L’Intelligence Artificielle : le dernier rempart des valorisations financières

BRUNO BERTEZ

Le 18 Mai

Dans un marché où les multiples de valorisation atteignent des niveaux historiques, l’investissement massif dans l’IA n’est pas seulement une opportunité technologique.

Il est devenu la condition structurelle de survie du capital financier lui-même.

L’IA est le symétrique exact du besoin de profit qui découle de la surévaluation considérable du capital fictif coté sur les Bourses .

Les multiples actuels hors normes exigent un récit historique. Les entreprises technologiques leaders s’échangent aujourd’hui à des multiples de bénéfices ou de chiffre d’affaires qui n’ont plus grand-chose à voir avec la rentabilité actuelle.

Ces valorisations intègrent un endettement massif (direct ou via les bilans des Big Tech) et supposent que les profits futurs compenseront largement les coûts présents.

Or, dans une économie mature où la croissance organique ralentit, un tel écart ne peut se justifier que par une rupture radicale : une transformation profonde de la répartition de la valeur ajoutée.

Cette rupture, c’est la diminution structurelle de la part du travail vivant dans la production.

L’IA, en automatisant non seulement les tâches répétitives mais aussi les fonctions cognitives complexes, promet de faire ce que le capital n’avait jamais pleinement réussi : remplacer massivement le facteur travail par du capital technologique scalable à coût marginal quasi nul.

C’est la réalisation tardive, à l’échelle planétaire, d’une dynamique que Marx avait identifiée au XIXe siècle : la baisse tendancielle de la valeur du travail vivant au profit du capital constant.

L’IA est l’outil qui rend enfin cette dynamique exponentielle et généralisable.

Sans ce « récit  » de l’IA, les cours s’effondreraient. Les marchés ne valorisent plus tant des flux de dividendes actuels que des options sur un futur monopolistique.

Si l’IA ne tient pas ses promesses de « productivité » , de capture des valeurs joutées et de rentabilisation, la bulle se dégonflera non pas progressivement, mais brutalement, car la justification narrative disparaîtra. Les récits évoluent en tout ou rien a ce niveau.

L’IA n’est donc plus une simple technologie disruptive : elle est devenue systémique. Elle porte sur ses épaules la stabilité de l’édifice financier contemporain.

C’est pourquoi les investissements ne sont plus optionnels. Ils sont de type quitte ou double, marche ou crève.

Ils sont obligatoires.

Les acteurs qui refusent d’« hyperscaler » (data centers, modèles de fondation, énergie dédiée, talent, infrastructure) sortent simplement de la course.

Le jeu est désormais darwinien : une poignée de survivants seulement pourra capter les rentes colossales que générera une IA dominante.

La logique du winner-takes-most

L’histoire récente le montre : Google (Alphabet) a construit, grâce à sa domination dans la recherche et la publicité en ligne, une rente d’une puissance rare. Cette rente repose sur un quasi-monopole informationnel et une capacité à monétiser l’attention à l’échelle mondiale.

L’IA offre la possibilité de répliquer et d’amplifier ce modèle dans de nouveaux domaines : code, droit, médecine, création, logistique, finance. Celui qui maîtrisera la couche d’intelligence générale ou sectorielle dominante pourra imposer sa rente sur des marchés entiers.

C’est précisément cette logique que Berkshire Hathaway semble avoir comprise. Warren Buffett, longtemps réticent aux valorisations tech, a fait d’Alphabet l’une des rares positions qu’il continue d’augmenter significativement.

Le pari est d’une clarté chirurgicale : dans une course à mort technologique où les coûts fixes sont astronomiques, il n’y aura pas dix vainqueurs. Il y en aura un ou deux. Si un seul acteur parvient à construire une rente durable et défendable, ce sera très probablement Alphabet, grâce à son avance en données, en distribution, en talent et en trésorerie.

Berkshire ne parie pas sur « l’IA » au sens large ; il parie sur le survivant le plus probable.Un pari risqué, mais cohérent

Ce pari reste évidemment spéculatif. L’IA pourrait rencontrer des limites physiques (énergie, données, talent), des résistances réglementaires ou politiques, , ou des déceptions techniques : les modèles actuels restent statistiquement impressionnants mais encore loin d’une véritable intelligence généralisée.

Pourtant, même une IA « seulement » très performante suffirait à déplacer suffisamment de valeur du travail vers le capital pour justifier une partie des multiples actuels.

L’enjeu dépasse donc largement le secteur technologique. Il s’agit d’une question macroéconomique et civilisationnelle : comment une économie financiarisée, où le capital exige des rendements toujours plus élevés, peut-elle continuer à fonctionner sans une révolution productive qui allège radicalement le poids du travail humain ?

L’IA est aujourd’hui le seul candidat crédible à ce rôle.

Investir massivement dans l’IA n’est donc pas seulement rationnel pour les entreprises ; c’est devenu une nécessité systémique pour maintenir la cohérence de la valorisation actuelle du capital.

Ceux qui comprendront que cette course n’admet qu’un petit nombre de gagnants, et qui parieront sur les mieux placés pour construire les nouvelles rentes du XXIe siècle, seront les survivants de la prochaine grande réallocation de richesse.

Le reste risque de découvrir, brutalement, que les multiples astronomiques d’aujourd’hui n’étaient soutenables que par l’espérance d’un futur que seul l’IA peut, peut-être, réaliser.

Une réflexion sur “Editorial important. The winner takes all! L’Intelligence Artificielle, le dernier rempart des valorisations financière.

  1. L’histoire des dot.com nous enseigne qu’une bulle, fut-elle justifiée, éclate quand même par manque de discrimination.

    Quand tout le monde est pricé au prix d’un gagnant la bulle est aussi certaine que son éclatement, seul le timing étant inconnu.

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