Editorial. Le Dollar, ce « nouvel or » des élites: le droit de créer et d’avilir la monnaie à volonté.

Une autre façon objective de considérer le dollar est de le considérer de très haut, de Sirius: c’est lui qui a remplacé l’or, c’est lui qui remplit les fonctions anciennes de l’or.

Le dollar est l’or des élites et plus précisément l’or des élites américaines; elles se sont octroyé le droit de produire des dollars -droit de produire des dettes – exactement comme avant on exploitait une mine, un filon d’or. Avec ces dettes elles achètent ce qu’elles veulent!

La différence est que dans les temps anciens la production d ‘or était objectivement limitée et qu’elle avait un rapport avec la valeur-travail necessaire pour l’extraire et le raffiner.alors que la production de dollar n’est limitée que subjectivement , par la sagesse des uns et la confiance des autres..

Le Dollar, ce « nouvel or » des élites : le droit de créer et d’avilir la monnaie à volonté

La production de dollars est aujourd’hui isomorphique à ce qu’était autrefois la production d’or dans le système d’avant 1971. À l’époque du gold standard (Bretton Woods), la quantité de monnaie en circulation était limitée par la quantité d’or extraite des mines : un processus lent, physique, coûteux et imprévisible. Aujourd’hui, il suffit d’appuyer sur un bouton.

Un récent post de@ekwufinance le résume parfaitement : sur la dernière décennie, la production mondiale d’or a augmenté de 1 à 2 % par an, tandis que la masse monétaire américaine (M2) a crû en moyenne de 6 % par an — soit trois à six fois plus vite.

Appuyer sur « print » est infiniment plus facile que creuser des mines.

Avant 1971, le dollar était convertible en or à 35 dollars l’once. Le privilège américain était réel, mais il reposait sur une contrainte physique et sur la confiance que les États-Unis honoreraient leur promesse.

Le 15 août 1971, Nixon a rompu ce lien.

Depuis, le dollar est une monnaie purement fiduciaire : sa valeur repose uniquement sur la confiance et sur la puissance qui la soutient.

Ce privilège exorbitant — comme l’appelait déjà Valéry Giscard d’Estaing — permet aux États-Unis de financer leurs déficits en émettant de la monnaie que le reste du monde accepte comme « réserve ». quand le reste du monde utilise les dollars comme « réserves », cela veut dire qu’il les stockent, il n’en demandent pas contrepartie;

C’est le droit de battre monnaie à l’échelle planétaire.

Et ce droit, les élites américaines (et leurs alliés compradors du Reste du Monde ) sont prêtes à le défendre par tous les moyens : pressions diplomatiques, sanctions, et mainteant des conflits armés, que ce soit au Moyen-Orient autour du pétrole ou en Europe de l’Est pour affaiblir les challengers du système.

Le paradoxe est saisissant.

Ce privilège n’est plus fondé ni en fait (il n’y a plus d’or derrière), ni en titre (le système monétaire international n’est plus adossé à une marchandise tangible). Pourtant, on continue de le traiter comme un droit naturel, presque divin.

Mieux : on ne se contente plus de battre monnaie. On exige désormais aussi le droit de la « débaser » et de » l’avilir » à volonté selon ses propres besoin; c’est ce que l’on appelle le dollar-roi.

Le dollar-roi n’est pas le dollar fort ou faible , cher ou pas cher, non c’est le dollar capable d’imposer les parités et les valeurs qui lui conviennent.

.Chaque vague d’impression massive, chaque QE, chaque stimulus financé par la dette monétisée, c’est une dilution du pouvoir d’achat des détenteurs de dollars — y compris des citoyens américains eux-mêmes, mais surtout des pays qui ont accumulé des réserves en dollars. Chaque vague d’impression augmente la dépendance de tous les utilisateurs.

La possibilité de priver le monde de dollars est devenu elle aussi un privilège exorbitant. Ce droit de priver le reste du monde de dollars est devenu le cote pile du dollar et il est aussi sinon plus tyrannique que le coté face.

L’inflation n’est plus un accident de parcours : elle devient l’outil discret de financement des déficits et de transfert de richesse.

Les élites qui défendent ce système avec le plus de virulence sont souvent celles qui en profitent le plus : accès à des financements bon marché, capacité à exporter leur inflation, domination des circuits financiers mondiaux.

Leurs alliés dans le reste du monde — ces compradors locaux qui ont tout à gagner à rester dans l’orbite du dollar — défendent le statu quo avec la même énergie.

Mais le système porte en lui les germes de sa propre fragilité. Plus on abuse du privilège d’émettre et de débaser, plus la confiance s’érode. Plus la confiance s’érode, plus les alternatives (or, autres monnaies, systèmes de règlement bilatéraux) deviennent attractives.

L’histoire nous montre que les empires monétaires ne meurent pas d’un coup ; ils s’effritent quand le reste du monde « décide » collectivement en toute conscience ou en toute inconscience, que le coût du statu quo dépasse le bénéfice.

Ah, les braves gens !

Ils veulent conserver le droit exclusif de créer la monnaie mondiale… et en plus le droit de la rendre moins « valeureuse » chaque année.

Magnifique arrangement — tant qu’il dure.

Et on comprend qu’il puisse justifier des guerres. D’autant que ces guerres se font maintenant par Tiers Payant, ce ne sont plus ceux qui en profitent qui meurent mais ceux qui en sont déjà victime.

Le temps nous dira si ce privilège survivra à sa propre démesure à moins les forces d’autodestruction qui sont à l’œuvre .ne s’emballent.

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