BRUNO BERTEZ
16 Juillet
L’illusion du marketing boursier: pourquoi la valorisation des actions détermine vos résultats à long terme
Le marketing financier a accompli un tour de force remarquable : il a réussi à faire oublier l’essentiel.
Au lieu de présenter l’achat d’actions comme un placement dont la rentabilité future dépend de leur prix d’acquisition, il les a transformées en billets de loterie.
La question centrale est alors devenue : « Le marché va-t-il monter ou baisser ? »
Le marketing boursier fait basculer l’investissement boursier d’une démarche incertaine mais rationnelle vers une passion irrationnelle, la passion magique du pari et du jeu.
Or cette question de savoir si les cours vont monter ou baisser est, par nature, insoluble de façon fiable. Personne ne peut prédire avec constance la direction des cours boursiers à court ou moyen terme.
En focalisant l’attention sur ce point, le marketing boursier a détourné les épargnants de la seule question qui compte vraiment : à quel prix peux t- on achèter ?
Quand un marché boursier devient fortement surévalué selon des critères raisonnables, historiques et vérifiés, la détention d’actions cesse d’être un investissement attractif. Les rendements attendus sur longue période diminuent fortement, tandis que le risque de perte en capital s’accroît de manière significative.
Ce n’est pas une opinion, c’est une observation répétée au cours de l’histoire des marchés.
La bonne question et la mauvaise question
La différence entre le spéculateur et l’investisseur réside dans la nature des questions qu’il se pose.
Le spéculateur demande : « Le marché va-t-il continuer à monter ? »
L’investisseur demande : « Les actions sont-elles chères ou bon marché par rapport à leur valeur fondamentale ? Et quel niveau de risque cela implique-t-il pour mon capital sur les dix ou vingt prochaines années ? »
La première question relève du pari. La seconde relève de l’analyse.
C’est en posant la seconde que l’on cesse d’être un « gogo » pour devenir un investisseur averti, à l’image de Warren Buffett.
Celui-ci n’a jamais cherché à deviner le sens du vent ; il a toujours cherché à acheter des entreprises de qualité à un prix qui offrait une marge de sécurité suffisante.
Valorisation et risque : une relation directe
Les marchés boursiers peuvent être évalués il y a des critères variés et historiquement prouvés comme efficaces; . Cette évaluation n’indique pas le jour exact où le marché atteindra son plus haut ou son plus bas, mais elle permet de mesurer le niveau de risque que l’on prend en détenant des actions.
Lorsque les actions sont bon marché par rapport à leur valeur économique (bénéfices, actifs, flux de trésorerie), le risque de perte durable est relativement faible et les rendements futurs attendus sont généralement élevés.
Lorsque les actions sont chères, le risque de perte importante sur longue période devient élevé et les rendements attendus diminuent, voire deviennent négatifs en termes réels.
Cette distinction est fondamentale. Elle ne repose pas sur une tentative de «market timing» parfait, mais sur une évaluation objective du prix payé par rapport à la valeur sous-jacente.
Plus le prix est élevé par rapport à la valeur, plus la marge de sécurité s’amenuise et plus le risque augmente.
Les leçons de l’histoiresont constantes . Chaque fois que les marchés ont atteint des niveaux de surévaluation comparables à ceux observés à Wall Street à la fin du XXe siècle, les conséquences ont été très défavorables pour les investisseurs qui y étaient exposés sur longue période.
Les périodes de forte surévaluation ont systématiquement été suivies de rendements médiocres, voire négatifs, pendant de nombreuses années.
Comme l’écrivaient Andrew Smithers et Steven Wright dans leur ouvrage Valuing Wall Street (mars 2000) :
« À chaque fois que nous avons pu constater qu’un marché boursier a atteint le niveau de surévaluation que Wall Street a connu à la fin du XXe siècle, les conséquences ont été extrêmement néfastes pour l’économie et pour les investisseurs. »
Ce constat reste d’une grande actualité méthodologique : plus le marché est cher, plus il est dangereux de le considérer comme un placement « normal ».ConclusionLe véritable travail de l’investisseur ne consiste pas à deviner la direction du marché, mais à évaluer le risque qu’il prend en fonction du prix qu’il paie. Tant que cette discipline n’est pas respectée, l’investisseur reste exposé aux illusions du marketing boursier et aux conséquences coûteuses des périodes de forte surévaluation.Comprendre cette distinction simple — mais trop souvent oubliée — est l’une des conditions les plus importantes pour protéger et faire fructifier son capital sur le long terme.