Marc Bloch au Panthéon pour le désulfuriser et occulter son véritable apport. La trahison de son message.

Annie Lacroix-Riz est historienne spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et du comportement des élites françaises pendant cette période.

Elle fait très souvent référence à Marc Bloch, qu’elle admire et qu’elle présente comme une source d’inspiration majeure.

Elle se positionne explicitement comme celle qui accomplit le vœu de Bloch : faire la lumière sur les causes profondes de la défaite de 1940 , ce qu’il appelait « l’étrange défaite ».

Elle va intervenir sur ce sujet dans quelques jours.

Sa conférence « Panthéonisation de Marc Bloch : l’enterrement d’un historien résistant » est programmée pour samedi 27 juin 2026 à 14h à la Commune libre d’Aligre (3 rue d’Aligre, 75012 Paris), dans le cadre d’un «Café marxiste.»

Le texte intégral de la conférence d’Annie Lacroix-Riz sur la panthéonisation de Marc Bloch n’est pas encore disponible.

Voici ce qui est disponible publiquement à ce jour :

1. Texte d’annonce officiel de la conférence (source : Café marxiste / Commun Commune)

CONFÉRENCE CAFÉ MARXISTE – MARDI 27/06 – 14h à 16h – à la Commune Libre d’Aligre, 75012 Paris. Panthéonisation de Marc Bloch : l’enterrement d’un historien résistant – avec Annie Lacroix-Riz.

Depuis une quinzaine d’années, l’historien-résistant Marc Bloch est vénéré même par des historiens pourtant muets sur ses écrits clandestins, cœur de sa Résistance.

Il a, entre L’étrange Défaite et l’article écrit peu avant son assassinat par la Gestapo (juin 1944), compris le complot ourdi contre la République et contre la Nation par les hauts militaires, « les politiciens comme Laval, les journalistes comme Brinon, les hommes d’affaires comme ceux du Creusot, les hommes de main comme les agitateurs du 6 février ».

Que voulait dire ce grand médiéviste mué en historien « du temps présent » en tranchant, dès l’automne 1940 : « En 1940, Bazaine a réussi » ?

C’est de ce constat de Marc Bloch, caché par sa panthéonisation-neutralisation, que la Conférence traitera.


Le 23 juin 2026, Marc Bloch et symboliquement son épouse Simonne est entré au Panthéon lors d’une cérémonie présidée par Macron

C’est la première fois qu’un historien y est reçu.

L’événement a été largement médiatisé comme un hommage à un grand intellectuel, résistant et fondateur (avec Lucien Febvre) de l’école des Annales. Bloch, fusillé par la Gestapo le 16 juin 1944 à Lyon; il incarne pour beaucoup le courage intellectuel et civique.

Annie Lacroix-Rizpart d’un constat : depuis une quinzaine d’années, Bloch est célébré, mais les historiens mainstream restent « muets sur ses écrits clandestins », qui constituent pourtant « le cœur de sa Résistance ».

Entre la rédaction de L’Étrange Défaite (juillet-septembre 1940) et l’article anonyme qu’il publie en avril 1944 dans Les Cahiers politiques (peu avant son exécution), Bloch a, selon elle, parfaitement compris que la défaite de 1940 n’était pas seulement le résultat d’une « incapacité du commandement » ou de faiblesses sociétales, mais le fruit d’un complot ourdi par une partie des élites françaises (hauts militaires en premier lieu, mais aussi politiciens comme Laval, journalistes comme Brinon, hommes d’affaires, etc.).

Elle met particulièrement en avant cette formule choc de Bloch, écrite dès l’automne 1940 : « En 1940, Bazaine a réussi ».


Par cette référence à la trahison du maréchal Bazaine en 1870, Bloch signifiait que la défaite de 1940 avait été, au moins en partie, organisée ou facilitée par des responsables français prêts à sacrifier la République et l’alliance avec l’Angleterre pour éviter une guerre totale contre l’Allemagne nazie et, surtout, pour écraser le mouvement ouvrier et le Front populaire.


Selon elle, la cérémonie officielle et les discours qui l’accompagnent réduisent Bloch à une figure consensuelle : grand historien, résistant héroïque, victime du nazisme. On occulte ainsi :

Son diagnostic très sévère sur les responsabilités des élites militaires et civiles dans la défaite.

Ses écrits clandestins de la Résistance, plus radicaux.

Son appel (dans l’article de 1944) à faire toute la lumière sur « les intrigues menées chez nous de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin ».


Cette conférence s’inscrit dans la continuité directe du travail d’Annie Lacroix-Riz, travail que j’ai souvent rapporté et commenté:

Son livre majeur Le Choix de la défaite – Les élites françaises dans les années 1930.

Sa communication de 2012 au colloque Marc Bloch : « La défaite de 1940 : l’interprétation de Marc Bloch et ses suites »

Dans ce texte de 2012, elle analysait déjà comment Bloch avait perçu les responsabilités profondes des élites tout en restant prudent dans la désignation des coupables, et comment l’historiographie dominante avait ensuite « enterré » cette analyse.

Cette conférence est importante , a mon avis , elle est même exemplaire.


Annie Lacroix-Riz propose une lecture matérialiste et critique de la mémoire officielle. Pour elle, honorer Bloch tout en taisant ce qu’il a vraiment écrit sur les causes de la défaite, c’est trahir son héritage.

La panthéonisation est un outil de révisionnisme soft : on célèbre le résistant tout en minimisant la trahison des élites qui, selon Bloch et elle, a rendu possible la défaite et la collaboration.


La conférence du 27 juin 2026 s’annonce comme une intervention forte et polémique, typique du style d’Annie Lacroix-Riz : documentée directement dans les textes et les archives, sans concession, et centrée sur la nécessité de ne pas laisser la mémoire officielle effacer les aspects les plus dérangeants de l’histoire.


Si la conférence est filmée (ce qui est probable pour un Café marxiste), le vidéo sera probablement mise en ligne dans les jours qui suivent sur la chaîne YouTube du Café marxiste ou sur le blog Commun Commune.

EN PRIME

monde-diplomatique.fr

Points clés de ses commentaires :

  • Dans son livre Le Choix de la défaite (plusieurs éditions, dont 2006 et mises à jour) : Elle cite en ouverture ou en exergue le texte de Bloch d’avril 1944 (ajouté en annexe à L’Étrange Défaite), où il annonce qu’un jour on pourra éclairer les intrigues pro-Axe de 1933-1939. Lacroix-Riz affirme que son travail massif d’archives (sur les élites, le patronat, la banque, etc.) réalise ce programme. Gilles Perrault, dans une recension au Monde diplomatique, écrit qu’elle accomplit « à sa manière énergique, le vœu formulé naguère par Marc Bloch ». monde-diplomatique.fr
  • Texte principal : « La défaite de 1940 : l’interprétation de Marc Bloch et ses suites » (communication au colloque Marc Bloch en février 2012, mise en ligne en 2013).
    Elle y analyse en détail L’Étrange Défaite (rédigé en 1940) : Bloch y décrit l’incapacité du commandement, la gabegie militaire, les soupçons de trahison (ex. général Blanchard), mais aussi les responsabilités plus profondes de l’arrière (classes aisées, vénalité de la presse, pacifisme munichois, etc.).
  • Lacroix-Riz pousse plus loin en accusant une « haute trahison » des élites pro-allemandes et en critiquant l’historiographie dominante qui, selon elle, enterre cette analyse radicale de Bloch.

Lacroix-Riz se revendique de l’esprit critique et archivistique de Bloch (elle va « aux archives comme le mineur au charbon »), elle radicalise son diagnostic vers une thèse de trahison préméditée des élites françaises dans les années 1930.

Certains historiens lui reprochent d’ailleurs une lecture trop orientée ou « captatrice » de Bloch.

Voici le PDF du colloque : « La défaite de 1940 : l’interprétation de Marc Bloch et ses suites »


Annie Lacroix-Riz, communication au colloque Marc Bloch (Rouen, 8-10 février 2012), mise à jour juin 2013.

Lien direct (PDF gratuit, ~21 pages) : https://www.historiographie.info/colloqbloch.pdf

Résumé de l’article, communication

Lacroix-Riz présente L’Étrange Défaite (rédigé juillet-septembre 1940) comme un diagnostic lucide mais incomplet de Bloch.

Il décrit bien :

  • L’incapacité du commandement (gabegie, inaction, vieillards en retard d’une guerre).
  • Des soupçons de haute trahison (ex. : le général Blanchard qu’il a vu prêt à une « double capitulation »).
  • Les responsabilités de l’arrière : classes aisées indifférentes, vénalité de la presse, pacifisme munichois, etc.

Bloch reste prudent (anonymat des coupables, critiques aussi contre les salariés). Lacroix-Riz pousse plus loin : elle dénonce une trahison préméditée des élites (patronat, banque, synarchie, presse subventionnée par l’Axe) dès les années 1930, documentée par ses travaux .

Elle reproche à l’historiographie dominante d’avoir « enterré » cette lecture radicale de Bloch au profit d’une version plus consensuelle (seulement « erreur » militaire).

« Marc Bloch fit en rédigeant de juillet à septembre 1940 L’étrange défaite un descriptif suggérant qu’il en avait compris les causes. Les causes de court terme, d’abord – gabegie et inaction militaires […]. Mais L’étrange défaite dénonçait aussi la haute trahison, avant tout celle du général Blanchard […]. » (p. 1-2)

Sur Blanchard (témoin direct de Bloch) :

« Il saisit avec stupeur […] une conversation […] : Blanchard confiait […] “Je vois très bien une double capitulation”, confidences enjouées qui “donnèrent le frisson” à l’auditeur clandestin. » (p. 3)

Sur les causes de long terme et la presse :

« Le plus grave était que la presse dite de pure information […] servaient, en fait, des intérêts cachés, souvent sordides, et parfois, dans leurs sources, étrangers à notre pays. » (citation de Bloch, commentée par Lacroix-Riz)

Sur le vœu de Bloch (conclusion) :

« Il appartient aux historiens d’aujourd’hui de poursuivre, via la consultation de sources désormais assez largement ouvertes, la quête du grand historien sur les causes de la Débâcle. »

Autres ressources rapides

  • Livre principal : Le Choix de la défaite – Les élites françaises dans les années 1930 (Armand Colin, plusieurs éditions). Il commence souvent par une référence à Bloch et réalise « à sa manière énergique, le vœu formulé naguère par Marc Bloch » (Gilles Perrault). dunod.com

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