Donald Jeffries
Lindsey Graham est décédé l’autre jour.
Soudainement.
Comme dans le slogan « Faites confiance à la science ».
Sa longue carrière politique restera marquée par son incroyable réticence à défendre les intérêts du peuple. Il n’a jamais refusé de soutenir une guerre. Il ne s’est jamais marié et a quitté ce monde aussi seul que l’un de ces innombrables incels que notre société a engendrés.
J’ai été un peu surpris d’apprendre que Graham avait eu une longue carrière militaire. Quand on pense à un faucon belliciste, on pense à Lindsey Graham.
Mais en y regardant de plus près, on constate qu’il a réussi à rester loin des champs de bataille. Avocat, il était membre du corps des juges-avocats généraux et procureur en chef de l’armée de l’air en Europe. Il a reçu, de façon risible, une Étoile de bronze pour son travail juridique en Irak et en Afghanistan. Plus précisément, il supervisait la détention des prisonniers militaires. On sait donc qu’il méritait amplement une distinction. Je me demande s’il a eu l’occasion d’insérer une ampoule fluorescente (ou autre chose) dans l’anus des prisonniers masculins là-bas ?
Les principes politiques de Graham étaient tels qu’en 1994, il a juré, avec plusieurs autres républicains qui ne le pensaient pas non plus, de ne pas servir plus de 12 ans en fonction. 12, 34… qui compte ? Et qui s’en souvient ?
Il a validé l’élection de 2020 que son ami Donald Trump contestait et a suggéré que la police tire sur les manifestants du 6 janvier.
Graham incarnait à la perfection ce qu’on appelait autrefois les Républicains Rockefeller, aujourd’hui communément appelés RINO (Republicains In Name Only).
Pourtant, les électeurs républicains n’ont pas réussi à l’élire massivement. C’est typique du Parti, vous ne pouvez pas comprendre. Il faisait partie des nombreux Républicains anti-Trump, jusqu’à ce que ce dernier devienne son partenaire de golf préféré. Lindsey était particulièrement attaché à Israël et adorait se faire photographier avec Benjamin Netanyahou.
En 2011, Graham déclara : « La liberté d’expression est une excellente idée, mais nous sommes en guerre. » Il s’est avéré que nous étions en guerre pendant toute la vie de Graham. Ce qui a dû le réjouir. À vrai dire, son opposition à la liberté d’expression était, et est encore, partagée par la quasi-totalité des membres du Congrès.
Graham n’a pas soutenu Edward Snowden, déclarant en 2013 : « Je n’ai rien contre le fait que Verizon transmette des données au gouvernement si celui-ci s’assure qu’il tente de relier un téléphone terroriste connu à une personne aux États-Unis. » Il a présenté un projet de loi visant à sanctionner tout pays offrant l’asile à Snowden.
Je suis persuadé que Graham pensait que Lee Harvey Oswald avait agi seul. Il ne croyait certainement pas que le 11 septembre était un complot interne. Son bilan était aussi mauvais que celui de son héros et mentor, John McCainiac.
Mais une partie de moi éprouve de la compassion pour quiconque quitte ce monde sans proches pour le pleurer. On est tous vite oubliés. Mais Graham, lui, n’avait personne pour l’oublier. Enfin, il a adopté sa jeune sœur à la mort de leurs parents. On peut donc lui reconnaître ce mérite. On dit qu’il y a du bon en chacun de nous. Lincoln savait manier les mots. Harry Truman a regretté d’avoir créé la CIA. Eisenhower a stoppé le premier flux d’immigrants clandestins à la frontière sud. Jimmy Carter a amnistié les objecteurs de conscience de la guerre du Vietnam. Même Barack Obama a commué la peine de prison draconienne de Bradley Manning. Peut-être que Graham a financé les études d’un jeune homme séduisant. Ce type est allé à Disney World tout seul en mars dernier. Qui fait ça ? Il avait l’air si vide, si pathétique avec sa baguette magique rose, si peu virile.
Il y a parfois quelques nouvelles réjouissantes le matin.
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