Article choc de Marta Havryshko, exilée de guerre, militante des droits humains et chasseuse de néonazis autoproclamée, intitulé :« Ukraine’s military has a real Nazi problem » (L’armée ukrainienne a un vrai problème nazi)/
Il est publié sur le site Responsible Statecraft.
Responsible Statecraft est le magazine en ligne de l’Institut Quincy pour une Politique Étrangère Responsable (Quincy Institute for Responsible Statecraft), un think tank américain spécialisé en politique étrangère.
Marta Havryshko accuse les élites occidentales d’être allées trop loin en voulant déconstruire les narratifs russe; elles ont créé un mythe selon lequel « il n’y a pas de nazis en Ukraine » ou qu’ils sont « marginaux et sans influence ».
Son article documente au contraire une normalisation profonde de symboles néonazis au sein de l’armée, particulièrement depuis 2022 :
- Le Soleil noir (Black Sun), symbole ésotérique de la SS d’Himmler, apparaît sur les insignes de plusieurs unités issues d’Azov (notamment le peloton « Decepticons » et la 3e Brigade d’assaut).
- Le Wolfsangel (« rune du loup »), insigne de la 2e division SS « Das Reich », rebaptisé « Idée de la Nation » par Azov et repris par le bataillon Nachtigall.
- Le chiffre 1488 (référence aux « 14 mots » suprémacistes blancs et à « Heil Hitler »), tatoué sur le corps du commandant Oleksandr Kravtsov de l’unité Vedmedi, qui a également adopté la devise SS « Mon honneur est ma fidélité ».
- L’aigle nazi sur les patchs du 422e régiment de systèmes sans pilote, qui s’est même baptisé « Luftwaffe ».
- Des écussons de la Brigade Dirlewanger (unité SS tristement célèbre pour ses massacres pendant la guerre), portés ouvertement par une sous-unité de la 3e Brigade d’assaut lors d’une cérémonie publique à Kiev en 2025.
Ces symboles ne sont pas des « références historiques innocentes » ou de simples tatouages privés. Ils sont photographiés, publiés sur les réseaux officiels des brigades, vendus en merchandising (hoodies, mugs) et intégrés dans des unités d’élite qui reçoivent armes et formation occidentales.
Pourquoi ce silence ?
L’autrice explique ce mutisme par un marché politique sordide.
En temps de guerre totale, l’État ukrainien a besoin de toutes les forces disponibles, y compris des réseaux d’extrême droite qui apportent des combattants motivés et expérimentés. En échange, ces groupes obtiennent légitimité, armes et protection institutionnelle.
Le gouvernement Zelensky, qui comptait initialement sur une armée « dépolitisée », a préféré fermer les yeux.
Du côté occidental, le même calcul prévaut : mieux vaut ne pas poser de questions gênantes sur des alliés qui infligent des pertes à la Russie. Questionner la présence de ces symboles est immédiatement qualifié de « propagande du Kremlin », ce qui empêche tout débat sérieux.
Pourtant, comme le rappelle Marta Havryshko, cela pose un problème majeur :
- Moral : ces symboles insultent la mémoire des 7 millions d’Ukrainiens qui ont combattu dans l’Armée rouge et des 1,5 million de Juifs ukrainiens victimes de la Shoah.
- Légal : ils violent la législation ukrainienne de 2015 qui interdit la propagande nazie (jusqu’à 5 ans de prison).
- Stratégique : chaque photo d’un soldat ukrainien avec une rune SS offre à Moscou une victoire de communication gratuite.
Les partisans inconditionnels de l’Ukraine, accusent l’autrice de faire le jeu de la propagande russe en omettant de mentionner les groupes néonazis combattant aux côtés de Moscou (Rusich, Wagner, etc.).Marta Havryshko assume sa position : elle n’est pas une « experte des néonazis russes » et se concentre sur son pays, qu’elle critique précisément parce qu’elle l’aime et qu’elle en est une réfugiée de guerre.
Son article lance un avertissement clair : ignorer ce problème ne le fait pas disparaître. Au contraire, il risque de saper la légitimité morale du combat ukrainien et de laisser à la Russie un argument de propagande qu’elle n’aurait jamais dû avoir.
Un texte qui mérite d’être lu intégralement il est disponible en anglais sur Responsible Statecraft.