Le prix du brut n’est pas le bon indicateur. Ce qui compte vraiment, ce sont les prix des produits raffinés , essence et diesel et les marges de raffinage, actuellement hors normes à cause des pénuries et des guerres.
| Le goulot d’étranglement des raffineries maintient les marchés des carburants sous tension. Le problème du marché pétrolier ne réside plus seulement dans l’accès au pétrole brut, mais aussi dans la capacité à transformer ce pétrole brut en diesel, en essence et en autres produits. Stephen Innes Le macro-stratège de Bloomberg, Michael Ball, souligne l’une des divergences les plus importantes qui se développent au sein du complexe pétrolier : le taux d’utilisation des raffineries mondiales est sensiblement inférieur aux niveaux de l’année dernière, alors même que les marges de raffinage des produits se situent près de niveaux records. Goldman Sachs estime que près de 10 millions de barils par jour de capacité de raffinage mondiale sont hors service , avec des perturbations particulièrement graves en Russie et au Moyen-Orient. Les raffineries américaines fonctionnent déjà à pleine capacité. Les prix et les marges de raffinage du diesel et des produits pétroliers véhiculent un signal d’inflation beaucoup plus persistant que les prix du pétrole brut. Michael Ball, signale l’une des divergences les plus importantes qui se développent au sein du complexe pétrolier : les taux d’utilisation des raffineries mondiales sont sensiblement inférieurs aux niveaux de l’année dernière, alors même que les marges de raffinage des produits se situent près de niveaux records. |
Jeffrey Currie ancien responsable des matières premières chez Goldman Sachs et figure de référence sur les marchés énergétiques, résume parfaitement la situation : « Stop looking at crude. Nobody consumes it but refineries. The economy runs on gasoline and diesel… The diesel crack is the tell. »
Le pétrole brut (WTI autour de 85-87 $/baril récemment) est la matière première. L’économie mondiale, le transport, l’agriculture, l’industrie et les ménages consomment des produits raffinés.
Quand le « crack » (la marge de raffinage, différence entre le prix du brut et celui des produits finis) explose, le signal d’inflation et de tension réelle se trouve dans l’essence et surtout le diesel, pas dans le cours du baril.
Des marges de raffinage records, le diesel en pointeLe diesel crack américain a franchi pour la première fois de l’histoire les 100/baril cette semaine (pic à 102,20), soit 4 à 6 fois sa fourchette historique normale (souvent 15-25). Le panier pondéré consommation (essence + diesel) se négocie autour de 165 contre un WTI à 85
Le crack 3-2-1 (proxy classique de rentabilité raffinerie : 3 barils de brut → 2 d’essence + 1 de diesel) a aussi atteint des sommets absolus près de 70 plus tôt dans l’année.
Résultat : le brut peut stagner ou même baisser temporairement tandis que les produits finis montent e des niveaux records. Les raffineurs empochent des marges exceptionnelles ; les consommateurs et l’économie réelle paient le prix fort à la pompe et dans les coûts de transport.
Pourquoi ces marges énormes ? A cause des pénuries de capacité de raffinage, pas de pénurie de brut
La matière première n’est pas rare. Ce qui manque, c’est la capacité de la transformer en produits utilisables. Environ 5 millions de barils/jour de capacité de raffinage russe sont hors service à cause des frappes ukrainiennes sur les usines. Des attaques iraniennes touchent régulièrement des installations au Moyen-Orient. S’y ajoutent le sous-investissement structurel depuis des années (fermetures de raffineries, peu de nouvelles constructions), les goulets d’étranglement (détroit d’Ormuz, mer Rouge, etc.) et des stocks de distillats historiquement bas.
Les raffineries américaines tournent déjà près de 96-97 % de leur capacité utilisable, sans réserve significative.
Il n’existe pas de « réserve stratégique » pour le diesel ou l’essence équivalente a ce qui existe pour le brut. Tant que ces capacités ne reviennent pas en ligne, c’est le marché qui rationne par les prix des produits.
Cette dynamique se propage : le diesel est le carburant de base de presque tout (camions, tracteurs, locomotives, engins miniers). Sa cherté relève le plancher de coûts pour les métaux, les grains, les engrais et le fret. Les effets inflationnistes (CPI, prix à la production, coûts de transport) se diffusent bien au-delà de l’énergie.
Conclusions boursières
- Les raffineurs purs sont les grands gagnants à ce régime. Marathon Petroleum (MPC), Valero (VLO) et Phillips 66 (PSX) ont déjà connu des performances spectaculaires en 2026 (gains YTD de l’ordre de 90-120 %+ selon les titres, très largement au-dessus du secteur énergie et du S&P 500). Les marges records se traduisent directement en bénéfices, free cash-flow et retours aux actionnaires (dividendes + rachats). Tant que le diesel crack reste élevé et les capacités offline, le soutien reste structurel.
- Positionnement plus large sur le complexe matières premières. Currie insiste sur la rareté physique (sous-investissement, déglobalisation, électrification) face à la répression financière (taux maintenus artificiellement bas). Les produits raffinés, le cuivre, l’agriculture et les métaux précieux (or, argent) bénéficient des deux côtés de l’équation (scarcity + débasement monétaire). Le pétrole index total return a déjà fortement progressé malgré un brut en retrait par rapport à ses pics.
- L’ Inflation sera plus grave car elle va se transmettre via les produits raffinés et surtout le diesel: transport/alimentaire etc . Les secteurs sensibles aux coûts de carburant comme le transport routier, aérien, agriculture restent sous pression. À l’inverse, les acteurs capables de capturer la marge de transformation comme les raffineurs intégrés ou pure-play et les producteurs de matieres premieres sont favorisés.
EN PRIME
NORTHERN ATLANTIC
Il s’agit de l’ancienne Esso Société Anonyme Française, rachetée fin 2025 par le groupe canadien North Atlantic (via North Atlantic France). La société a été renommée North Atlantic Energies.
Elle opère principalement la raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), qui représente environ 20 % de la capacité de raffinage active en France.
Activités : raffinage, distribution de carburants (essence, diesel, fioul, jet, etc.) et produits associés.
Cotée sur Euronext Paris (ticker NAE, ISIN FR0000120669).
Le groupe a cédé la raffinerie de Fos-sur-Mer en 2024, ce qui a réduit les volumes traités (environ 9,2 Mt de brut en 2025 contre plus auparavant).
Dans le prolongement de la discussion sur les marges de raffinage (cracks diesel/essence records liés aux pénuries de capacité, frappes en Russie, tensions au Moyen-Orient et sous-investissement), NAE est un pure-play downstream français.
Les raffineurs européens et américains capturent actuellement des marges exceptionnelles car le goulot d’étranglement se situe côté produits raffinés et non côté brut.
- Résultats 2025 : EBITDA ajusté en forte hausse (179 M€ vs 58 M€ en 2024), mais résultat net en perte (environ -93 M€) à cause d’une dépréciation d’actifs industriels importante (206 M€) et d’effets de périmètre/stock.
- Cours de l’action : forte volatilité. Après un point bas vers 37-38 € début 2026, le titre a nettement rebondi avec la tension sur les produits raffinés. Données récentes (mi-août 2026) le placent dans une zone autour de 70-76 €, avec une performance YTD positive significative (ordre de +50 à +75 % selon les points de référence), même si elle reste en retrait sur 1 an par rapport à des pics antérieurs plus élevés.
Le titre réagit classiquement aux marges de raffinage européennes, aux arrêts de maintenance (un grand arrêt programmé a eu lieu à Gravenchon début 2026) et aux nouvelles géopolitiques sur l’offre de produits.Mon avisPoints positifs :
- Exposition directe à des cracks élevés (diesel en particulier), qui restent le vrai driver comme souligné précédemment.
- Position stratégique en France (sécurité d’approvisionnement, capacité importante).
- Nouveau propriétaire canadien qui affiche une ambition de long terme et d’investissements, avec une vision qui inclut potentiellement des évolutions vers des énergies plus « vertes » à terme (comme dans d’autres actifs du groupe).
- Valorisation qui peut paraître raisonnable pour un raffineur dans un environnement de marges exceptionnelles (même si les ratios sont à interpréter avec prudence après les dépréciations et le changement de périmètre).
Points de vigilance / risques :
- Volatilité structurelle du secteur (les marges de raffinage sont cycliques et peuvent se compresser rapidement si les capacités offline reviennent ou si la demande faiblit).
- Transition énergétique européenne et pression réglementaire (objectifs de décarbonation, éventuelles fermetures ou conversions de raffineries).
- Liquidité limitée (flottant réduit après le rachat du bloc de contrôle à ~83 %), ce qui amplifie les mouvements de cours.
- Dépendance à un seul site majeur (Gravenchon) et aux arrêts de maintenance.
- Résultats 2025 encore perturbés par les éléments exceptionnels ; il faudra surveiller les publications 2026 pour voir si les marges élevées se traduisent pleinement en free cash-flow et dividendes.
Dans le régime actuel de pénurie de produits raffinés et de marges records, North Atlantic Energies est bien positionnée pour en profiter, comme les autres raffineurs. C’est cohérent avec la thèse « regardez les produits raffinés et les cracks, pas seulement le brut ». Ce n’est cependant pas un investissement « buy and forget » : le secteur reste cyclique et sensible aux chocs géopolitiques, aux stocks et aux décisions politiques européennes. Surveiller les prochains résultats, les taux d’utilisation de Gravenchon et l’évolution des cracks européens reste essentiel.
La question de la capacité de raffinage est de plus compliquée par le fait que les raffineries sont adaptées à des variétés de brut précises.
Une raffinerie ne peut pas traiter différents types de pétrole comme cela et tenter de l adapter coûterait plus cher que d’en construire une neuve spécifique.
De plus on ne peut pas extraire du diesel ou du jet fuel de n’importe quel pétrole brut.
Cordialement
J’aimeJ’aime