La fausse remonétisation de l’or en Inde.

L’Inde détient l’un des plus importants stocks d’or privés au monde.

Les estimations varient entre 25 000 et 35 000 tonnes voire beaucoup plus selon mon experience de marchand d’or en Inde, si on inclut les temples et surtout les chambres fortes des grandes familles, les Tata, les Godrej , les Ambani , Abani et toutes les Lala..

Cela représente une valeur comprise entre 2 400 et 5 000 milliards de dollars .

Ce stock, majoritairement sous forme de bijoux, pièces et lingots détenus par les ménages, reste largement inactif dans le système financier formel.

Face à une dépendance chronique aux importations d’or qui pèsent lourdement sur la balance des paiements, le gouvernement indien a lancé en novembre 2015 le Gold Monetization Scheme (GMS), rebaptisé plus tard Revamped Gold Deposit Scheme.

L’objectif officiel est clair : transformer l’or « inactif » en ressource productive, réduire les importations, fournir un revenu aux détenteurs et alimenter le secteur de la bijouterie via des prêts en or.

Le mécanisme est simple en apparence :

Les particuliers, familles, temples ou institutions déposent leur or physique (bijoux, pièces, lingots) auprès de banques désignées ou de centres de test et de raffinage certifiés (CPTC).

L’or est analysé, fondu et standardisé à 995 millièmes de pureté.

Le déposant reçoit un certificat de dépôt en or (équivalent en poids fin).

Il perçoit des intérêts (généralement de l’ordre de 2 à 2,5 % selon les périodes et cela varie avec les banques) et peut récupérer son or ou sa valeur en roupies à l’échéance.

Initialement, trois types de dépôts existaient : court terme (1-3 ans, géré par les banques), moyen terme (5-7 ans) et long terme (12-15 ans, garantis par l’État).

Depuis le 26 mars 2025, les composantes moyen et long terme ont été supprimées pour les nouveaux dépôts. Seuls les dépôts bancaires courts termes restent disponibles.

Les banques, de leur côté, peuvent prêter cet or aux bijoutiers (via le Gold Metal Loan) ou l’utiliser dans le système interbancaire.

Dix ans après son lancement, le bilan est décevant. Selon les données officielles et les analyses récentes, le GMS n’a mobilisé qu’environ 39 tonnes d’or au total jusqu’à fin 2025. Cela représente moins de 0,15 % du stock privé estimé.

Cet échec était prévisible bien sur pour qui connait l ’attachement culturel et émotionnel des Indiens à l’or physique : héritage, dot, statut social, protection contre l’inflation et la dépréciation historique de la roupie.

La méfiance vis-à-vis du système bancaire et des promesses étatiques n’a bien sur rien arrangé puisque si le gouvernement essaie de faire sortir l’or de l’obscurité c’est parce qu’il a des raisons de le faire! Ses desequilibres financiers sont évidents.

Le gouvernement envisage aujourd’hui une refonte du schéma, avec notamment l’intégration des bijoutiers comme partenaires de collecte.

Le GMS transforme en apparence l’or en monnaie productive il devient une créance financière. L’or physique disparaît des mains du propriétaire. Il est remplacé par un certificat, une créance sur la banque ou sur l’État. Cet or peut ensuite être prêté, recyclé, mutualisé dans le système bancaire.

Le schéma transforme donc un actif « hors de portée du système » en un passif bancaire qui s’intègre dans le circuit du crédit et de la création monétaire.

Pour le gouvernement en proie aux difficultés financieres , le GMS présente des avantages évidents : réduction potentielle de la facture d’importations, mobilisation de capitaux dormants, moyen d’obtenir des dollars dont il manque cruellment.

Pour les ménages, lc’est un attrappe nigaud. . Ils échangent une protection absolue contre les risques systémiques contre un rendement modeste et une forte exposition au risque de contrepartie. Sans compter les risques de confiscation au bout du chemin !

L’or physique, actif ultime de règlement sans contrepartie, devient une créance sur un système bancaire et monétaire défaillant deja condamné aux artifices et subterfuges.

.Dix ans après son lancement, son faible succès témoigne de la résistance des détenteurs indiens face à cette transformation.

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