je publie régulièrement les notes de Stephen Roach qui est l’un des rares vrais connaisseurs de la Chine. Je déplore cependant qu’il lise la chine au travers nos lunettes occidentales.
Stephen Roach est chercheur principal au Centre Paul Tsai pour la Chine de la faculté de droit de Yale . Il a rejoint la faculté de Yale en 2010 après 30 ans chez Morgan Stanley, principalement en tant qu’économiste en chef de la firme, dirigeant une équipe mondiale très réputée, puis pendant plusieurs années en tant que président de Morgan Stanley Asia, basé à Hong Kong.
Il a été le premier chercheur principal à rejoindre le corps professoral de l’Institut Jackson des affaires mondiales de l’Université Yale lors de sa création en 2010 et a occupé ce poste jusqu’en 2022.
Durant cette période, il a également été maître de conférences à la Yale School of Management. Enseignant passionné, il a mis à profit sa riche expérience pour concevoir de nouveaux cours populaires sur l’Asie, notamment « La Chine de demain » et « Les leçons du Japon ». Parmi ses nombreux écrits figurent l’ouvrage récent * Accidental Conflict: America, China, and the Clash of False Narratives* (2022) et *Unbalanced: The Codependency of America and China* (2014).
Ses travaux ont également été publiés dans des revues académiques, présentés lors de témoignages devant le Congrès et largement diffusés dans les médias nationaux et internationaux. Ses analyses sont régulièrement publiées sur la plateforme multilingue mondiale de Project Syndicate. Il a rejoint le Paul Tsai China Center de la Yale Law School en 2022. ( Source : law.yale.edu )
Le sommet sino-américain s’est achevé vendredi dernier . Je me suis entretenu avec M. Roach la veille, alors que les médias publiaient encore des communiqués officiels. Ce podcast n’est donc pas une analyse a posteriori du sommet, mais une discussion plus générale sur l’état des relations sino-américaines, vue par une personne largement (et à juste titre) considérée comme l’un des plus grands experts mondiaux en la matière.
Résumé de l’intervention de Stephen Roach dans le podcast avec John Ellis le 14 mai 2026.
Stephen Roach décrit l’évolution de la Chine : d’un modèle ouvert et hyper-dynamique des années 80-2000 à un système beaucoup plus centralisé et contrôlé sous Xi Jinping.
- La transformation sous Xi Jinping
Roach regrette la fin de l’ère plus ouverte (Deng Xiaoping). Sous Xi, le Parti a repris le contrôle total : répression des débats internes, affaiblissement du secteur privé (surtout les plateformes tech), et recentralisation du pouvoir. Cela a réduit l’innovation « bottom-up » et la confiance des entrepreneurs. - La montée technologique réelle de la Chine souvent sous-estimée en Occident
- IA, semi-conducteurs, véhicules électriques : la Chine progresse très vite et investit massivement. Roach estime que son avance dans plusieurs technologies critiques est réelle.
- Il met en garde contre un excès de confiance américain : les restrictions à l’export surtout sur les puces ralentissent la Chine, mais ne l’arrêtent pas complètement.
- Problèmes internes chinois
- Crise immobilière Evergrande et autres.
- Conséquences des confinements COVID très stricts.
- Dette élevée mais surtout locale.
- Démographie défavorable.
Roach pense que Pékin peut naviguer face à ces défis grâce à sa capacité de planification à long terme, mais seulement s’il redonne de l’espace au secteur privé et à la consommation.
- Relations sino-américaines
Les deux pays sont pris dans un cycle de suspicion mutuelle dangereux.- Washington voit la Chine comme une menace existentielle et pratique une politique de « decoupling » / containment.
- Pékin voit les États-Unis comme décidés à l’empêcher de monter et adopte une posture défensive et nationaliste.
Roach insiste sur le risque d’« accidental conflict » (conflit accidentel), thème central de son livre de 2022.
- Taïwan et risques géopolitiques
Le sujet est évoqué comme un point de friction majeur, mais Roach reste prudent : ni Pékin ni Washington n’ont intérêt à une guerre, mais les malentendus et les incidents pourraient mener à une escalade involontaire. - Perspective d’espoir sont nuancées
Malgré tout, Roach croit encore possible une forme de coopération ou au moins de gestion stable de la rivalité, surtout dans les domaines où les intérêts convergent (IA sûre, changement climatique, dette mondiale). Il appelle à sortir des « faux récits » des deux côtés.
Roach est lucide et sans illusion, mais pas catastrophiste. Il parle avec l’autorité de quelqu’un qui connaît très bien les élites chinoises et américaines. Il critique les excès des deux côtés tout en soulignant que la Chine reste un partenaire incontournable, pas un ennemi à abattre.