Deux développements récents, l’un dans le Golfe et l’autre au Liban, illustrent la fragilité des équilibres régionaux et la possibilité d’une extension du conflit.
Le détroit d’Ormuz : contestation de contrôle et incidents navals; L’Iran affirme un contrôle étendu sur le détroit d’Ormuz, voie stratégique pour le transport maritime mondial. Pourtant, au moins la moitié du passage relève de la juridiction d’Oman, État signataire de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.
Cette différence d’interprétation juridique crée un contentieux durable.
Oman, traditionnellement neutre et historiquement lié aux puissances anglo-saxonnes, a refusé de s’aligner sur les positions iraniennes.
Le 26 juin, l’Organisation maritime internationale (OMI) a organisé le passage d’un convoi de navires bloqués dans le Golfe, avec l’appui d’Oman. Téhéran y a vu une tentative de contester son influence.En réponse, l’Iran a mené une attaque de drone mineure contre un porte-conteneurs singapourien ayant quitté le Golfe hors du cadre de l’opération OMI.
L’attaque n’a causé ni blessé ni dégâts majeurs. L’OMI a suspendu son plan d’évacuation pour des raisons de sécurité.Les États-Unis ont répliqué par des frappes aériennes sur des installations radar iraniennes près de Sirik, dans le sud du pays. L’Iran a annoncé des représailles contre des « cibles militaires américaines » dans la région, sans que l’ampleur des dommages soit confirmée à ce stade.
Si les dégâts restent limités, une désescalade reste possible.
Cependant, l’incident souligne la vulnérabilité du détroit et la compétition pour son contrôle.
Le Liban : un nouvel accord aux risques élevés. Parallèlement, un accord tripartite signé entre le Liban, les États-Unis et Israël permet à ce dernier de maintenir une présence dans le sud du Liban, y compris dans une soixantaine de localités. Cet accord impose le désarmement du Hezbollah, sans que le gouvernement libanais dispose des moyens ou du consensus nécessaire pour l’appliquer.
Le contexte historique éclaire les risques. L’implantation palestinienne après 1948 et 1967, suivie de la guerre civile (1975-1990), a profondément transformé la démographie et les équilibres confessionnels libanais.
L’occupation israélienne du sud (1982-2000) et le rôle du Hezbollah dans la résistance ont façonné l’architecture politique actuelle, où les chiites, devenus majoritaires, restent sous-représentés.
L’accord actuel, perçu comme imposé sous pression extérieure, rappelle l’accord du 17 mai 1983, qui manquait de légitimité interne et fut rejeté. Il repose sur le désarmement d’une faction majeure sans son consentement et sur une médiation américaine jugée partiale.
Plusieurs analystes estiment qu’il pourrait raviver les divisions internes et mener à une nouvelle guerre civile, suivie potentiellement d’une intervention extérieure.
Perspectives stratégiques: Ces deux événements interviennent dans un contexte de négociations fragiles entre l’Iran et les États-Unis. L’accord libanais, conclu au milieu d’un cessez-le-feu, complique les efforts de désescalade régionale.
Du côté israélien, les déclarations officielles indiquent une anticipation de menaces futures, y compris de la part de la Turquie, acteur sunnite membre de l’OTAN aux ambitions régionales affirmées.
L’ensemble dessine un tableau où les initiatives unilatérales ou bilatérales risquent de produire des effets contraires aux objectifs déclarés de stabilisation.
La légitimité interne des arrangements imposés reste le facteur déterminant de leur viabilité à long terme. Dans un Moyen-Orient marqué par des mémoires historiques lourdes et des équilibres confessionnels complexes, la recherche de solutions durables exigerait une prise en compte réaliste des rapports de force locaux
.La situation demeure évolutive.
Une gestion mesurée des incidents dans le Golfe et une réévaluation des modalités de l’accord libanais pourraient limiter les risques de conflagration plus large. À l’inverse, une logique de confrontation accrue élargirait le champ des hostilités.