Éditorial : La volatilité révèle la mort des fondamentaux
Bruno Bertez
26 juin 2026
La volatilité ne nous informe plus sur la réalité économique sous-jacente. Elle révèle, au contraire, avec une clarté brutale, la transformation perverse des marchés financiers contemporains.
ils ont selon moi cessé d’être legitimes.
Qu’il s’agisse du pétrole, de l’or, des valeurs technologiques, du dollar ou des taux d’intérêt, tous les marchés dérivent aujourd’hui sans valeur intrinsèque définie. Tout est devenu désancré, frivole et dépourvu de tout référent objectif. La notion même de « fondamental » a cessé d’être une catégorie opérationnelle.
Lorsque les valorisations flottent librement, détachées de toute substance économique, le pouvoir bascule. Les prix passent sous le contrôle des acteurs les plus puissants, des animal spirits, du sentiment aléatoire et de la pure spéculation.
La fonction première des marchés et des prix — éclairer l’avenir et fournir des signaux fiables pour la prise de décision — a pratiquement disparu.
Les marchés n’exercent plus aucune fonction économique réelle.
Ce qui domine désormais n’est plus la découverte et l’exploitation rationnelle de la valeur, mais l’exploitation systématique des passions collectives, des émotions et de la crédulité.
La sottise n’est plus un simple défaut de jugement humain : elle est devenue le moteur émotionnel central de la formation des prix.
Ceci constitue l’aboutissement logique d’un ordre financier postmoderne dans lequel le lien entre cause et effet a été rompu.
Dans un tel monde, effort et récompense, risque et rendement, réalité et représentation ne correspondent plus. Tout semble « tomber du ciel », récompensant ceux qui maîtrisent le mieux les narratifs, le momentum et la psychologie des foules, plutôt que ceux qui évaluent correctement les fondamentaux économiques.
Les implications sont profondes. Investisseurs comme décideurs publics naviguent désormais dans une salle des miroirs où la volatilité n’est plus une mesure du risque ancrée dans des évolutions économiques réelles, mais le symptôme d’un système qui a perdu ses amarres.
Dans cet environnement, une stabilité apparente peut masquer une extrême fragilité, et les mouvements violents de prix deviennent la norme plutôt que l’exception.
Nous assistons à la phase terminale d’un long processus : le remplacement de l’analyse fondamentale par la narration performative, le triomphe de la liquidité sur la solvabilité, et la subordination de la réalité économique au spectacle financier.
Tant que cette déconnexion ne sera ni reconnue ni corrigée, les marchés continueront d’amplifier les distorsions plutôt que de les résorber.L’ère de la finance frivole n’est pas seulement instable : elle est structurellement irrationnelle.
Et la volatilité, loin d’être un bruit parasite, en constitue le signal le plus fort et le plus inquiétant.