BRUNO BERTEZ
le 2 juillet
Dans un discours récent tenu au Forum de la Banque centrale européenne à Sintra, le président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, a exposé une ambition majeure : doter la Fed d’un système de veille économique en temps réel, fondé sur l’intelligence artificielle, les données alternatives et une infrastructure financière modernisée.
L’objectif affiché est de surmonter les retards structurels des statistiques officielles — feuilles de paie révisées, inflation en décalage, PIB rétrospectif — afin d’identifier plus tôt les points d’inflexion et de réduire les erreurs de politique monétaire dont le coût se chiffre en trillions de dollars.
Cette démarche technique, en apparence pragmatique, soulève cependant une interrogation fondamentale et grave sur la nature même de la gouvernance économique.
Gouverner ne consiste pas seulement à réagir avec promptitude aux signaux immédiats c’est, avant tout, anticiper les forces structurelles de long terme qui façonnent les trajectoires des nations. Cette anticipation doit etre complexe et multiforme car sur le long terme, les invariants varient; par exemple la priorité donnée à la croissance du PIB ou de l’emploi peut laisser la place à d’autres priorités qui un jour se révèlent envahissantes.
L’obsession contemporaine pour l’optimisation en temps réel risque d’enfermer les décideurs dans une myopie dangereuse, où le court terme dicte l’action au détriment de la vision stratégique.
Il convient toujours de se poser la question de l’optimisation, l’optimisation est jamais un absolu, elle est toujours relative, l’optimum d’aujourd’hui ne sera pas l’opimum de demain ; il suffit de regarder la révolution Trumpiste qui a bouleversé tous les optimums et leurs contenus.
L’idée selon laquelle le long terme ne serait qu’une succession linéaire de courts termes constitue une illusion intellectuelle dangereuse. Or c’est l’idée des apprentis sorciers qui croient que tout est dérivable.
Les dynamiques économiques profondes — transitions démographiques, ruptures technologiques, recompositions géopolitiques, évolution de la productivité potentielle, survenue d’externalités — ne se réduisent pas à une intégrale simple des fluctuations de haute fréquence. Elles présentent un caractère émergent et non linéaire, souvent décrit, dans les approches inspirées de l’éconophysique, comme fractal : des régularités d’échelle coexistent avec des discontinuités brutales, des auto-similarités trompeuses et des seuils critiques où de faibles perturbations produisent des effets disproportionnés.
Dans ce cadre, l’adoption généralisée de tableaux de bord en temps réel, si elle accroît la réactivité tactique, expose à de nombreux périls majeurs.
Elle peut engendrer une fausse précision : les modèles d’IA, convergeant souvent sur les mêmes signaux dominants, amplifient le bruit plutôt qu’ils n’éclairent le signal structurel. Les données privées, par nature incomplètes ou orientées, risquent de subordonner la politique publique à des intérêts privés. Surtout, la dépendance à des systèmes opaques peut nourrir une confiance excessive chez les autorités, les incitant à des ajustements fréquents et pro-cycliques qui déstabilisent les anticipations de long terme et érodent la crédibilité institutionnelle.
L’histoire monétaire récente illustre tragiquement les coûts d’une telle focalisation excessive sur le présent.
Des politiques calibrées sur des indicateurs à haute fréquence ont parfois masqué l’accumulation de déséquilibres structurels, qu’il s’agisse du désancrage des anticipations d’inflation ou de l’affaiblissement durable de l’offre potentielle.
La Fed, comme toute grande institution de politique publique, porte une responsabilité historique : non pas celle de piloter l’économie au jour le jour, mais celle de préserver les conditions d’une prospérité soutenable sur plusieurs décennies.
La modernisation des outils de mesure est légitime et nécessaire. Elle ne doit cependant pas occulter l’exigence première d’une gouvernance lucide, philosophiquement étayée : articuler avec rigueur une veille tactique en temps réel et une analyse stratégique ancrée dans les fondamentaux de long terme.
L’erreur majeure, celle qui a plongé le monde post moderne dans le chaos et la frivolité, cette erreur est celle non pas de l’interprétation des données de court terme, mais l’interprétation des données et des causes de la Crise de… 1929! Ce qui compte ce ne sont pas les données de court terme mais le cadre analytique dans lequel elles s’insèrent et sont interprétées. C’est le revisionnisme historique idéologique des monétaristes et des keynésiens qui a conduit les responsables de la conduite des affaires a la suraccumulation de dettes, de liquidités et d’interventions tout au long des derniéres décennies! les causes du chaos actuel et de la non gerabilité de nos systmes viennentde loin de tres loin et elles ne ressortent surtout aps des données de court terme ou du tems réel.
LA DEMARCHE COURT TERMISTE EST UN PRODUIT DES ILLUSIONS DE LA POST MODERNITE, DES ILLUSIONS DE TOUTE PUISSANCE DES GRANDS PRETRES DE LA RELIGION MONETAIRE QUI SE CROIENT DEMIURGES. C’ETAIT DEJA L’ILLUSION DE GREENSPAN QUI CROYAIT QU’EN EN SACHANT PLUS SUR LE COURT TERME IL ALLAIT MAITRISER LE LONG TERME.
Seule cette synthèse d’un cadre analytique solide et éprouvé, de la prudence face aux données et de l’humilité quant aux pouvoirs que l’on a permettra à la banque centrale d’exercer pleinement son mandat.
Elle pourra le faire non comme un opérateur de marché réactif, mais comme une institution garante de la stabilité et de la prospérité durable.
L’enjeu dépasse largement les aspects techniques. Il touche à la capacité même des démocraties modernes à résister à la tyrannie de l’immédiateté. Face aux défis immenses du XXIe siècle, la Fed — et, au-delà, les autorités monétaires du monde entier — doit choisir : céder à la séduction du temps réel ou assumer, avec gravité, le devoir de regarder loin.
L’avenir économique des nations dépendra, pour une large part, de ce choix.
Le monde a plus besoin de sages, de gens d’expérience, pas trop nevrosés et de haute tenue morale que de mathématiciens ou spécialistes des modèles et algorithmes.
Les modèles sont le refuge de nos ignorances.
On a essayé les cerveaux nobélisés dont sont sortis des modèles qui font encore référence dans le domaine des options et on a vu ce que ça donnait avec LTCM…La faillite a été d’autant plus retentissante qu’elle était impossible selon les mathématiques…Essayons la martingale de l’intelligence artificielle, la douleur sera tout aussi réelle.
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