Editorial. A propos du long terme, des retraites et des refus forcenés de nos société d’accepter la Vérité.

Keynes était un genial usurpateur , il a proposé face à la crise des années 30 des remèdes pour lutter contre les tendances endogènes crisiques du capitalisme; répartition sociale, dettes, déficits, illusion monétaire etc .

Il avait coutume de dire pour balayer les objections sur les inconvénients de long terme: « à long terme nous sommes tous morts »!

C’est une imbécillité de mauvaise foi car à long terme nous sommes non pas morts mais … à la retraite!

Nous subissons les inconvenients du Keynésianisme au cours de notre vie; limites de l’état providence, limites des déficits, limites de l’endettement, limites de l’absence d’épargne , limites de la spéculation, limites de l’avilissement monétaire etc.

Ceci m’a conduit à réfléchir en passant aux systèmes de retraite, systèmes qui ne peuvent nier et négliger le long terme, eux puisqu’ils sont censés s’y inscrire!

Les systèmes de protection sociale : deux faces d’une même fragilité ou d’un meme mensonge ponziesque ?

Dans un monde où les populations vieillissent et les taux de fécondité s’effondrent, les systèmes de retraite et de protection sociale sont au cœur d’un débat crucial.

D’un côté, les régimes par répartition où les actifs financent directement les retraités ; de l’autre, les systèmes par capitalisation où chacun accumule son propre capital.

L’argument que j’avance est que les deux sont, à leur manière, des schémas à la Ponzi : ils reposent sur des hypothèses de croissance infinie ou de rendements perpétuels qui, historiquement, se révèlent illusoires. Il y a des Ponzi qui se développent en continu et des ponzis qui se révèlent periodiquement.

1. La répartition est un Ponzi démographique pur. Les systèmes par répartition (Sécurité sociale, régimes de base en France, Social Security américaine, etc.) ont été conçus au XXe siècle dans un contexte de forte croissance démographique et économique. Chaque génération plus nombreuse que la précédente devait financer ses anciens , avec un ratio cotisants/retraités confortable ( 4 ou 5 pour 1).

Aujourd’hui, la réalité est inverse :

  • Taux de fécondité durablement sous le seuil de renouvellement (environ 1,5-1,6 en Europe et aux États-Unis).
  • Population vieillissante et espérance de vie en hausse.
  • Un nombre restreint de jeunes actifs doit soutenir une masse croissante de retraités.

C’est le cœur du problème : sans nouvelle génération abondante, le flux entrant ne suffit plus à payer les promesses sortantes.

Les réserves (trust funds) ne sont souvent que des reconnaissances de dette publiques, ce ne sont pas des actifs réels.

Les politiciens qui ont voté ces promesses sont partis depuis longtemps ; la facture arrive aux générations suivantes, qui n’ont pas eu leur mot à dire.

Quand la démographie régresse, la répartition devient structurellement un Ponzi : elle nécessite un apport continu de nouveaux contributeurs (ou de dette/impression monétaire) pour tenir.

Sans réforme (âge de départ, taux de cotisation, sans immigration massive ou sans baisse des prestations), le système est mathématiquement condamné.

2. La capitalisation est un Ponzi financier et bullaire. La capitalisation semble plus «saine» : on accumule son propre capital (actions, obligations, immobilier, fonds de pension) qui est investi dans l’économie réelle et produit des rendements. Pas de transfert forcé entre générations, mais de la propriété individuelle gérée par exemple par BlackRock.

.Pourtant, elle présente elle aussi des traits ponziesques et une fragilité pyramidale :

  • Alimentation par le crédit et la création monétaire : Les cours boursiers ne reflètent pas uniquement la productivité réelle. Ils sont gonflés par l’endettement des entreprises, du gouvernement et des ménages, les rachats d’actions sont financés par les dettes, et les politiques monétaires ultra-accommodantes (Quantitative Easing). La création monétaire massive depuis 2008 a créé un environnement où les actifs financiers montent presque mécaniquement, indépendamment des fondamentaux.
  • Suraccumulation est réelle et les rendements sont illusoires : Si tout le monde épargne massivement sans croissance parallèle de la production réelle (paradoxe de l’épargne keynésien), les rendements réels chutent. On arrive à une « trappe à liquidité » ou à des bulles spéculatives.
  • Crises récurrentes comme destructrices périodiques : L’histoire le prouve abondamment. 1929, 1987, 2000 (bulle dot-com), 2008 (subprimes), 2020 (COVID flash crash)… Les crises financières reviennent régulièrement et effacent une partie des suraccumulations de capital fictif. Les épargnants perdent une décennie de gains en quelques mois. Ce n’est pas une anomalie, mais une caractéristique du système : le capital accumulé n’est pas immortel ; il est exposé à la volatilité, aux bulles et aux dépréciations massives.. Exemple le Credit Privé aux USA qui devait aider à maintenir les retraites et assurances et qui est en déconfiture réelle mais cachée maintenant. N’est ce pas BlackRock?

La capitalisation transforme le risque démographique en risque de marché et en pari systémique. Elle n’échappe pas à la dépendance à une croissance perpétuelle (des profits, des valorisations, de l’économie réelle).

3. Répartition et capitalisation sont les deux faces d’une même illusion bourgeoise de pérennité. Dans les deux cas, on promet une sécurité future fondée sur des hypothèses optimistes mais intenables :

  • Répartition avec croissance démographique et économique infinie.
  • Capitalisation avec rendements boursiers positifs nets de crises, sans suraccumulation destructrice.

L’histoire montre que ni l’une ni l’autre n’est robuste à long terme sans croissance sous-jacente forte (démographique + productivité + innovation technologique).

Les deux peuvent survivre en phase d’expansion, mais craquent quand les conditions changent.

La répartition craque sur la démographie ; la capitalisation sur les cycles financiers et les cycles de bulles de crédit.

Les hybrides (répartition minimale + capitalisation obligatoire, comme en Suède, Australie ou Chili) atténuent les risques, mais ne les suppriment pas.

Qualifier ces systèmes de « Ponzi » comme je le fais est provocateur, mais utile : cela force à regarder la réalité en face. Aucun système de retraite ne peut tenir sans croissance réelle — celle de la population active, de la productivité et celle d’une économie qui crée de la valeur tangible plutôt que du crédit et des actifs financiers gonflés.

Les solutions « durables » passeraient par :

  • Politiques natalistes ambitieuses (familles, logement, conciliation vie pro/perso).
  • Investissement massif dans l’innovation et l’éducation pour booster la productivité.
  • Réformes honnêtes des systèmes (âge, incitations à travailler plus longtemps, diversification des actifs).
  • Acceptation systémique que les promesses du passé ne sont plus tenables a l’avenir sans ajustements.

Les systèmes de retraite et leur problématique sont le symbole du mensonge sur reposent reposent nos societes bourgeoises positivistes; , sociétés qui refusent la dialectique du changement et du mouvement.

Ce mensonge est que: l’on peut mettre du fixe sur du variable!

Tout bouge, tout change tout évolue; on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.

Tout meurt et nos sociétés se comportent comme si tout était fixe, éternel, positif, etc

Nos sociéét veulent de façon forcenée des invariants, exemple l’Amerique qui ne veut pas accepter son destin et son déclin!

Nos societes rejettent dans le non-su tout ce qui les dérangent, tout ce qui est négatif, elle n’en veulent rien savoir, elles sont construites sur de gigantesques mensonges fondateurs!

Ni la répartition ni la capitalisation ne sont magiques. Elles sont des outils, pas des solutions éternelles à la question fondamentale : comment une société vieillissante et à faible natalité peut-elle maintenir le niveau de vie des générations précédentes sans appauvrir les suivantes ?

Le débat ne doit pas opposer dogmatiquement les deux modèles, mais reconnaître leur fragilité commune face à une démographie en déclin et à une économie dépendante du crédit, des grands cycles et du taux de profit. .

L’avenir appartiendra à ceux qui combineront réalisme démographique, prudence financière et croissance productive réelle et pessimisme actif.

.Autant dire qu’il n’appartiendra à … personne.

3 réflexions sur “Editorial. A propos du long terme, des retraites et des refus forcenés de nos société d’accepter la Vérité.”

  1. Bonjour M. Bertez

    Pour compléter mon propos, extrait ce jour du Figaro: à propos des autoroutes, article de Maroun Eddé

    « ….En tout, on estime à plus de 76 milliards d’euros le manque à gagner pour l’État et les collectivités sur la durée de la concession, au profit de Vinci et d’Eiffage, aujourd’hui possédés à plus de 60% par des fonds étrangers avec en tête BlackRock, Qatar Holding et le fonds souverain norvégien. À chaque péage, plutôt que de payer pour alimenter nos propres infrastructures, on finance la pension d’un retraité californien.« 

    Cordialement

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  2. Bonjour M. Bertez

    le ponzi par capitalisation a aussi permis l’impérialisme financier du capitalisme US en donnant les moyens aux Blackrock et autres de s’imposer dans les principales branches de l’industrie : Ces fonds possèdent – en gros- 10% des grandes entreprises françaises, ce qui signifie que les travailleurs français voient leurs salaires maintenus à la baisse pour payer en partie les retraites des retraités US. par ailleurs, les cycles financiers sont plus courts que les cycles démographiques. Et on peut se demander si le désancrage de la finance n’a pas aussi dans ses causes l’obligation de maintenir à flot le système des retraites US par multiplication artificielle des signes.

    D’une autre côté, le système par répartition confronté à la baisse des cotisants par dénatalité peut maintenir son Ponzi ou plutôt sa « cavalerie » ( on paie les sortants avec l’argent des entrants) en multipliant les cotisants par immigration massive ce qui a aussi pour effet d’augmenter la pression sur les salaires au bénéfice du taux de profit.

    Les deux systèmes répartition et capitalisation ont été conçus avec biais idéologiques : capitaliste du côté anglo saxon, socialiste du côté français .Ce sont aussi ces biais idéologiques ancrés dans les cultures respectives qui font obstacle à toute tentative de réforme sans parler des intérêts électoraux des décideurs.

    les -ismes sont à la pensée ce que les isthmes sont aux continents: des étroitesses limitantes .

    Comme vous le dites, l’avenir n’appartient à personne .

    Par contre, le futur lui se crée aujourd’hui à partir de là où nous en sommes.

    Cordialement

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  3. Sauf à ce que l’éthique et la morale n’aient aucune importance dans ce débat, je ne mets pas les deux systèmes et les deux mensonges sur un pied d’égalité.La retraite ne devrait pas se jouer à la roulette or c’est ce qui se passe aujourd’hui sur les marchés dont personne de sérieux ne peut nier qu’ils sont devenus un casino.La répartition n’est pas plombée que par la démographie ; on aurait pu réfléchir à des moyens de la pérenniser mais cela suppose des choix forts. On ne peut pas en faire impunément un handicap en se mettant en concurrence ouverte avec des pays ou la retraite n’existe pas…

    Surtout la capitalisation généralisée est un moyen vicieux pour le capital de reprendre une bonne partie des salaires versés et de faire peser sur le salarié un risque dont il ne mesure pas l’ampleur.Quand le système est acculé il ne répugne pas aux solutions abjectes telles que la guerre ou bientôt l’euthanasie qui pourraient contribuer à faire baisser l’âge moyen des décès.

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