BRUNO BERTEZ
LE 31 jUILLET
Les plans des États-Unis pour détruire des nations comme la Russie, l’Iran et la Chine ont été diffusés publiquement, discutés et mis en œuvre depuis des décennies. Il suffit de lire les travaux des Think Tanks, ils sont accessibles à tous et les grands médias en rendent compte..
Les politiciens ne créent pas ces politiques. Ils se contentent de les vendre au public ou de détourner l’attention du public de ces politiques. Les politiciens sont les tenants-lieux, les gérants apparents d’un système qui les dépasse, au mieux ils sont des intermédiaires, des transmetteurs.
Le Capital ne reste pas là passif , tous les 4 à 8 ans, à confier son avenir, son destin et la politique impérialiste américaine aux « votants » et aux clowns qu’ils désignent pour les postes.
Au contraire, la bourgeoisie impérialiste a façonné un système politique qui sert d’« explication » et de diversion mystifiante face à la continuité de l’Agenda dicté par les lois de l’accumulation du Capital.
Le Capital poursuit fondamentalement, sans états d’âme, sans se poser de question sa logique: la maximisation du profit et l’extension de sa domination. Le Capital en tant que système est inconscient, sans morale, sans projet, il n’a qu’une finalité si on peut dire; durer se reproduire, s’étendre.
Les personnes ne sont qu’une concrétisation, -au sens de rendre concret ce qui est abstrait- un mode d’apparaitre de la logique cachée mais radicale du Capital en tant que système. Même les gens les plus haut placés servent le Capital c’est leur maitre.
Un système social (le capitalisme, l’État, le marché, etc.) n’est pas un simple agrégat d’individus qui décident librement. Il possède une logique interne objective, des lois de mouvement qui s’imposent aux agents indépendamment de leur conscience et de leur volonté.
C’est ce que le matérialisme historique appelle la primauté de la structure sur les sujets.
Toute formation sociale repose sur des rapports de production déterminés. Dans le capitalisme, ces rapports sont ceux de l’accumulation du capital : valorisation de la valeur, concurrence, baisse tendancielle du taux de profit, nécessité d’expansion permanente (impérialisme).
Ces lois ne sont pas des « choix » que les capitalistes, les politiciens ou les électeurs pourraient librement modifier. Elles agissent comme des contraintes structurelles. Elles se mettent plus ou moins en forme dans les idéologies et les pseudo sciences comme l’économie.
Marx le formule clairement dans Le Capital : les individus n’apparaissent que comme des « masques de caractères » (Charaktermasken), c’est-à-dire comme des personnifications de catégories économiques.
Le capitaliste n’est pas libre de « décider » de ne plus maximiser le profit : s’il le fait, il est éliminé par la concurrence.
De même, l’État bourgeois n’est pas libre de renoncer à la guerre hégémonique ou à l’exploitation : il est le « comité d’affaires de la bourgeoisie » (Marx-Engels), obligé de garantir les conditions de reproduction du capital.
Ainsi, le système est mu -au sens de mis en mouvement- par sa propre dynamique, non par la volonté subjective de ceux qui y participent.
Je défends l’idée d’un« inconscient » du système.
Par « inconscient » je désigne ici non pas un psychisme individuel, mais l’opacité structurelle du système à ses propres agents.
Les rapports sociaux apparaissent sous une forme fétichisée (fétiche de la marchandise, de l’argent, du capital). Les hommes croient agir selon leurs intentions conscientes (« je vote pour la paix », « je gère mon entreprise de façon éthique »), alors qu’ils réalisent en réalité les lois objectives du capital.
Cette opacité est comparable à l’inconscient freudien qui me sert de base analogique : le sujet « ne sait pas ce qu’il fait », mais il le fait quand même. Althusser parlait d’« interpellation » : les individus sont constitués comme sujets par l’idéologie, de sorte qu’ils vivent leur soumission aux structures comme une liberté.
Les politiciens, les PDG, les électeurs agissent donc sous le coup d’une nécessité inconsciente. Leur « volonté » n’est que l’effet de surface de forces plus profondes. J’emploie très souvent le mot « Nécessité » vous l’avez remarqué.
Seul ce cadre analytique objectif permet de comprendre pourquoi l’agenda impérialiste américain se poursuit de manière continue, indépendamment des changements de personnel à la Maison-Blanche : la logique du capital (accumulation, domination des marchés, contrôle des ressources et des chaînes de valeur) continue de s’imposer.
Je ne cesse de répéter que la volonté des participants est secondaire. La volonté individuelle ou collective n’est bien sur jamais absente, mais elle est, produite, elle est surdéterminée par la structure.
On peut vouloir la paix, la justice sociale, la fin des guerres : tant que les rapports de production capitalistes fonctionnement bien; mais ces volontés restent impuissantes ou sont récupérées quand le Capital entre en crise.
L’Histoire n’est pas le produit de projets conscients, mais le résultat de contradictions objectives concré tisées dans des forces (lutte de classes, crises de suraccumulation, rivalités inter-impérialistes). Les agents « font l’histoire, mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font » (Marx).
Un système est mu par sa logique interne et son « inconscient » structurel parce que ses lois de mouvement précèdent et déterminent les intentions de ceux qui y participent.
Comprendre cela, c’est abandonner l’illusion volontariste ou personnaliste sur laquelle est fondé l’esprit bourgeois et sa culture.
Comprendre permet de revenir aux premiers principes du matérialisme historique : analyser les rapports de production et les contradictions objectives, non les récits, les émotions ou les déclarations des acteurs.
EN PRIME LE TEXTE DE BERLETIC QUI A SUSCITE MA REFLEXION
Par conséquent c’est lui, le Capital, qui dans sa logique, qui dans son inconscient systémique, fixe l’agenda collectif qui guide la politique américaine. Agenda qui vise à maximiser le pouvoir et le profit du capital américain.
Cher Monsieur Bertez,
Merci pour cette synthèse, on ne peut plus claire, et qu’il est bon de méditer régulièrement.
Du côté des principes, en allant à la cause des causes, et pour abonder dans votre vision matérialiste, en l’ancrant d’avantage dans la matière, il me parait aussi utile de mentionner la structure dissipative (https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_dissipatif).
Je pense que le matérialisme historique, le capitalisme, s’intègrent dans ce cadre physique, comme une des manifestations de la lutte du vivant contre l’entropie, en tentant de maximiser les flux d’énergie. Marche ou crève comme vous dites ! A la sueur de nos fronts. La monnaie ? Un proxy des calories, et des possibilités à leur accès, que nous avons à ingérer pour rester en vie.
La malédiction : pour nous améliorer, nous développer, capter plus efficacement ces flux, les sécuriser à notre profit, nous devons consommer encore plus d’énergie (que pour juste nous maintenir) pour modéliser correctement notre environnement (l’information est nég-entropie). Notre succès en tant qu’espèce tient à la quantité d’information centuplée que représente le passage du codage génétique au stockage cérébral. Il en résulte une instabilité structurelle, qui pourrait être concrétisée par le cours de l’histoire que vous rappellez (ou Sysiphe). Choisir la modération dans l’accès aux ressources, c’est risquer d’être déclassé et éliminé. Choisir la lutte pour ces mêmes ressources c’est aussi risquer son existence.
L’équilibre perdu, me parait donc résulter, à part notre naissance personnelle, en tant qu’espèce, du caractère disruptif de nos capacité d’adaptation. Et au sens de la psychanalyse, que vous citez très à propos, le dévoilement de cet inconscient-là serait notre seule chance de construire un nouvel équilibre. Sinon, c’est la suite du brouahahahaha du genre COP, ONU et autres lendemains qui chantent.
Mais qui est prêt à entendre cet insensé ? La joie spinozienne est la lumière au bout d’un tunnel dont l’enseigne n’est pas lumineuse.
Bien à vous,
Alain
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