Tibi 3 : 31 milliards d’euros pour combler le « fantastique retard » français et européen en deeptech !
Un effort bienvenu, mais à l’échelle du ridicule face aux mastodontes américains et chinois.
À l’occasion de Vivatech, le ministre de l’Économie Roland Lescure a annoncé la mobilisation supplémentaire de 13 milliards d’euros par les investisseurs institutionnels partenaires de l’initiative Tibi.
L’objectif est d’atteindre 15 milliards d’euros d’ici fin 2026 pour cette troisième phase, portant le total mobilisé depuis le lancement en 2020 à près de 31 milliards d’euros.
31 milliards d’ euros? Diable!
La priorité affichée est l’innovation de rupture, avec 50 % des investissements vers la deeptech (quantique, intelligence artificielle, biotech, space tech).
Nouveaux entrants notables : Carac, SNCF, RATP, Naval Group, MBDA et Eutelsat, pour renforcer le volet souveraineté et défense.
Ils ‘agirait d’une ambition européenne renforcée avec de nouveaux fonds fonds paneuropéens.
Sur le papier, c’est une bonne nouvelle. Mobiliser des capitaux institutionnels français et européens pour les entreprises technologiques, c’est exactement ce dont l’écosystème a besoin. Mais à y regarder de plus près, ces 31 milliards d’euros cumulés sur six ans font figure de goutte d’eau face au gouffre à combler.
Face à l’océan américain lui meme en partie fiancépar des ressources européennes, ce que proposent l’europe est un maigre filet d’eau.
En 2024 seulement, les investissements privés américains dans l’intelligence artificielle ont atteint 109,1 milliards de dollars (environ 100 milliards d’euros), selon le Stanford AI Index 2025. Soit plus de trois fois le total Tibi depuis 2020… et rien que pour l’IA.
Les États-Unis captent environ 81 % des financements mondiaux privés en IA. L’Europe (UE + Royaume-Uni) se contente d’une part dérisoire , autour de 10-12 % selon les rapports (Dealroom, Stanford).
En 2024, les startups européennes d’IA ont levé environ 12-13 milliards de dollars, contre plus de 100 milliards aux États-Unis.
Le fossé se creuse encore sur le quantique. La France a lancé son Plan Quantique avec un engagement public-privé d’environ 1,8 milliard d’euros (dont 1 milliard d’État). Les États-Unis viennent d’annoncer, en mai 2026, 2 milliards de dollars de financements publics (via le CHIPS and Science Act) rien que pour neuf entreprises quantiques, avec prise de participation de l’État.
La Chine, elle, a investi massivement via des fonds d’État, avec des montants publics souvent estimés plusieurs fois supérieurs à ceux des États-Unis sur cette technologie.
Tibi mobilise des investisseurs institutionnels (Caisses de retraite, assureurs, grandes entreprises). C’est nécessaire pour la stabilité du financement. Mais cela reste du capital « patient » et prudent, loin des prises de risque des tours de table géants que les fonds de capital-risque américains ou les géants technologiques (Microsoft, Google, Amazon, NVIDIA…) injectent chaque année dans l’IA générative, les data centers ou les semi-conducteurs.
Le CHIPS Act américain a déjà attiré plus de 640 milliards de dollars d’investissements annoncés dans la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs.
L’Europe, avec son European Chips Act (environ 43 milliards d’euros de financements publics identifiés), vise à doubler sa part de production mondiale de puces avancées d’ici 2030… mais elle part de très bas et avec des montants bien plus limités en « argent frais ».
Le retard « fantastique » reste fantastiquement réel. La France et l’Europe excellent dans la recherche fondamentale, elle a quelques talents et occupent certaines niches (Mistral AI, Pasqal, etc.). Mais le passage à l’échelle industrielle, les modèles fondationnels de pointe, les data centers à l’échelle hyperscale et les chaînes de valeur complètes restent dominés par les États-Unis et la Chine.
31 milliards d’euros sur six ans pour l’ensemble des technologies stratégiques françaises, c’est l’équivalent de ce que les États-Unis investissent en quelques mois dans l’IA privée.
C’est un signal positif mais rien deplus qu’un signal. Ce n’est pas une structuration de l’écosystème technologique ni un véritable renforcement du volet défense et souveraineté.
Pour que Tibi et les initiatives européennes équivalentes passent du symbole à l’arme de rattrapage crédible, il faudrait des montants d’un autre ordre de grandeur : des fonds paneuropéens de plusieurs dizaines de milliards par an, une vraie capacité à attirer et retenir les capitaux privés à risque, des perspectives de mise en valeur et rentabilité, et en plus
La souveraineté technologique ne se décrète pas à coups de quelque dizaines de milliards mobilisés. Elle se construit à l’échelle des centaines de milliards.