Une bonne analyse de la gestion de la dette US; les trades de débasement redeviennent intéressants.

FINNEKO

On avait dit que le marché allait commencer à tester Warsh sur les taux longs américains, Bessent a décidé de venir à la rescousse. Après une intervention historique aux côtés du Japon pour défendre le yen, le Trésor américain décide d’intervenir sur le marché obligataire. Bessent semble moins disposé à rester spectateur face à certains mouvements financiers jugés problématiques pour la stabilité économique du pays.

Avant que ça ne s’excite, je remets une chose au clair. Les États-Unis ne viennent pas de lancer un QE déguisé. Bessent a annoncé qu’il allait doubler la taille de certaines opérations de buyback sur les dettes de 10 à 30 ans, en passant de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération entre le 9 septembre et le 4 novembre, date de fin de midterms (quel coquin).

Le Trésor ne crée surtout aucune monnaie et ne peut pas imprimer des réserves pour acheter des obligations. Ici, on rachète des titres anciens et moins liquides, les fameux off-the-run Treasuries, tout en continuant à devoir financer les déficits américains par de nouvelles émissions. La dette ne disparaît pas, on échange surtout une forme de dette contre une autre et on améliore la liquidité de certaines portions de la courbe.

Le rendement du 30 ans est retombé autour de 5,19 %, près de 15 points de base sous son pic, alors que la baisse des taux s’est propagée aux autres maturités et que les actions ont rebondi. Le marché n’a pas acheté les 14 milliards mais plutôt le signal envoyé par Bessent. Un signal interventionniste où lorsque la hausse des taux longs commence à devenir problématique, le Trésor américain semble prêt à modifier les flux marginaux du marché pour empêcher le mouvement de s’auto-alimenter. Les marchés adorent les filets de sécurité.

On peut parler de « Bessent put” même si je pense que les tentatives de ce style resteront vaines compte tenu des fondamentaux. Il suffit de voir le USDJPY depuis l’intervention du mois dernier. Par contre, regardez la chronologie. Fin juillet-début août, Washington intervient avec Tokyo sur le yen. Quelques jours plus tard, Bessent pousse l’utilisation et l’élargissement de FIMA pour éviter que la défense du yen n’alimente une liquidation des Treasuries (dette long terme US). Enfin, hier, le 30 ans américain atteint 5,34 % et le Trésor double par surprise certaines opérations de buyback sur la partie longue de la courbe. Tout ça commence à former une logique assez cohérente.

On utilise de petits outils techniques ciblés sur les endroits où le marché est le plus vulnérable, ensuite on laisse le repositionnement des investisseurs amplifier l’effet initial. La patte Soros/Druckenmiller.

Par contre, quelque chose me dérange profondément. À long terme, si les investisseurs finissent par croire que les US cherchent à empêcher le marché obligataire de refléter la trajectoire budgétaire américaine, ces mêmes manœuvres pourraient au contraire augmenter la prime de risque sur la dette américaine. Pourquoi accepter de bloquer son argent pendant trente ans à un rendement artificiellement comprimé si les déficits restent gigantesques, si l’inflation demeure incertaine et si le gouvernement commence à intervenir à tout bout de champ pour limiter son propre coût de financement ?

Encore une fois, la logique devient de plus en plus lisible.

Une partie croissante de la politique macro va glisser du côté du Trésor.

Dans le même temps, l’administration

Trump a tout intérêt à s’assurer que le gigantesque cycle d’investissement dans l’IA puisse se poursuivre sans accident de financement, d’où l’interventionnisme ambiant car cela implique de garder sous contrôle la partie longue de la courbe américaine.

Si le gouvernement américain cherche simultanément à contenir les taux longs, soutenir les actifs et garantir le financement du cycle IA, les trades de débasement redeviennent intéressants.

Comme déjà dit lors de l’intervention sur le yen, cela n’a rien de très bullish pour le dollar…

2 réflexions sur “Une bonne analyse de la gestion de la dette US; les trades de débasement redeviennent intéressants.”

  1. On arrive visiblement au bout des capacités d’utilisation de l’épargne mondiale, il faut choisir financer les besoins de l’IA ou les dettes logues. Il n’y en a pas assez pour tout…

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  2. Oui et comme à chaque fois que le trésor US a des problèmes de financement le dollar baisse.Il baisse non pas en conséquence de ces difficultés mais de manière délibérée, pour resolvabiliser les acheteurs mondiaux de Treasuries en rendant moins cher les nouvelles émissions souscrites au delà d’un simple roll-over.J’observe que cette baisse délibérée du dollar est très timide face au JPY ce qui en dit long sur la faiblesse intrinsèque de la devise nippone.

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